"J'ai encore une philosophie paysanne: je paie généralement en cash" (Fabrizio Bucella)

©Dieter Telemans

Questions d'argent | 45 ans/Né à Milan/Ses parents s’installent en Belgique en 1979/Master en physique à l’ULB puis doctorat en sciences/Crée en 2011 "Inter Wine & Dine", où il anime des cours consacrés au vin/Professeur de mathématiques et de physique à l’ULB, chroniqueur au Huffington Post et à La Revue du Vin de France, il enseigne aussi le droit de la vigne et du vin à l’université de Bordeaux/Sort un premier livre en 2018, "L’antiguide du vin"/ En 2019, un deuxième, "Pourquoi boit-on du vin?"

Avez-vous des souvenirs de vos premiers jobs rémunérés?

Lorsque j’étais étudiant, j’ai travaillé comme surveillant de parking. Un job bien rémunéré, bien valorisé. Lorsque je travaillais la nuit, comme je n’avais rien à faire à part surveiller, je lisais beaucoup. Puis j’ai obtenu une bourse pour mon doctorat, auprès du Fonds de Recherche à l’Industrie et à l’Agriculture, qui dépendait du FNRS. Je gagnais 2.200 euros par trimestre. Je devais tenir trois mois avec cette somme…

Pour vos achats, êtes-vous du style impulsif ou réfléchi?

Cela dépend. Le week-end dernier, j’ai acheté quelques disques vinyls. Un achat plutôt impulsif. Je savais que j’allais un peu déraper par rapport au budget prévu. Mais généralement, je suis du genre réfléchi.

Quelle est pour vous l’évocation du vrai luxe?

Le bonheur commence dans la tête. Et la liberté est sans doute le luxe suprême. Je suis comblé, ravi de faire ce que j’aime dans la vie: enseigner, causer, écrire, transmettre.

Êtes-vous collectionneur?

"Aux jeunes, je donnerais celui-ci: ne pas tout sacrifier pour son ambition personnelle. Comme professeur, je découvre des étudiants de 18 à 20 ans plus raisonnables que nous ne l’étions à l’époque. Ils prennent plus soin de leur équilibre entre leur vie professionnelle, sociale et affective"
Le conseil

Je collectionnais les timbres et j’ai gardé cette collection. Maintenant, ce sont les vinyls que j’accumule, avec des titres qui m’ont fait vibrer. Et aussi les livres. Les polars et les livres dédiés au vin, ainsi que des éditions rares sur la cuisine.

Possédez-vous un objet que vous avez décidé de ne jamais vendre?

Ma vieille machine à écrire Olivetti. Le modèle mécanique "Valentine" que j’ai reçu de ma mère.

Un petit plaisir que vous aimez de temps en temps vous offrir?

Un bon resto, pas nécessairement onéreux, et aussi une bonne bouteille de vin. J’en ai environ 650 en cave.

Le salaire de certains grands patrons et sportifs, cela vous dérange-t-il?

La référence est le salaire médian. Quand un patron gagne cent fois plus que la moyenne de son personnel, cela ne va pas. Et l’excès d’argent appelle souvent la tricherie, la malhonnêteté.

Quelle est votre principale leçon d’argent?

Le rapport au temps. Il faut se satisfaire de l’argent dont on dispose aujourd’hui. S’offrir du luxe, oui, mais payable en fonction de ses moyens. Moi, j’ai encore une philosophie paysanne: je paie généralement en cash. Ma carte bancaire privilégiée, c’est la "maestro", que j’utilise surtout pour voyager. Les cartes de crédit? Je n’apprécie pas être défalqué de mon compte le mois suivant.

Pour quoi ne dépenseriez-vous pas un euro?

Pour une bagnole. Je n’aime pas conduire et encore moins mettre de l’argent dans cette grande boîte en métal où l’on est enfermé. J’aime les transports en commun, que j’utilise le plus souvent. En lisant un livre.

Votre passion, entre autre, est le vin. Est-il devenu trop cher?

J’ai découvert le vin lors d’un voyage de rhéto. J’avais 17 ans, c’était en Bourgogne. J’y suis ensuite retourné quelques fois. On remplissait le coffre de la voiture. Le prix, à cette époque, était encore relativement raisonnable. Les temps ont bien changé même si le prix actuel peut encore être abordable. Sauf certains grands crus classés bordelais devenus inaccessibles. Depuis les années 2000, surtout à partir du millésime 2005, les prix ont explosé à Bordeaux. Ce n’est plus raisonnable. Le vin, ce n’est toujours qu’une boisson fermentée qui passe dans la muqueuse buccale avant d’être éjectée dans un WC…

En cinq chiffres

0

"Zéro, c’est rien. Quand le compte tombe à zéro, on n’est pas si pauvre. Si on est en négatif, on a moins que rien."

2

"Nombre premier pair. Mes deux frères, mes deux parents. La famiglia."

2 bis

"Le nombre de livres sortis en quelques mois. ‘L’antiguide du vin’, qui veut répondre à des questions insolites sur le vin, et ‘Pourquoi boit-on du vin?’, qui se veut une explication fondamentale ou rationnelle de notre attirance vers cette boisson."

2000

"L’année de naissance des étudiants à qui j’enseigne à l’ULB. Ils me forcent à me réinventer chaque année. Rien n’est jamais acquis."

1

"Le nombre, l’unité imaginaire, au-delà des réels. L’imagination au pouvoir plus que jamais!"

 

"J’y glisse assez classiquement mon permis de conduire, bien que je privilégie les transports en commun, des tickets de tram, du Tec, de De Lijn et aussi du métro de Paris. Mais pas ma carte d’identité: je la laisse à la maison."
Dans son portefeuille

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