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Les holdings, champions du dividende ou de la plus-value

Investir dans des holdings permet de profiter de l’expertise de gestionnaires avisés. Reste à déterminer si vous visez plutôt un dividende intéressant ou une belle plus-value. Car un holding n’est pas l’autre.
©Filip Ysenbaert

Des rendements négatifs sur dividende avec les actions de holdings? Peut-on imaginer qu’un jour, l’actionnaire de ce type de sociétés - de même d’ailleurs que de toutes les autres entreprises cotées - au lieu de percevoir un dividende, soit plutôt invité à payer pour détenir des actions? Qu’il se rassure, ce ne sera jamais le cas. Au pire, cela signifierait que les sociétés ne font plus de bénéfices. Or, réaliser des profits, c’est quand même la raison d’être de toute société. C’est en même temps ce qui dicte l’orientation du cours des actions. En ne réalisant pas de bénéfices, une société a peu d’espoir de voir le cours de son action progresser en bourse et n’attirera dès lors plus les investisseurs.

À l’heure où des milliards d’euros d’obligations émises par les États en Europe affichent des rendements négatifs, investir dans des actions de sociétés cotées est plus que d’actualité. Opter pour des holdings offre en plus l’avantage de profiter de l’expertise de gestionnaires avisés. Même si la Bourse de Bruxelles en compte un peu moins que par le passé, l’investisseur a toujours la possibilité d’opérer un choix dans ce compartiment de la cote. Il y a encore une petite dizaine de holdings à Bruxelles. Citons pêle-mêle: GBL, Sofina, Ackermans & van Haaren (AvH), Compagnie Bois Sauvage, Brederode, Solvac, KBC Ancora ou encore Financière de Tubize.

Qu’est-ce qu’un holding?

Il s’agit d’une société qui détient des participations dans une ou plusieurs autres sociétés, cotées ou non (private equity). Parfois, elle est active dans la gestion des sociétés dont elle est au capital. GBL, Sofina et AvH, entre autres, sont de ce registre. Parfois, à l’instar de Brederode, le holding se borne à détenir une participation et vise en priorité à réaliser des plus-values. Les holdings actuellement les plus actifs dans le private equity sont Sofina et Brederode. AvH et GBL le sont aussi, mais dans des proportions moindres.

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Même si au bout du compte, le versement d’un dividende constitue un des éléments majeurs de tout investissement pour le particulier, un holding n’est pas l’autre. Il y a les holdings qui gèrent ce que l’on pourrait appeler "les économies" des familles d’anciens capitaines d’industrie, à l’instar de Sofina, aux mains de la famille Boël. Il y a ceux qui, comme Brederode, sont issus du rapprochement d’une série de sociétés anciennement actives dans des activités minières, tombées depuis en désuétude. Il y a aussi ceux que l’on qualifie dans le monde de la finance de mono-holdings, parce qu’ils servent à stabiliser - certains diront à verrouiller - le capital d’une grosse entité cotée. Comme Solvac qui détient près de 31% de Solvay, Financière de Tubize qui possède 35% du groupe biopharmaceutique UCB ou encore KBC Ancora propriétaire de 18,6% des 416 millions d’actions qui forment le capital de KBC.

Privilégier le dividende…

Comment opérer une sélection parmi cette palette de holdings? Il faut d’abord déterminer ce qu’on souhaite privilégier dans ce type d’investissement. Le dividende ou la plus-value? Si le dividende a la priorité, l’investisseur se tournera vers des titres comme Solvac et GBL. Sur la base des cours de bourse actuels, ils offrent un rendement brut de 4,5% pour le premier et de 3,3% pour le second.

KBC Ancora offre davantage encore. Son rendement brut s’élève à 6,8%, un dividende super attractif! Un tel rendement devrait toutefois susciter une certaine retenue de la part des investisseurs. Il pourrait vouloir dire que le marché doute des capacités de la société à maintenir le montant du dividende au niveau actuel. Pourquoi? Probablement en partie parce que la politique dividendaire du groupe n’a guère été constante ces dernières années. Crise financière oblige, KBC Ancora a été contraint de suspendre le versement du dividende à deux reprises depuis 2008.

Les actionnaires de GBL et de Solvac ont eu sur ce plan beaucoup plus de chance. Depuis 2000, non seulement ils n’ont jamais été privés de dividende, mais en plus le montant par action qu’on leur a versé n’a cessé de progresser chaque année. Pour GBL, il était de 1,1807 euro brut en 1999 et de 3,07 euros brut pour l’exercice 2018, soit un dividende 160% plus élevé qu’il y a 20 ans. Pour Solvac, le montant brut est passé de 2,786 à 5,44 euros! Excepté durant les années de crise boursière (au début des années 2000 et en 2008-2009), AvH a aussi régulièrement rehaussé le montant de son dividende.

©Mediafin


… ou la plus-value?

Du fait de leur rendement sur dividende élevé, les actions GBL et Solvac comptent parmi celles qui conviendraient assez bien à l’investisseur ayant un tempérament de rentier, celui qui privilégie le dividende annuel à la plus-value. Cela dit, il est bon d’avoir à l’esprit que depuis plusieurs années, les dirigeants de GBL ont décidé de mettre l’accent sur leur politique d’investissement au détriment de celle du dividende. Le groupe prévoit toujours de faire croître le montant du dividende de manière régulière. Mais "la création de valeur à long terme", comme il aime à le répéter, est devenue son objectif principal.

