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Privilégiez les dividendes réguliers

©Filip Ysenbaert

Avec un rendement moyen de 2,4% net, les actions d’Euronext Bruxelles offrent un rendement supérieur à la plupart des autres produits d’investissement. Il faut cependant se méfier des résultats volatils et préférer les entreprises affichant un bilan sain et de solides cash-flows.

Les temps sont durs pour les rentiers. Ceux qui souhaitent vivre de revenus d’investissement fixes et réguliers ne peuvent plus compter sur les obligations souveraines à cause de la politique de taux négatifs de la Banque centrale européenne (BCE). Conséquence: il faut aujourd’hui payer pour conserver ces obligations en portefeuille. Les obligations d’entreprises de qualité rapportent elles aussi moins que l’inflation. Sans parler du misérable taux de 0,11% des comptes d’épargne. L’or et les matières premières sont certes une alternative possible, mais ils ne produisent pas de coupons et donc de liquidités.

Du coup, les dividendes de nombreuses actions apparaissent comme de solides refuges pour ceux qui souhaitent voir leur compte en banque s’enrichir chaque année de cash supplémentaire. A la Bourse de Bruxelles, le rendement moyen du dividende de toutes les actions payant un coupon se monte à 3,4% brut. Après déduction des 30% de précompte mobilier perçus par le Trésor public, ce chiffre retombe à 2,4% net. Ce rendement reste malgré tout supérieur à l’inflation – qui se monte à près de 1% – ce qui permet à l’investisseur d’augmenter son pouvoir d’achat. L’an dernier, 68% des entreprises belges distribuant un dividende ont rehaussé leur coupon.

Ceux qui souhaitent investir au niveau international –  l’indice MSCI World affiche un rendement brut du dividende de 2,4% –  doivent pour leur part tenir compte du double précompte. La plupart des actions étrangères sont en effet soumises à une double imposition (à la source), c’est-à-dire successivement dans le pays d’origine de l’entreprise et en Belgique (sur le solde). Même s’il existe des exceptions. Le Royaume-Uni notamment ne taxe pas les dividendes. Pour ceux qui souhaitent conserver des actions à long terme, cela peut faire la différence.

Ce n’est pas toujours une bonne idée d’acheter les actions des entreprises qui paient les dividendes les plus élevés… car on y trouve généralement des cadavres dans les placards.

Les investisseurs ne doivent donc pas sous-estimer l’impact des dividendes. Crédit Suisse a calculé que la distribution des bénéfices représentait 40% du rendement des actions à long terme. Ceux qui apprécient les dividendes ont dès lors intérêt à éviter les entreprises qui ne paient pas de coupon. C’est le cas des nombreuses entreprises de biotechnologie qui ne commercialisent encore aucun produit et doivent lever des fonds pour se financer au lieu d’en distribuer. Les entreprises qui sont focalisées sur leur croissance et souhaitent réinvestir leurs bénéfices ne sont pas non plus conseillées aux investisseurs désireux de percevoir un dividende chaque année. Même un géant du commerce en ligne comme Amazon n’a pas encore payé le moindre cent sous forme de dividende.

Malgré tout, ce n’est pas toujours une bonne idée d’acheter les actions des entreprises qui paient les dividendes les plus élevés… car on y trouve généralement des cadavres dans les placards. Sans oublier qu’un dividende n’est par définition pas fixe. Les entreprises qui se portent bien et affichent un bilan sain peuvent augmenter leur dividende, ou au moins éviter de le réduire les mauvaises années. Bref, les entreprises saines et bien gérées affichant un historique de coupons stables ou en hausse sont plutôt rares. Seules sept entreprises belges n’ont pas réduit leur dividende au cours des 25 dernières années: Sofina, Ackermans & van Haaren, Lotus Bakeries, Solvay, UCB, Colruyt et Co.Br.Ha. Les entreprises cycliques dont les résultats fluctuent distribuent des dividendes à l’avenant. On peut citer Aperam, ArcelorMittal, Bekaert et Euronav.

