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Marianne Streel: "Mon poste alimentation est plus élevé que la moyenne"

©anthony dehez

Présidente de la Fédération Wallonne de l’Agriculture (FWA) / Diplômée en Sciences Juridiques / Agricultrice, chef d’exploitation et fière de son secteur / Liégeoise d’origine, namuroise d’adoption et wallonne de cœur / Mariée et mère de trois enfants / Amoureuse de son jardin, des livres et de musique française / Puise sa force et son énergie dans l’affection de sa famille, de ses nombreux amis et dans la beauté de la nature.

Les agriculteurs peuvent-ils vraiment bien gagner leur vie?

L’agriculture (familiale) wallonne rencontre effectivement des difficultés, en termes de revenus. Coûts de production qui grimpent, prix mondiaux face auxquels on est peu compétitif, charges patronales, mises aux normes et conditions de production plus strictes, on gagne de moins en moins bien sa vie. Car le prix à la sortie n’augmente pas. Même si la qualité s’est améliorée.

Que devrait-on changer à notre mode de consommation pour les aider?

Privilégier les produits locaux, belges ou européens et acheter auprès d’un producteur qui vend et transforme à la ferme. Réapprendre qu’il existe des produits de saison. Je ne suis pas sectaire: l’alimentation, on doit pouvoir la choisir, mais de façon raisonnée. Pommes, poires, carottes sont d’excellents produits disponibles toute l’année mais un peu oubliés. Des fruits sont détruits, des vergers arrachés. Redevenir acteur de sa consommation: transformer soi-même coûte moins cher et permet d’acheter une autre qualité de produit à la base. Pour autant, il ne faut pas culpabiliser: tout le monde n’a pas le temps ni la possibilité de faire des kilomètres pour acheter local. Pour les agriculteurs, il n’y a pas que l’argent qui compte. Nous attendons que le public retrouve confiance et plaisir en consommant nos produits.

En chiffres
  • 25 : "Ma fille a eu 25 ans cette année. Un moment important. Une trace du temps qui passe."
  • 85 : "L’âge de mon papa. À 52 ans, j’ai la chance d’avoir encore mes deux parents."
  • 20 : "Cela fait 20 ans que je suis mariée à mon deuxième mari. La durabilité est une notion essentielle pour moi, à tous les niveaux."
  • 3 : "Nous étions 3 filles à la maison. J’ai 3 enfants."
  • 1994 : "L’année où j’ai repris l’exploitation agricole suite au décès de mon premier mari. L’année de naissance de ma fille aussi. Une année qui m’a construite et qui fait que je suis ce que je suis. J’ai dû faire preuve de caractère, de détermination et prouver ma capacité à rebondir."

Où faites-vous vos achats?

Je fréquente les grandes surfaces, mais je fais attention à ce que j’y achète. Je m’approvisionne surtout dans une ferme près de chez moi qui vend la quasi-totalité des produits des agriculteurs wallons: viandes, fromages, yaourts, légumes, vins, etc. Je suis très attachée aux artisans, comme les bouchers et les boulangers. Je choisis en fonction du goût et de la qualité. Le poste alimentation de mon panier de la ménagère est plus élevé que la moyenne. Il n’y a pas de secret.

Un produit ou un service dont le prix vous semble anormalement bas?

L’alimentation de base. Si la PAC est vue comme une politique de subside aux agriculteurs, sa vocation est de permettre l’accès du plus grand nombre à l’alimentation. Et quand je compare le travail pour arriver à un produit transformé à la ferme et celui pour un même produit industriel, je me dis que le prix réel du travail à l’heure pour l’agriculteur pourrait être supérieur!

Si vous deviez réduire votre train de vie, que sacrifieriez-vous en priorité?

Depuis deux ou trois ans, je suis obligée de le faire. La première chose à laquelle je renonce, ce sont les vacances. Si c’est pour être moins bien que chez moi, je ne pars pas. J’ai la chance d’habiter à la campagne, d’avoir un beau jardin et de me sentir un peu en vacances. Je n’achète rien à crédit: si je n’ai pas l’argent, je n’achète pas. Je renouvelle moins la déco: c’est facile car ce n’est pas un besoin de base. Je ne change pas un appareil tant qu’il fonctionne ni remplace des vêtements ou des sacs sous prétexte que je les ai depuis des années.

"Je réfléchis beaucoup avant une vente ou un achat. Mais une fois que la décision est prise, je ne reviens jamais dessus. Ce qui est décidé est assumé."

Les salaires de certains patrons, sportifs ou people vous dérangent-ils?

Par principe non, car je ne m’occupe pas des autres. Peu m’importe de savoir ce que gagne un CEO de banque ou un Diable Rouge. Je m’occupe de mes problèmes et je ne suis pas jalouse. J’ai plutôt tendance à voir le verre à moitié, aux trois-quarts ou totalement plein. Dans ma mission syndicale, il m’arrive d’être sur la défensive, mais je juge préférable de valoriser ce que l’on fait que d’attaquer et critiquer les autres. Démolir c’est facile, mais construire autre chose n’est pas forcément plus simple. Donc si certains ont beaucoup d’argent et font vivre les autres en dépensant beaucoup, pourquoi pas…

Faites-vous des investissements?

J’ai acheté le bâtiment de ferme, qui sera payé d’ici quelques années, et avant, une petite maison, que j’ai gardée. Je jongle avec de très gros chiffres au niveau de l’exploitation agricole: de grosses rentrées et sorties mais de faibles revenus. Au plan privé, je n’ai donc pas de liquidités à gérer ou à placer…

Avez-vous toujours travaillé à la ferme?

Quand je me suis mariée, je terminais un stage non rémunéré de 2 ans chez un huissier de justice. J’ai débuté ma carrière dans le notariat. Mon mari reprenait l’exploitation agricole. Il fallait donc que je sois salariée. Pendant les trois premières années, on n’a pas su prendre un franc sur l’exploitation agricole. Je gagnais 28.000 francs belges par mois et je payais 10.000 francs de loyer pour une partie de la ferme. Je me débrouillais avec le reste…

"C’est un magnifique portefeuille Delvaux que j’ai reçu de ma maman pour mes 25 ou mes 30 ans. Il est donc fort usé, mais j’y suis très attachée et ne vois pas l’utilité d’en changer. Il contient ma carte d’identité, des cartes bancaires et 36.000 souches de magasin dont je ne ferai jamais rien. Je n’ai jamais de cash sur moi (ni pièces ni billets). Je paie uniquement par carte et cela me pose d’ailleurs parfois problème." ©anthony dehez

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