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Sommes-nous tous perdants face au pouvoir d’achat ?

50 % des ménages aisés net ont vu leur pouvoir d’achat décliner. La moitié d’entre eux dit avoir modifier son comportement d’achat.

(afp) - Depuis des mois, il ne se passe pas un seul jour sans que les termes «pouvoir d’achat» fassent la Une de l’actualité. À raison. La hausse de certaines catégories de prix a de quoi frapper les imaginations.

De janvier 2006 à fin mai 2008, le prix du pain a bondi de 22%, 25% pour les fruits et légumes, 49% pour le gaz et de l’électricité et 133% pour les carburants en moyenne. À plus court terme, les relevés de prix recensés par KBC à notre demande, sur la base des statistiques officielles de l’INS et de la BNB, sont à l’avenant. L’inflation a du reste atteint un pic à la fin mai, à 5,21 %.

Ménages aisés touchés


L’enquête que nous avons réalisée auprès de 815 lecteurs de «L’Echo» et du «Tijd» ne surprendra donc pas: 65 % des sondés estiment que leur pouvoir d’achat a régressé ces 12 derniers. Ce qui est plus étonnant, c’est que cette perception de cherté de la vie est peu ou prou partagée par toutes les catégories de ménages.

De l’enquête, il ressort ainsi que 48% des ménages disposant d’un revenu net supérieur à 4 000 euros ont l’impression que leur portefeuille se déleste plus facilement au moment de dépenser. De la parole à l’acte, il y a un pas que beaucoup franchissent.

Quelque 25% de ces ménages aisés disent avoir modifié leur comportement d’achat. «C’est étonnant mais plus les revenus sont élevés, plus le choix de réduire telle dépense plutôt que telle autre est grand», constate Marc Vandercammen, directeur du CRIOC. De fait, la part de dépenses incompressibles (logement, chauffage, etc.) est plus importante pour les revenus plus modestes.

Cela ne ressort pas vraiment des résultats de l’enquête: quelle que soit la catégorie des revenus, ce sont les postes «carburants» et «courses alimentaires» qui arrivent en tête des coupes sombres dans le budget. La troisième marche du podium est celle où une différence se marque enfin: les loisirs sont davantage sacrifiés par les ménages à faible revenu (moins de 2 500 euros net) que les ménages disposant de plus de 4 000 euros net. Ceux-ci consacrent moins à l’épargne et à l’investissement.

Plus étonnant encore: les ménages aisés ne semblent pas se comporter très différemment des ménages à plus faibles revenus et en sus, ils concèdent que leurs salaires… ont progressé ces 12 derniers mois! Quelque 66% des sondés disposant de plus de 4 000 euros net affirment avoir vu leur salaire progresser sur l’année écoulée.

Dans la même veine, leur pessimisme à l’égard de leur avenir n’a rien envier à celui des ménages ayant moins de 2 500 euros net pour vivre. Ils sont 53% à penser que leur pouvoir d’achat va baisser. Près d’un sur huit estime même que leur pouvoir d’achat va fortement décliner…

Revenu disponible de 41 318 euros


Ces résultats m’incitent à penser que l’on surestime l’effet de l’inflation», relève Etienne de Callataÿ, économiste en chef de la Banque Degroof. Une thèse corroborée par de nombreuses études.

D’après Bart Van Craeynest, l’économiste de KBC qui a actualisé pour nous les principales données macroéconomiques en la matière, les revenus disponibles d’un ménage ont déjà grimpé de 4,8% en base annuelle cette année (à la fin mai 2008), à 41 318 euros. En 2005, ce revenu disponible par ménage s’inscrivait encore à 36 207 euros. Sans conteste, si les prix ont grimpé, les salaires ont suivi… Cela semble évident. Pourtant, il faut nuancer…

«L’amélioration du marché de l’emploi – 200 000 emplois créés entre 2003 et 2007–, l’indexation automatique des salaires et l’officialisation de certains revenus, via les titres-services, a contribué à faire grimper le nombre d’actifs », explique Etienne de Callataÿ. «Cela a naturellement eu un impact sur les revenus disponibles en moyenne mais cela ne signifie pas que les revenus des gens aient véritablement augmenté. Ce sont les nouveaux actifs qui, selon moi, tirent pour une bonne part ces statistiques à la hausse.»

Mais on a mangé notre pain blanc, prévient l’économiste. Selon lui, on serait à un point de retournement. «On s’est beaucoup gaussé de la bonne croissance de notre économie ces dernières années mais les perspectives sont moins avenantes. Elles le sont d’autant moins qu’il y a relâche budgétaire», poursuit l’économiste de la Banque Degroof.

Dépenses de consommation élevées


Deux autres facteurs peuvent expliquer que tout le monde se sente peu ou prou concerné par le déclin du pouvoir d’achat: la baisse de l’épargne des Belges et le creusement des inégalités. Alors qu’il culminait encore à 15% au début des années 2000, le taux d’épargne est revenu à 11% aujourd’hui. «Ceci explique en partie la bonne tenue des dépenses de consommation au 1er trimestre, en hausse de 2% sur un an». Cela aurait pu laisser croire, à tort, que les Belges ne sentaient pas la crise…

Quant au creusement des inégalités, chacun reconnaît qu’il est réel. D’après le SPF Économie, le taux de pauvreté en Belgique se monte à près de 15% (part de ceux qui ont moins de 60% du revenu médian belge, de 22 000 euros environ). Un taux marquant, de surcroît en hausse : il était de 13% en 2001. Voilà donc que le débat sur le pouvoir d’achat en fait un ressortir un autre: la redistribution des richesses créées en Belgique… Vaste débat!

François Mathieu

 

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