Nous vous proposons ci-dessous un tableau reprenant les 20 meilleurs rendements de la Bourse de Bruxelles, avec des indications pour vous aider à évaluer le proche avenir. Les actions immobilières ne sont pas reprises dans la liste. 

©Mediafin


 Voici un aperçu des questions à se poser si l’on souhaite percevoir des dividendes réguliers.

1. Quelles sont les perspectives de l’entreprise en termes de résultats et/ou de dividendes?

Les manuels d’économie définissent le dividende comme étant la distribution des bénéfices. Mais ce n’est pas toujours le cas. Les dividendes distribués sont parfois supérieurs aux bénéfices, même s’il va de soi que cette situation ne peut durer éternellement. L’an dernier, Bekaert, Telenet et Fluxys Belgium ont ainsi distribué un dividende supérieur à leur bénéfice d’exploitation. Si une entreprise affiche un bilan solide et dispose d’un abondant cash-flow, ce n’est pas un problème, car elle peut maintenir son dividende au cours d’une année déficitaire.

Ceux qui apprécient les dividendes ont intérêt à éviter les entreprises qui ne paient pas de coupon. Comme nombre d’entreprises de biotechnologie qui ne commercialisent encore aucun produit et doivent lever des fonds pour se financer au lieu d’en distribuer.

Les résultats opérationnels sont cruciaux pour déterminer le dividende à long terme. Chez bpost, qui se classe en tête des entreprises les plus généreuses en 2019, la baisse du dividende est une certitude. Le dividende intérimaire de décembre se situait déjà 42% en dessous de celui de l’année précédente. Le développement de la distribution de colis ne réussit pas à compenser le recul du courrier postal. Et étant donné que bpost a pour politique de distribuer 85% de son bénéfice net, toute baisse du résultat se répercute sur le coupon. Les analystes s’attendent à une réduction de 1,31 euro, à 0,7 ou 0,8 euro brut par action.

Heureusement, de nombreuses sociétés ont laissé entendre que leurs bénéfices évoluaient dans le bon sens. Des entreprises comme Barco, Brederode, D’Ieteren, Euronav, GBL, Ageas, Immobel, Kinepolis, Lotus et même la petite société Moury Construct affichent des bénéfices en progression, ce qui permet d’espérer une hausse du coupon.

Le "pay-out ratio" peut être une bonne indication de la constance d’une entreprise. Ce ratio indique le pourcentage du bénéfice distribué sous forme de dividende. Car plus la part des bénéfices engloutis par les dividendes est importante, plus le matelas de sécurité permettant de faire face en période de vaches maigres est mince. Un "pay-out ratio" bas offre par ailleurs la possibilité d’investir sans s’endetter et d’augmenter les fonds propres. Parmi les entreprises qui distribuent moins d’un tiers de leurs bénéfices, on peut citer D’Ieteren, Deceuninck, Miko, Spadel, Fagron, Picanol et Resilux.

2. Qu’en est-il du cash-flow?

La dernière ligne du compte de résultat – le bénéfice net – ne dit pas tout. Les entreprises peuvent générer des cash-flows élevés mais enregistrer de maigres bénéfices nets, soit parce qu’elles ont beaucoup investi, soit parce qu’elles font face à de lourdes charges d’intérêts. Telenet en est un bel exemple. Le groupe de télécoms est une vache à cash-flow: grâce à ses 2 millions de clients câblés et ses 3 millions de clients en téléphonie mobile, elle génère des cash-flows proches de 10%. Son taux d’endettement – qui représente près de quatre fois le bénéfice brut d’exploitation (EBITDA) – ne constitue donc pas un problème. Le marché ne s’attend pas à une baisse du dividende.

Des entreprises comme Barco, Brederode, D’Ieteren, Euronav, GBL, Ageas, Immobel, Kinepolis, Lotus et même la petite société Moury Construct, affichent des bénéfices en progression, ce qui permet d’espérer une hausse du coupon.

