mon argent

Ce qui change en 2019 pour la pension

©Eleni Debo

L’année prochaine, il devrait en principe être possible de prendre sa pension à mi-temps, du moins si on remplit les conditions. Quelles sont-elles et quels avantages procure cette pension à mi-temps?

Pour permettre à des travailleurs âgés de lever le pied pendant les dernières années de leur carrière, le ministre des Pensions, Daniel Bacquelaine (MR), souhaite introduire la pension à mi-temps. Mais vu le contexte politique actuel, il est difficile de fixer un timing pour l’entrée en vigueur de cette nouvelle formule.

Quelles conditions faut-il remplir?

  • Avoir au moins 60 ans et entrer dans les conditions de la pension anticipée. Concrètement, en 2019, il faut avoir 63 ans au moins et une carrière de 42 années derrière soi. À moins d’entrer dans la catégorie des "carrières exceptionnellement longues". Ainsi, celui qui veut prendre une pension à mi-temps dès 60 ans doit comptabiliser à ce moment 44 années de carrière. Autrement dit, il doit avoir commencé à travailler à 16 ans. Ceux qui ont exercé une fonction pénible pourront également prendre leur pension anticipée à partir de 60 ans. Ce que couvrent les fonctions pénibles n’a cependant toujours pas été défini pour le secteur privé.
  • Avoir travaillé à 4/5e temps au moins au cours des douze mois qui précèdent la demande. Le demandeur devra ensuite réduire son activité professionnelle de façon à ne plus travailler qu’à mi-temps. Car le propre de la pension à mi-temps est qu’on ne peut travailler à côté qu’à mi-temps. Ce statut ne vaut provisoirement que pour les salariés.

Comment cela fonctionne?

Avec la pension à mi-temps, non seulement vous réduisez votre temps de travail, mais vous continuez en outre à cotiser pour votre pension, ce qui augmente le montant de votre pension légale. Vous percevez par ailleurs une rémunération à mi-temps, ce qui vous laisse en mains un montant net supérieur à ce que vous auriez en prenant une pension anticipée complète.

L’organisation pratique du mi-temps de pension — moins d’heures chaque jour ou moins de jours par semaine — devra être réglée en concertation avec l’employeur.

Qui entre en considération?

Selon le cabinet du ministre, le nouveau régime pourrait toucher un grand groupe de personnes. L’an dernier, 32,9% des femmes et 35,9% des hommes qui ont pris leur pension dans le régime des salariés sont partis anticipativement à la retraite. Du côté des fonctionnaires, on atteint un taux de 96,5% pour les femmes et de 93,9% pour les hommes. "Ces personnes auraient pu entrer en ligne de compte pour une pension à temps partiel", indique Koen Peumans, le porte-parole du ministre Bacquelaine.

La pension à mi-temps concernera aussi des personnes qui aujourd’hui choisissent des systèmes alternatifs pour réduire leur temps de travail, comme les plans de fin de carrière. Le crédit-temps de fin de carrière ne sera d’ailleurs plus accessible en 2019 qu’à partir de 60 ans pour celui qui a travaillé au moins 25 années en tant que salarié. Ce système est extrêmement populaire dans notre pays: en Belgique, un peu moins de 70.000 personnes ont opté pour un plan de fin de carrière, principalement en Flandre.

Prendre sa pension en 7 étapes

Quelle est la différence avec un plan de fin de carrière?

On ne peut pas comparer le système de la fin de carrière et celui de la pension à mi-temps (voir tableau ci-dessous). Ainsi, différents régimes sont possibles dans le plan de fin de carrière: mi-temps, 4/5e temps, etc. La grande différence est que dans le plan de fin de carrière, vous ne percevez pas de pension pour les jours où vous ne travaillez pas, mais bien une allocation de fin de carrière de l’Office national de l’emploi (ONEM).

©Mediafin

L’exemple d’Eric (voir ci-dessous) montre que dans la plupart des cas, le choix d’une pension à mi-temps sera plus avantageux qu’un crédit-temps de fin de carrière. Cela vient du fait que le montant de la pension à mi-temps est plus élevé que l’allocation de l’ONEM accordée dans le cadre d’un plan de fin de carrière. Selon le cabinet du ministre Bacquelaine, c’est un choix délibéré. "Pour pouvoir prendre une pension à mi-temps, vous devez satisfaire aux conditions de la pension anticipée et avoir une carrière d’au moins 43 années derrière vous", explique-t-on.