Ce changement de cap s’est traduit en bourse par une moindre performance de son action ces dernières années. Celui qui détient l’action GBL depuis la fin de 1999 et a choisi de réinvestir les dividendes versés dans les actions de la société accumule à ce jour un return brut (cours + dividendes bruts réinvestis) de 370% selon des calculs effectués par Bloomberg. Mais l’essentiel de cette performance a été réalisée entre 1999 et 2009. Au cours des 10 dernières années, ce pourcentage n’est en effet plus que de 108%.

Rendements bruts

Les rendements indiqués dans l’article sont bruts. C’est-à-dire calculés avant le retrait du précompte mobilier. D’une part, parce que depuis 1999, la période que nous avons prise en compte, le montant de l’impôt n’a cessé de varier. D’autre part, pour l’investisseur particulier, il est désormais possible de récupérer via sa déclaration fiscale une partie du précompte – actuellement fixé à 30% – retenu par l’institution financière au profit de l’Etat belge. L’an passé, il a ainsi été possible de récupérer le précompte retenu en 2018 sur un montant brut de dividendes perçus de maximum 640 euros. Pour les dividendes payés en 2019 et qui seront déclarés cette année, ce montant passe à 800 euros.

On peut penser qu’à terme, la perspective d’enregistrer davantage de gains en capital (plus-values) prendra le relais sur la croissance du dividende dans la performance du cours de l’action GBL. Cet exercice réussit fort bien au holding anversois AvH, qui détient dans son portefeuille des noms comme Banque Delen et le groupe de BTP CFE. Mais le rendement brut sur dividende de son action s’élève à peine à 1,65%.

Son actionnaire de long terme, celui pour qui le dividende n’est pas la priorité, a toutefois de quoi se réjouir. En vingt ans, et toujours en ayant réinvesti les dividendes perçus dans les actions de la société, il a accumulé un fabuleux return de 605% brut ! Pas même Warren Buffett, le légendaire gestionnaire du holding américain Berkshire Hathaway, n’a été en mesure de réaliser une telle prestation, même s’il s’en approche. À Wall Street, son action, qui ne distribue jamais de dividende, affiche une hausse de 525% sur les 20 dernières années. Au passage, précisons que l’indice Bel20 est monté de 20% sur cette période. Tenant compte des dividendes distribués et réinvestis, son return a été de 150%.

Comme pour GBL, c’est entre 1999 et 2009 que le holding anversois a cependant été le plus performant. Cette constatation vaut en fait pour la plupart des holdings. Est-ce à dire que la période dorée des holdings est révolue à la Bourse de Bruxelles? Certainement pas. Sofina et surtout Brederode prouvent le contraire. Les prestations enregistrées par leurs actions au cours des 10 dernières années (265 et 447% successivement) ont été supérieures à celles accomplies entre 1999 et 2009. Leur avantage, c’est d’être assez actif dans le private equity, un segment des marchés financiers parmi les plus lucratifs depuis quelques années.

Mono-holding ou action sous-jacente?

Au vu des performances réalisées depuis 1999, les mono-holdings méritent l’intérêt de l’investisseur. Excepté Financière de Tubize (0,9%), elles offrent des rendements attrayants. De plus, pour celui qui se tourne vers les actions des mono-holdings, cela revient à acquérir des actions Solvay, UCB ou KBC à des cours inférieurs à ceux en vigueur en ce moment en bourse. Cette constatation ne doit cependant pas constituer l’argument primordial pour jeter son dévolu sur ce type d’action, dans la mesure où cette décote de l’actif sous-jacent est permanente. Il en était déjà ainsi hier. Il est plus que probable qu’il en sera encore de même dans les années à venir.

605%
return brut
En vingt ans et en ayant réinvesti les dividendes perçus dans les actions de la société, l’actionnaire d’Ackermans & van Haaren a accumulé le fabuleux return de 605% brut! Il fait ainsi mieux que Warren Buffett lui-même, le légendaire gestionnaire du holding américain Berkshire Hathaway.

La question que l’on peut se poser est de savoir s’il ne serait pas plus profitable d’investir directement dans les actions que ces mono-holdings détiennent en portefeuille. En d’autres termes, est-ce que les actions des sociétés Solvay, UCB et KBC ne se portent pas mieux que les holdings qui en sont leurs principaux actionnaires? Aussi étonnant que cela puisse paraître, la réponse est négative. Celui qui a investi dans les actions Solvay à la fin de 1999 et les possède toujours a enregistré un return de 160%, contre 315% pour Solvac. Bien que dans des proportions moindres, il en est de même pour les actions KBC et UCB. Le return de KBC s’élève à 160%, contre 227% pour KBC Ancora. Celui d’UCB est de 170%, contre 190% pour Financière de Tubize.

En phase avec la bourse

En conclusion, les performances enregistrées par les actions des holdings suffisent à convaincre tout investisseur de leur consacrer une part de leur patrimoine. À lui de déterminer ce qui, entre le dividende et la plus-value à long terme, a sa priorité. Sans négliger le fait que les performances passées ne préjugent en rien de celles à venir.

Attention! Les cours des actions des holdings n’échappent pas à la tendance générale de la bourse. Ils montent quand celle-ci tient la forme. Ils baissent par contre lorsque la bourse déprime. Ce qui peut constituer une opportunité à l’achat, d’autant que la décote des holdings (sous-évaluation de la société en bourse par rapport au prix des actifs détenus) a tendance à s’élargir.

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