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Raymond Leroy: "Ma réussite est avant tout familiale. Et grâce au vignoble, je vois mes fils tous les jours"

©anthony dehez

63 ans/Études d’œnologie à l’université de Montpellier/Travaille ensuite dans la société familiale "Leroy-Prévot", importatrice de vins et spiritueux/Décide de planter de la vigne avec quelques associés en 2002: le vignoble des Agaises Ruffus est né sur deux hectares/Il atteindra 31,5 ha ce printemps, le plus grand vignoble du pays/Production en 2018: 300.000 bouteilles.

Vous souvenez-vous de votre premier job?

J’avais 7 ou 8 ans. J’ai un jour pris mon vélo avec quelques bouteilles de vin et me suis rendu dans de petites fermes des environs de la maison. Je les faisais goûter et on me passait des commandes… Les premières de ma vie. Au début, je n’ai pas osé l’annoncer à mes parents…

Vous arrive-t-il de dépenser sans compter?

En vacances, je ne surveille pas trop mes dépenses. Et j’aime aussi offrir des cadeaux à ma famille sans trop regarder la note.

Quels sont les produits dont vous jugez le prix excessif?

Certains vins réputés, célèbres, comme les grands crus classés de Bordeaux. Certains châteaux illustres sont achetés davantage pour spéculer que pour déguster. Je me souviens, lorsque j’avais une vingtaine d’années, des tarifs de notre Maison d’importation, le Martini était plus cher que certains grands Bordeaux! Aujourd’hui, quelques-uns de ces crus classés du Médoc ou de Saint-Emilion dépassent allégrement les 500 euros la bouteille.

Votre vie changerait-elle si vous devenez subitement millionnaire?

Non, pas grand-chose. Je n’aurais évidemment plus de pression côté finances, je serais plus serein et n’aurais plus à craindre pour ma qualité de vie.

"Ne pas croire que l’argent est la finalité de la vie ni juger les gens à la dimension de leur portefeuille et de leur compte en banque. Ne pas prouver aux autres constamment qu’on est riche si on l’est."
Le conseil

Regrettez-vous certains achats effectués?

Non, je n’ai jamais regretté d’achat effectué de façon impulsive. Je n’ai jamais revendu quelque chose que je me suis offert, étant plus acheteur que vendeur. Je ne compare pas les prix, pour les achats "coup de cœur". Pour l’achat d’une voiture, par contre, je suis plus réfléchi et je compare les offres.

Quels sont les achats les plus onéreux que vous ayez effectués?

Pour le vignoble et la cuverie. Plantation, balisage, entretien… Cela revient environ à 100.000 euros l’hectare au total. Et nous avons fait les frais voici deux ans d’une machine à vendanger. Son coût: 150.000 euros.

Êtes-vous collectionneur? Avez-vous des passions coûteuses?

Lorsque j’étais petit, je collectionnais les timbres. J’ai une importante collection. Avant, je ne m’intéressais pas du tout à l’art. Maintenant, j’apprécie certaines œuvres, des peintures d’art contemporain.

Possédez-vous des objets dont vous ne souhaitez-pas vous séparer?

Je ne désire rien vendre de ce que j’ai acheté. Mais peut-être une petite voiture achetée jadis en "coup de cœur", une Mini Moke avec laquelle j’adore pourtant rouler dans les vignes.

Quelle est pour vous la définition de la réussite et du bonheur?

Pour moi, la réussite est d’abord familiale. L’esprit de famille avant tout. Quand nous sommes réunis à table, chacun apporte des bouteilles que nous dégustons "à l’aveugle". Du pur bonheur! Et puis, grâce (ou à cause) de la folie du père (la création d’un vignoble), nos deux fils y travaillent. John dans la vigne et la cuverie (il a aussi suivi les cours d’œnologie à Montpellier, comme son père) et Arnaud gère le commercial. On se voit donc tous les jours.

Rêvez-vous d’un achat particulier?

Celui d’agrandir encore le vignoble, d’une dizaine d’hectares. Mais nous progressons, étape par étape.

En cinq chiffres
  • 1980: "Mon mariage avec Isabelle et mon entrée dans l’entreprise familiale Leroy-Prévot en compagnie de mon frère Thierry."
  • 1981: "La naissance de notre fils Arnaud et la plantation d’un premier petit vignoble de 600 pieds. Du pinot noir, le Clos des Mouligneaux. Il s’agit sans doute des plus vieux pinots noirs du pays."
  • 1983: "La naissance de notre second fils, John. Et les premières vendanges très artisanales avec des vinifications effectuées dans de petites cuves et des fûts ayant contenu de la bière, je me souviens, c’était de la Jupiler."
  • 2002: "Plantation et naissance du vignoble des Agaises qui donnera notre cuvée Ruffus, une méthode traditionnelle, devenue la plus importante en volumes de Belgique. 20.000 pieds sur 2 hectares. Cette année-là, création également de notre société."
  • 2003: "Premières vendanges et décès de notre père: il n’y aura malheureusement pas participé."

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