Exemple

Eric, 61 ans, est marié et a une carrière de 43 années derrière lui. Son travail à temps plein lui rapporte 45.000 euros bruts sur base annuelle.

→ Situation 1: Eric prend une pension à mi-temps

Travail à mi-temps: rémunération mensuelle nette de 1.445 euros

Pension à mi-temps: pension mensuelle nette de 715 euros nets

> Revenu mensuel: 2.160 euros (nets)

→ Situation 2: Eric opte pour un régime de fin de carrière 

 Travail à mi-temps: rémunération mensuelle nette de 1.445 euros

Crédit-temps à mi-temps: allocation de l’ONEM de 330 euros

> Revenu mensuel: 1.775 euros (nets)

 

La différence financière entre les deux formes augmente à mesure que vous avez gagné plus pendant votre carrière, puisque que votre pension légale est dans ce cas plus élevée. Certes, la pension légale des salariés est aujourd’hui plafonnée à 2.315 euros nets par mois. Autrement dit, si vous optez pour la pension à mi-temps, le montant mensuel de celle-ci ne pourra jamais excéder 1.157,50 euros nets.

Votre argent en 2019

Toutes les nouvelles mesures qui impacteront vos finances personnelles en 2019.

Le guide "Votre argent en 2019" est paru le 15/12. Cliquez ici pour le consulter.

Mais la comparaison ne s’arrête pas là. Car le choix que vous allez faire influence aussi la pension légale complète qui vous sera versée à l’âge de la pension légale. Elle sera un peu plus élevée en effet si vous choisissez le régime de la fin de carrière. Simplement parce que vous continuez à vous constituer des droits de pension dans un plan de fin de carrière, aussi bien pour les jours où vous travaillez que pour ceux pour lesquels vous percevez une allocation d’interruption de l’ONEM. Si vous choisissez la pension à mi-temps, par contre, vous ne vous constituez des droits de pension que pour les jours où vous travaillez encore.

Votre pension légale peut donc certes être un peu inférieure si vous choisissez la pension à mi-temps plutôt que le plan de fin de carrière, mais les revenus plus élevés que vous percevrez jusqu’à votre départ à la retraite compenseront généralement cette perte. Sur le plan financier, le choix de la pension à mi-temps est donc meilleur dans la plupart des cas que le choix d’un régime de fin de carrière.

 

Quelle est la différence avec le travail à temps partiel?

Outre le crédit-temps de fin de carrière ou la pension à mi-temps, vous avez évidemment d’autres possibilités de lever le pied. Vous pouvez par exemple décider de ne plus travailler à partir d’un certain âge ou de continuer à travailler, mais plus à temps plein. Financièrement, cette alternative est la moins intéressante. Car vous ne percevez plus de rémunération pour les jours où vous ne travaillez pas et vous ne vous constituez plus non plus de droits de pension ces jours-là.

En outre, travailler à temps partiel peut conduire à vous obliger à travailler jusqu’à ce que vous ayez atteint l’âge légal de la pension. Pour pouvoir partir à la retraite anticipée, vous devez en effet avoir suffisamment d’années de carrière au compteur. Et une année n’est prise en ligne de compte que si vous comptabilisez au moins 104 jours de travail à temps plein au cours de l’année civile.

Quelle est la différence avec un congé thématique?

Les congés thématiques sont liés à certains événements spécifiques, comme le congé pour des soins palliatifs ou pour aider ou soigner un membre de la famille malade. Les congés thématiques n’ont pas d’influence sur votre pension légale, à condition que vous perceviez une allocation d’interruption de l’ONEM.

En résumé, la pension à mi-temps offre une possibilité supplémentaire attrayante pour lever le pied dans les dernières années de votre carrière, sans pour autant devoir vous contenter d’une pension légale trop chiche.

 

Autres nouveautés pour les pensions en 2019
Possibilité de se constituer des droits après une carrière complète

Le calcul de votre pension légale se fait sur la base des jours de travail effectivement prestés au cours de votre carrière. Une carrière complète correspond à 14.040 jours équivalents temps plein (ETP). Ce qui est nouveau à partir de 2019, c’est que toutes les périodes de travail, même une fois atteints les 14.040 jours, compteront pour le calcul de la pension. Ceci entraînera une pension plus élevée.

