interview

Jean-Patrick Scheepers: "La culture de l'échec, c'est médiatique. Dans la réalité, les gens détestent l'odeur de l'échec"

©Dieter Telemans

52 ans/Ingénieur commercial (IAG)/Serial entrepreneur/A lancé sa première entreprise avant sa sortie de l’université/Cofondateur de Mmmmh! (désormais revendu)/Fondateur de "Peas and Love" qui installe depuis 2013 des potagers sur les toits de Paris et à Bruxelles (sur le toit du magasin Caméléon et à l’entrée du Club David Lloyd)

Avez-vous déjà connu des problèmes financiers?

Lors de mes déboires en 2013 (NDLR: la faillite de Foodstock), j’ai tout perdu. Du jour au lendemain, je n’avais plus rien. Ma maison a été saisie, mes cartes de banques ont été bloquées. C’était le néant. La culture de l’échec, c’est très médiatique. Dans la réalité, les gens détestent l’odeur de l’échec. Les banques ne prêtent plus à quelqu’un qui a fait faillite.

"Dépensez votre argent, il faut qu’il tourne!"
Le conseil

Pour rebondir, vous devez faire preuve de résilience et vous battre deux fois plus. Grâce à l’aide de ma famille, j’ai eu le temps de me retourner et de me reconstruire. Mon conseil à cet effet est de mettre en place une routine, de se structurer face à cet immense vide auquel vous faites face. Tous les matins, j’allais promener mon chien et travailler ma "to do list" en prenant un café. D’ailleurs, quand il a augmenté de 50 centimes, ça m’a fait mal! En moins de cent jours, j’ai monté mon nouveau projet de fermes urbaines et six années plus tard, nous avons déjà ouvert sept fermes à Bruxelles et Paris et partageons avec mes associés un beau projet d’une centaine de fermes potagères en Europe. Tout bien considéré, ma situation est nettement meilleure maintenant, même si au passage j’ai perdu le patrimoine immobilier que je m’étais constitué.

Y a-t-il des choses pour lesquelles vous dépensez sans compter?

Pour la nourriture et les bons produits, c’est ma passion! Payer le juste prix permet d’ailleurs aux producteurs de se rémunérer normalement et de maintenir une agriculture de qualité et saine pour notre santé.

En cinq chiffres
  • 26: "Je suis né le 26 décembre, à un jour près, je m’appelais Jean-Noël."
  • 45 ans: "L’âge auquel je pensais arrêter de travailler. Cela n’a pas été le cas!"
  • 2013: "L’année où j’ai tout perdu avec la faillite de Foodstock. J’ai été rincé jusqu’à l’os."
  • 100: "Le nombre de fermes urbaines que je rêve d’ouvrir dans les prochaines années."
  • 70h: "Je ‘travaille’ (sur un projet) 70 heures par semaine."

Sinon, je dépense pour mon cadre de vie, la décoration, le jardin. J’aimerais dépenser pour l’art… mais je n’en ai pas (encore) les moyens.

Et pour quoi ne dépensez-vous pas facilement?

Pour les voitures. J’ai eu la même Mini pendant plus de dix ans. Avec mon chien qui allait souvent dedans, je vous laisse imaginer l’odeur… On l’appelait la niche mobile. Un mythe à Bruxelles!

Achetez-vous en ligne?

Des services, oui. Mais des objets, non. Je ne suis jamais là pour les réceptionner. Dès que je reçois un avis de passage de la poste dans ma boîte aux lettres, les ennuis commencent.

Êtes-vous plutôt cigale ou fourmi?

J’ai une double relation avec l’argent. D’un côté, je suis angoissé parce qu’en tant qu’indépendant, je n’aurai pas vraiment de pension. De l’autre, je suis un panier percé dans ma vie privée, ce que je tiens de ma mère. Il y a une vraie ambivalence entre préparer le futur et profiter du présent. C’est souvent "profiter du présent" qui l’emporte…!

Comment envisagez-vous votre avenir financier?

Je gagne correctement ma vie au quotidien et le travail que je fais dans Peas & Love crée de la valeur pour mon patrimoine, que j’espère valoriser d’ici quelques années.

Quel est votre rapport à l’argent?

Je le respecte peu en tant que tel, ce n’est rien de plus qu’une construction psychologique, comme l’explique très bien Yuval Nora Nahari dans son livre "Homo Sapiens". Mais j’ai appris à le respecter en tant qu’entrepreneur et administrateur-délégué.

Dans son portefeuille: "On y trouve ma carte de ressortissant étranger puisque je suis Néerlandais. Pas de cash, je déteste cela. Mes cartes de banques en ligne, comme Spendesk, Qonto ou N26. Bientôt adios les dinosaures comme ING. Et ma carte super premium gold platinum saphire Thalys!" ©Dieter Telemans

Je respecte l’argent que l’on me confie, celui de mes investisseurs et de mes clients. Il est important à mes yeux en ce sens qu’il est le symbole de la confiance qu’on me fait.

Quelles sont les choses que l’on ne paie pas assez cher selon vous?

Je me pose la question du prix du transport aérien. Il faudrait arrêter de prendre l’avion pour la transition écologique. Mais on nous a habitués à voyager pour quelques dizaines d’euros, à passer le week-end à Prague; pour les jeunes, le monde est un village… Tout cela mérite réflexion et à tout le moins débat.

Avez-vous changé vos habitudes de mobilité?

Non, car quand on est pressé à Bruxelles, les transports en commun ne sont pas une option et dans mon quartier (NDLR: Fort Jaco), il n’y en a pas beaucoup. Je ne tiendrais pas non plus dix minutes sur une trottinette électrique sans me casser la figure. Je trouve que Pascal Smet a une bonne vision de la ville, mais il communique très très mal en passant en force. Il devrait susciter l’adhésion à un projet et non imposer des choix.

Que feriez-vous si vous deveniez très riche?

Je soutiendrais des start-up et je créerais une sorte de fonds pour soutenir ma famille en cas de besoin. Mes proches pourraient retirer autant d’argent que nécessaire en cas d’accident de parcours, sans devoir me le demander. Je n’aurais pas besoin de le savoir. Je sais à quel point demander de l’argent est difficile, tant pour celui qui le demande… que pour celui qui reçoit la demande.

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