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Sur les marché émergents, les arbres ne montent pas non plus au ciel

Les marchés étant moins liquides dans les pays émergents, les réactions des acteurs y sont souvent excessives.

(l'echo) Ces dernières années, la réputation des économies émergentes s'est sensiblement améliorée. Au gré d'un assainissement macroéconomique, les spreads (différenciels d'intérêt) se sont très sensiblement retrécis, et les investisseurs ont renoué avec leur engouement pour ces contrées lointaines.

Faut-il s'inquiéter des secousses qui ont particulièrement affecté ces marchés ces derniers temps? Nous avons posé la question à Philippe Chalmin, professeur à l'Université Paris IX-Dauphine.

Les craintes liées au regain d'inflation sont-elles réellement à l'origine de celle-ci?

L'une des causes découle effectivement des craintes de l'inflation et du tour de vis monétaire qui s'en est suivi. Après une phase de hausse relativement longue sur les marchés, il était de plus assez normal que l'on assiste à des prises de bénéfice.

Mais surtout, on avait atteint des niveaux de valorisation qui n'étaient franchement pas raisonnables sur un certain nombre de marchés émergents. Je pense en particulier à l'Inde. Ce sont des marchés qui restent «exotiques», où le fonctionnement, le contrôle des entreprises reste un peu limité.

Les hausses, notamment sur le marché de Mombai, ont été excessives. Le réajustement peut-être aussi. Au fond, c'est un petit peu la bulle qui éclate. Avec des comportements spéculatifs de la part des acteurs locaux qui sont peut-être beaucoup plus fébriles que sur des marchés plus matures. Il faut considérer ces turbulences comme un avertissement tout à fait salubre. Les arbres ne montent pas au ciel.

Il faut distinguer les différents cas de figure. Je ne pense pas que l'on puisse parler de vulnérabilité économique à propos de l'Inde. Au contraire, elle a plutôt tendance à montrer aujourd'hui une solidité économique remarquable. Les vraies faiblessessont apparues sur des marchés souvent un peu intermédiaires. Il y a eu quelques craintes sur l'Islande? Mais là on est loin de l'Inde? On entretient aujourd'hui encore des craintes sur la Turquie. Sur les places les plus exotiques, les marchés ne sont pas très liquides, et donc la volatilité et la réaction des acteurs est souvent excessive.

Je ne le pense pas, tout simplement parce que les plus grosses économies - l'Inde et la Chine - sont des économies fermées. Il n'y a a donc pas de risque d'avoir de spéculation brutale sur les devises indienne ou chinoise. Et les flux de capitaux à court terme sont étroitement contrôlés.

Je pense qu'il y a une marge de man?uvre pour réévaluer le yuan. Mais la Chine n'est absolument pas mûre pour la libéralisation des capitaux ou pour un système de changes flottants. Elle n'a d'ailleurs aucune intention de lever les restrictions. Et ce d'autant moins qu'elle est confronté à une incertitude assez importante sur les sysèmes bancaire et financier chinois.

Il y a une quinzaine de jours, le cabinet d'audit Ernst and Young a sorti une étude qui évalue à 910 milliards de dollars le total des créances douteuses du système bancaire chinois.

En Amérique latine, la croissance est moins ferme. En fait, la situation y est contrastée, entre un pays comme le Chili qui se porte très bien, ou une économie pétrolière qui fait illusion comme le Venezuela. La grosse interrogation reste le Brésil, qui n'est pas totalement sorti de sa zone de turbulence.

C'est vrai mais on connaît les fragilités du Brésil, y compris sur le plan politique.

Oui, mais le problème, c'est que grâce à la manne pétrolière, les populations sud américaines peuvent avoir l'impression que le modèle Chavez (le président du Venezuela) marche mieux que celui de Lula. Le Brésil peine à réformer et se trouve en permanence déchiré, justement par les menaces populistes.

Propos recueillis par Françoise Delstanche

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