Le nouveau régime vaut pour les pensions qui entrent en vigueur au plus tôt le 1er janvier 2019. La règle vaudra aussi pour la plupart des périodes assimilées, comme le chômage temporaire, la maladie, l’invalidité, le crédit-temps, l’interruption de carrière et les plans de fin de carrière. Pour les autres périodes d’inactivité, comme le chômage à temps plein, la prépension conventionnelle, le chômage avec complément d’entreprise (CCE) et les pseudo-prépensions, le nouveau régime ne s’applique pas. Pour ces périodes, vous ne vous constituez donc pas de droits de pension après une carrière complète.

Les périodes d’inactivité rapportent moins

Celui qui n’a pas encore de carrière complète se constitue aussi des droits de pension au cours de périodes d’inactivité. Ce qui est nouveau à partir de 2019, c’est que certaines périodes assimilées contribueront certes encore au calcul de la pension, mais rapporteront moins. C’est le cas pour le chômage à temps plein, la prépension conventionnelle, le chômage avec complément d’entreprise (CCE) et la pseudo-prépension. Notez qu’il existe des exceptions et des mesures transitoires.

La pension anticipée possible pour ceux qui bénéficient du CCE

Si vous êtes actuellement en régime de CCE (chômage avec complément d’entreprise), ou prépension conventionnelle, vous aurez la possibilité à partir de l’année prochaine de quitter ce régime avant l’âge légal de la pension si vous remplissez les conditions d’âge et de carrière pour prendre une retraite anticipée. Jusqu’à présent, si vous étiez dans le système du CCE à temps plein, vous ne pouviez prendre votre pension qu’à l’âge légal (65/66/67 ans). En effet, vous ne pouviez sortir du système du CCE que pour reprendre du travail (réactivation), mais si vous redeveniez inactif, vous deviez attendre l’âge légal de la pension pour partir à la retraite. À partir de 2019, vous pourrez donc aussi choisir de prendre une pension anticipée dès que vous remplissez les conditions.

Toutes les pensions payées le même jour

Dorénavant, chaque pensionné percevra à la même date toutes les pensions qui lui sont dues par le SPF Pensions et ce, quel que soit le régime dont il dépend (fonctionnaire, salarié, indépendant). Concrètement, les pensions qui sont actuellement payées à des dates différentes seront désormais regroupées en un seul virement sur votre compte bancaire. Les pensions à terme échu (celles qui sont payées à la fin du mois) seront en outre payées en décembre et non plus en janvier.

Plus de piège fiscal

Grâce à un nouveau calcul de l’impôt, le gouvernement Michel a décidé qu’à partir de 2019, un montant brut de pension plus élevé ou un revenu complémentaire à la pension donnera toujours un montant net de pension plus élevé. Le problème du piège fiscal pour les pensions est né il y a plus de dix ans déjà.

À cause de la complexité des règles de calcul de l’impôt, une augmentation du montant brut de pension engendrait parfois une pension nette plus faible. L’an dernier, la problématique a été partiellement résolue, mais uniquement pour les personnes qui n’avaient pas d’autres revenus qu’une pension.

À partir de l’an prochain, un nouveau calcul de la réduction d’impôt pour pension sera mis en œuvre, du moins si la nouvelle loi est votée. La réduction d’impôt restera donc toujours d’application, même pour ceux qui bénéficient d’un autre revenu à côté de leur pension. Ceci aura pour conséquence qu’une augmentation de la pension brute engendrera toujours une augmentation de la pension nette.

Montants relevés

Les pensionnés qui ont une carrière complète verront leur pension augmentée de 0,7% début 2019. Pour les salariés et les indépendants, la pension minimum pour une carrière complète passera de ce fait à 1.253,95 euros bruts par mois pour un isolé et à 1.566,94 euros bruts pour une pension de ménage. En outre, seules les pensions les plus élevées se verront encore retenir la cotisation de solidarité. Cette retenue sociale a été instaurée en 1994 à titre d’"impôt de crise" pour faciliter l’entrée de la Belgique dans la zone euro. La cotisation de solidarité est fonction du montant brut des pensions légale et complémentaire et varie entre 0 et 2%.

Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content