Philippe Lallemand: "Aujourd'hui, on achète tout et n'importe quoi à crédit, jusqu'à ce que survienne un accident de la vie"

©Frédéric Pauwels / HUMA

Diplômé en droit de l’Université de Liège puis de l’École nationale de fiscalité et des finances/Depuis vingt ans chez Ethias, où il est passé "par quasiment toutes les fonctions" avant de devenir CEO/Également administrateur chez Safran Aero Boosters/Flémallois d’origine, il est Liégeois depuis 30 ans.

Quels sont les prix qui vous surprennent?

Ce qui me surprend le plus aujourd’hui, c’est le prix des transports en commun. Je sais que c’est un débat complexe. Mais quand on intègre les conséquences incontestables sur l’évolution du climat et les problèmes de mobilité, je me demande comment il est possible que nous n’ayons pas mis un coup de boost sur les prix des transports en commun. Au Luxembourg, par exemple, les transports publics sont gratuits pour les moins de 20 ans et dès mars 2020, ils le seront pour tous les Luxembourgeois. J’ai donné la vie à trois enfants et ils vont subir pleinement les conséquences des décisions que ma génération n’a pas prises.

Pour quoi ne dépenseriez-vous pas un euro?

Les cryptomonnaies. C’est un processus qui me semble non contrôlé et non contrôlable. Sans parler des usages déviants qui sont possibles.

En cinq chiffres
  • 3: "J’aime ce chiffre. C’est aussi le nombre de mes enfants."
  • 6: "Le nombre de mes enfants et de mes beaux-enfants et la date de mon mariage."
  • 1999: "La date de mon entrée chez Ethias."
  • 2019: "L’année du centenaire d’Ethias."
  • 2029: "L’horizon pour savoir si la transformation que nous avons mise en place chez Ethias est un succès."

Y a-t-il un achat que vous avez regretté?

Ma deuxième voiture. La première était une Citroën que j’avais achetée 10.000 francs à un voisin. Je l’ai gardée quatre ans et elle fonctionnait à merveille. Mon frère m’a ensuite conseillé une marque dont je tairai le nom. Elle était d’une couleur orange horrible et deux semaines après l’avoir achetée, j’avais déjà des problèmes avec le moteur. En un an, je l’ai réparée trois fois moi-même avant de finalement la revendre. Je suis passé quelques mois après devant la maison de son nouveau propriétaire. Il était en train de travailler dans le moteur (rires).

Achetez-vous parfois à crédit?

Jamais. Je n’ai pas été élevé comme ça. Je suis issu d’un milieu assez modeste. On n’achetait que ce dont on avait besoin. C’est donc presque culturellement impossible pour moi. Actuellement, les habitudes de consommation ne sont plus les mêmes et le niveau d’insatisfaction est énorme. Aujourd’hui, on achète tout et n’importe quoi à crédit, jusqu’à ce que survienne un accident de la vie. Arrive alors la descente aux enfers.

Suivez-vous de près vos finances?

Non. Par la force des choses, j’ai fait très attention étant plus jeune. Maintenant que mes moyens sont différents, je ne fais plus attention à cela. C’est ma compagne qui se charge de ces questions. Je serais incapable de dire aujourd’hui combien il y a sur mon compte. Ça ne doit pas être perçu comme un propos de riche. C’est plutôt quelque chose de binaire. J’ai été tellement privé qu’à présent que j’ai les moyens, je ne me préoccupe plus du tout de cet aspect.

"Ne faites jamais rien que vous ne comprenez pas. Si vous n’êtes pas capable de comprendre ce que vous réalisez, vous entrez dans une zone de danger que vous ne contrôlez pas."
Le conseil

Quel a été votre dernier achat très important?

Nous venons d’acheter une maison à la Côte. Ce n’était vraiment pas sur un coup de tête Ça nous a pris sept mois pour nous décider.

Aujourd’hui vous faites-vous encore conseiller?

Oui, tous les jours. Depuis que ma journée a commencé, j’ai déjà demandé au moins trois conseils. C’est toujours comme ça. J’ai le réflexe de systématiquement dire quand je ne comprends pas quelque chose. Un CEO n’est rien s’il n’a pas des personnes compétentes autour de lui. Sa plus grande compétence est d’ailleurs de bien sélectionner les personnes dont il s’entoure. Avec une bonne équipe, 50% du chemin vers le succès est déjà parcouru.

Dans son portefeuille: "J’ai quelques cartes, dont celles d’Ethias, de mon club de golf et quatre cartes bancaires. Je n’ai que deux cartes de fidélité. Je laisse les autres chez les commerçants." ©doc

Dans quel aspect de votre vie n’êtes-vous pas trop regardant à la dépense?

Je cuisine tous les jours pour une famille nombreuse. Ça me détend. Quand je vais faire mes courses, je favorise les circuits courts. Je ne regarde pas combien je paye. Je serais donc incapable de vous donner le prix d’un kilo de viande. Je sais que là où je me fournis, c’est plus cher qu’ailleurs, mais le goût et la qualité sont tellement différents que le retour sur investissement est bien suffisant.

Vous souvenez-vous de votre premier salaire?

J’ai commencé à gagner de l’argent très tôt, à 12 ans. Je crois avoir reçu 100 francs pour tapisser chez un voisin. Ça m’a pris trois jours. J’ai acheté beaucoup de sucreries et un 45 tours des Beatles. Mon premier salaire au ministère des Finances était de 28.000 francs. Je l’ai touché fin décembre et une bonne partie a été utilisée pour remplir le frigo et pour acheter les choses essentielles à un ménage.

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