interview

Pierre Degand "J'ai la passion des belles choses, je déteste la médiocrité"

©Saskia Vanderstichele

Questions d'argent | Tailleur de costumes de luxe depuis 40 ans, fondateur de la Maison Degand / Bruxellois / 65 ans / Il entame sa carrière au Zoute alors qu’il n’a que 20 ans / Membre du Brussels Exclusive Labels qui réunit 80 marques réputées de la capitale belge / Fournisseur de la Cour de Belgique depuis 2001 / La Maison Degand, située historiquement sur l’Avenue Louise, a été entièrement rénovée depuis octobre dernier.

À l’image des récentes rénovations de la Maison Degand, faites-vous régulièrement des travaux dans votre logement?

Non, j’ai une maison qui m’est fort identique: je suis la personne la moins imprévisible au monde. Mais je suis passionné par mon jardin. On l’a refait entièrement, c’est quelque chose de très apaisant et merveilleux à voir. Un jardin, c’est la vie. J’ai beaucoup de plantes, mais rien d’exotique; chez moi c’est très carré, linéaire.

"L’argent n’est sûrement pas le moteur pour avancer dans la vie. C’est la passion et la volonté d’accomplir quelque chose qui peut vous donner la satisfaction de ce que vous désirez réaliser."
Le conseil

Avez-vous des loisirs coûteux?
Je n’ai pas de loisirs exceptionnellement coûteux mais étant passionné par les voitures anciennes, j’ai deux Aston Martin, qui sont en parfait état. L’une date de 1988 et l’autre de 1969. Elle a été entièrement refaite. Cela me vient de la passion des belles choses, je déteste la médiocrité. J’ai la nostalgie du temps passé, même dans ce domaine, je trouve que les voitures auparavant avaient du caractère, du style, du raffinement. Maintenant, tout ça fait défaut, c’est très stéréotypé.

Qu’est-ce qui représente à vos yeux le luxe suprême?
Le temps. Je n’ai jamais eu énormément de temps car j’ai commencé mes affaires très jeune. Le temps de se poser, de pouvoir se lever et ne pas avoir de contraintes, c’est quelque chose d’agréable.

"Je n’ai plus de portefeuille mais un bloc-notes fourre-tout. Ça me permet de prendre des notes sur tout, car je pense en permanence, et d’écrire les commandes de ma clientèle fidèle. Il regroupe aussi des souvenirs comme des dollars. J’avais auparavant un portefeuille, mais je préférais prendre l’argent dans ma poche avec la pince à billets de ma maman. C’est aussi un objet qui évolue." ©Saskia Vanderstichele

En matière d’achats courants, pensez-vous qu’il est primordial d’accorder un budget important pour bien s’habiller?
Ce ne sont pas mes plus grosses dépenses, mais je pense que c’est une qualité de vie. Vous pouvez avoir une très belle maison, une très belle voiture, aller dans de bons restaurants. Mais si vous êtes habillé d’une façon quelconque, médiocre, vous n’êtes pas cohérent, il y a quelque chose d’antinomique. Il faut être en symbiose avec sa personnalité.

Y a-t-il un objet, même sans valeur, que vous ne vendriez jamais?
J’ai plusieurs petits objets qui m’ont été donnés par ma mère et des personnes qui me sont très chères. Je ne les vendrai jamais. J’ai par exemple la pince à billets de ma mère, des boutons de manchette, un porte-clés, etc. J’ai une grande sensibilité envers ces cadeaux.

©thomas de bruyne

De quel type de dépense diriez-vous qu’il s’agit d’argent jeté par les fenêtres?
Tout ce qui est superficiel, des choses qui n’ont pas la justesse de la dépense que l’on s’octroie de faire. Si la dépense n’est pas justifiée par rapport au produit, c’est superflu et on en garde un mauvais souvenir.

Estimez-vous important d’être aidé par ses parents pour se lancer dans la vie?
Oui, si les enfants ont la possibilité de recevoir cette aide, c’est important. Je l’ai prouvé avec le restaurant que j’ai fait pour ma fille. Personnellement, j’ai été aidé par ma mère le jour où je lui ai dit que je désirais m’installer et ouvrir un magasin: elle s’est portée garante pour moi. J’ai pris ce cadeau de façon très respectueuse et je me suis mis à travailler de manière acharnée.

Lorsque vous avez commencé à gagner votre vie, quelle a été votre plus grande satisfaction?
Avoir la satisfaction du client parce que j’avais bien fait mon métier. Je pense que chaque être humain a besoin d’être reconnu, admiré, qu’il a besoin d’amour et de reconnaissance, c’est la perception que les gens ont de vous. C’est ce qu’il y a de plus important quand vous êtes quelqu’un d’ultrasensible comme moi.

En cinq chiffres

25

"Ma date de naissance et parce que 2 + 5 font 7, mon chiffre porte-bonheur."

8

"Également un chiffre porte-bonheur asiatique et c’est aussi le symbole de l’infini à l’envers. C’est un signe qui symbolise la finalité, la boucle par rapport à un lien affectif principalement. Il s’agit également de la date de naissance de mon fils."

14 février

"Le jour de l’enterrement de ma mère, ça m’a particulièrement marqué."

1974

"L’année de mes toutes premières affaires à la mer, au Zoute."

1983

"L’année où j’ai ouvert mes affaires ici à l’Avenue Louise, très importante pour moi."

 

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