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Faites travailler votre argent en investissant de manière échelonnée

Avec la décision de certaines banques d’appliquer des taux négatifs, la seule solution pour protéger le pouvoir d’achat de vos économies consiste à prendre des risques. À cause de la crise du coronavirus, bon nombre d’épargnants hésitent à franchir le pas. La solution ? Investir, oui, mais en répartissant ses investissements dans le temps.
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Cette semaine, ING fut la première grande banque à annoncer que les clients disposant de plus de 1 million d’euros sur leur compte courant devraient désormais payer un taux de pénalisation de -0,5%. ING emboîte ainsi le pas à d’autres banques comme Puilaetco, ABN Amro et Triodos Bank. Par ailleurs, Triodos a décidé plus tôt dans le mois de remplacer son compte d’épargne réglementé par des comptes non réglementés, afin d’éviter de payer le taux d’intérêt minimum légal de 0,11% et de réduire son taux à 0%.

Les autres banques maintiennent les comptes d’épargne réglementés, mais plus de 80% d’entre elles appliquent depuis des années le taux minimum de 0,11%. Cette semaine, la banque de niche Banco Santander a cependant décidé de nager à contre-courant en augmentant le taux de son compte le plus rentable – Vision Plus – à 0,60%. Mais même la banque la plus agressive, la "Banque Netflix" Aion, dépasse à peine le taux d’inflation belge (0,90% en septembre) avec son compte qui offre un taux de 1%.

Résultat: la grande majorité des Belges regardent médusés leur épargne perdre chaque année un peu de sa valeur. Et comme les économistes prédisent que les taux resteront bas pendant de longues années, les épargnants n’ont plus d’autre choix que d’investir pour y mettre le holà.

Alternatives

Mais quelles sont les alternatives ? Certainement pas des produits non risqués. Car même en renonçant à la flexibilité du compte d’épargne et en investissant leur argent à long terme, les épargnants ne résolvent pas le problème du pouvoir d’achat. Pour un compte à terme à cinq ans, les taux nets dépassent à peine le taux légal du compte d’épargne. Les assurances "Branche 21", qu’il vaut mieux conserver pendant huit ans, offrent des taux garantis qui ne dépassent pas 0,8%. En 2019, certains épargnants ont pu, dans certains cas, engranger un rendement total de 1,5% grâce à la participation aux bénéfices, mais celle-ci est loin d’être garantie.

"Il n’y a pas de solution miracle. Vous devrez toujours renoncer à votre liquidité ou monter de quelques marches sur l’échelle du risque. Par ailleurs, il est indispensable de disposer d’un horizon de placement assez long."
Luc Aben
Van Lanschot Bankiers

"Il n’y a pas de solution miracle", explique Luc Aben de Van Lanschot Bankiers. "Vous devrez toujours renoncer à votre liquidité ou monter de quelques marches sur l’échelle du risque. Par ailleurs, il est indispensable de disposer d’un horizon de placement assez long", ajoute-t-il.

"Les rendements des obligations souveraines de la zone euro sont négatifs, à l’exception des très longues échéances dans certains pays de la périphérie."
Günter Van Rossem
Orcadia Asset Management

Même son de cloche chez Günter Van Rossem d’Orcadia Asset Management qui déclare, réaliste: "Il n’est pas simple aujourd’hui – pour ne pas dire impossible – de trouver une alternative non risquée au compte d’épargne, et au cours des prochaines années, il sera tout aussi difficile de trouver des rendements supérieurs à l’inflation."

Pour le gestionnaire, les obligations en sont la meilleure illustration. "Les rendements des obligations souveraines de la zone euro sont négatifs, à l’exception des très longues échéances dans certains pays de la périphérie. Mais ils sont malgré tout inférieurs aux taux d’inflation attendus. Et si l’on se tourne vers d’autres pays, on est confronté au risque de change, en particulier si l’euro – aujourd’hui sous-évalué – commence à remonter", explique Günter Van Rossem, qui ne considère pas les obligations d’entreprises comme une alternative. "À cause de l’intervention des banques centrales, les rendements offerts par les obligations d’entreprises ne sont pas proportionnels au risque. Pour obtenir un rendement net – c’est-à-dire après le précompte mobilier de 30% – supérieur à l’inflation à l’échéance, il faut prendre davantage de risques, par exemple en sacrifiant la qualité", poursuit-il.