Ce constat vaut aussi pour Proximus. Avec l’État indigent comme actionnaire majoritaire, l’entreprise se trouve sous forte pression pour maintenir le dividende. Vu que Proximus annonce un EBITDA stable pour 2019 et que son taux d’endettement (1,1%) est nettement inférieur à celui de Telenet, on peut s’attendre à un coupon (stable) de 1,5 euro par action, même si le groupe doit beaucoup investir pour maintenir son réseau à niveau. Chez Orange Belgium, on peut s’attendre à une hausse du dividende, vu qu’il s’agit du seul groupe de télécom du pays dont le chiffre d’affaires est susceptible d’augmenter.

Avec des cash-flows (de préférence élevés) et des dépenses prévisibles, il est possible de se faire une idée assez précise du dividende. TINC, une entreprise spécialisée en investissements dans les infrastructures, promet par exemple d’indexer son coupon. Elle peut se le permettre parce que les projets en portefeuille offrent des rendements connus sur plusieurs dizaines d’années et qu’elle emprunte à taux fixe.

Certaines sociétés s’attendent à une baisse de leur cash-flow. C’est le cas du groupe d’aliments frais Ter Beke. La contamination par la bactérie listeria dans une usine aux Pays-Bas coûtera à l’entreprise 10% de son EBITDA. Contrairement au géant des fruits et légumes Greenyard, qui a vécu la même situation et a dû supprimer son dividende, Ter Beke devrait maintenir son coupon. Son bilan est suffisamment solide pour faire face à une année difficile.

3. L’endettement est-il sous contrôle?

Il s’agit d’un facteur crucial pour la durabilité du dividende. Les entreprises fortement endettées sont bien entendu plus vulnérables en cas de retournement de la conjoncture ou d’autres coups durs. L’an dernier, le champion de l’endettement AB InBev a réduit de moitié son dividende. Chez le fabricant de tapis Balta, dont l’endettement est 3,7 fois supérieur à son EBITDA, on peut s’attendre logiquement à la suppression du dividende.

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Les entreprises dont le bilan affiche d’abondantes liquidités ou très peu de dettes peuvent par contre maintenir leur dividende, y compris pendant les mauvaises années. C’est notamment le cas du fabricant de puces électroniques Melexis, qui a laissé entendre qu’il ne réduirait pas le dividende malgré une année 2019 difficile. Et grâce à ses abondantes réserves, le spécialiste des serveurs EVS a pu s’engager à maintenir son dividende à 1 euro par action pendant trois ans.

4. Le passé peut-il aider à prédire l’avenir?

Comme dans de nombreux autres domaines, l’histoire peut nous apprendre beaucoup de choses sur l’avenir. Nous pourrions par exemple parier que Solvay augmentera son dividende malgré la légère baisse de l’EBITDA. Le groupe chimique ne devrait en effet pas rompre avec la tradition. De plus, les nombreux actionnaires familiaux ont besoin des coupons pour vivre. Cela vaut également pour Sofina et Ackermans & van Haaren.

Certains patrons ont déjà donné quelques prévisions sur leur dividende. Le promoteur Immobel compte par exemple augmenter son coupon de 10%. La firme congolaise Texaf mise traditionnellement sur 20%. Chez GBL, les circonstances devraient être "particulièrement exceptionnelles" pour que le coupon ne soit pas au minimum maintenu.

5. Qui rachète ses propres actions?

Une autre façon de rémunérer les actionnaires consiste à racheter ses propres actions. Lorsqu’une entreprise détruit des titres, le gâteau peut être partagé entre un nombre plus réduit d’actions. Ahold Delhaize, Ageas, D’Ieteren, Resilux et Econocom notamment rachètent leurs actions à tour de bras. Cette dernière combine ces rachats avec un beau dividende. Les investisseurs ont cependant des doutes quant au modèle opérationnel du spécialiste en IT, étant donné l’émergence du "cloud" au détriment des serveurs mis en location par le groupe. De plus, Econocom fait face à un problème de succession et à des incertitudes à propos de son plan d’économies. Résultat, l’action a perdu deux tiers de sa valeur en deux ans. Un dividende permet de gâter les actionnaires, certes, mais au bout du compte, ce sont les résultats opérationnels et financiers qui déterminent le rendement final.

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