"Pour ceux qui se sont toujours limités à un compte d’épargne, je ne recommande pas d’investir tout à coup de manière agressive dans des actions."
Günter Van Rossem
Orcadia Asset Management

Tout ceci explique pourquoi TINA (There Is No Alternative) règne en maître depuis quelque temps dans les couloirs des conseillers en placements. Cet acronyme est utilisé pour expliquer qu’il n’existe aucune alternative aux actions pour ceux qui souhaitent obtenir un rendement acceptable. Même si les experts mettent en garde et recommandent aux épargnants de ne pas trop se laisser influencer par le rendement. "Pour ceux qui se sont toujours limités à un compte d’épargne, je ne recommande pas d’investir tout à coup de manière agressive dans des actions", ajoute Van Rossem.

Fonds d'investissement

Pour cette raison, de nombreuses banques conseillent à leurs clients un certain niveau de diversification en optant pour des fonds mixtes qui, comme leur nom l’indique, investissent dans plusieurs catégories d’actifs. La plupart de ces fonds existent sous plusieurs variantes de risque, le pourcentage d’actions augmentant en proportion avec le profil de risque de l’investisseur. "Pour un bon père de famille prêt à prendre un peu plus de risques, les fonds patrimoniaux ou les fonds mixtes sont la meilleure option à l’heure actuelle. Ils permettent par ailleurs d’investir des montants plus modestes dans un portefeuille très diversifié", explique Günter Van Rossem pour justifier sa préférence.

Luc Aben confirme. "Plus l’horizon de placement est éloigné, plus la part des actions peut être importante", explique-t-il, en mettant cependant en garde contre les noms des fonds. "Ne vous laissez pas par exemple abuser par le terme ‘défensif’ que l’on retrouve dans les appellations de certains fonds. Ils investissent précisément beaucoup dans la classe d’actifs qui est aujourd’hui très chère, à savoir les obligations. Aujourd’hui, les banques centrales soutiennent le cours des obligations, mais si vous disposez d’un horizon de placement éloigné, je dirais: osez envisager un profil plus dynamique", ajoute Luc Aben.

Argenta se focalise également sur les fonds mixtes. "Nos fonds ‘essentiels’ sont composés de portefeuilles répartis mondialement comprenant des fonds, des trackers, des actions, des obligations et des liquidités. Ils sont gérés activement, ce qui signifie que la composition du portefeuille est adaptée en fonction des conditions du marché", explique la banque.

Ces produits ne sont bien entendu pas gratuits. En plus des droits d’entrée, ils facturent également des frais annuels. Pour les fonds mixtes, ces coûts se situent généralement entre 1 et 1,5%. Ils ne sont pas à sous-estimer. "Vu que le rendement attendu sera plus que probablement modeste, il vaut mieux opter pour des fonds patrimoniaux dont les frais courants sont bas", explique Van Rossem.

Certains conseillers se tournent dès lors vers les fonds indiciels (moins chers) – appelés "trackers" – et qui sont cotés en bourse. Ceux qui souhaitent se constituer un portefeuille diversifié de différents types d’actions et d’obligations devront eux-mêmes se mettre au travail pour gérer activement leur portefeuille de trackers. "Les trackers ont pour avantage de facturer des frais très bas, mais l’inconvénient, c’est qu’ils offrent moins de possibilités d’investir à contre-courant, alors que cette stratégie est souvent payante", estime Luc Aben.

Quant aux fonds multi-actifs, ils ont pour avantage de ne pas se contenter d’investir dans des actions et des obligations, mais offrent une diversification plus large. Ils comprennent souvent de l’immobilier, des infrastructures et même de l’or. L’or peut être considéré comme un bon amortisseur en cas de crise grave. "Le métal précieux peut agir comme protection contre les turbulences politiques et la montée de l’inflation", poursuit Luc Aben. Vu que l’or est davantage une assurance qu’une source de plus-value, il vaut mieux limiter son poids dans votre portefeuille.

Timing

Vient ensuite la question du timing d’achat. "Il est important de bien diversifier ses investissements, certes, mais vu la crise sanitaire actuelle et les circonstances de marché, il est tout aussi important de diversifier le timing, par exemple en investissant tous les mois un certain montant", explique Günter Van Rossem.

"Il est conseillé de verser systématiquement le même montant, car c’est la meilleure stratégie pour obtenir un cours d’achat moyen pondéré. Cela permet de contourner la difficile question du timing."
Luc Aben
Van Lanschot Bankiers

Luc Aben conseille également de répartir ses investissements dans le temps. "Il est conseillé de verser systématiquement le même montant, car c’est la meilleure stratégie pour obtenir un cours d’achat moyen pondéré. Cela permet de contourner la difficile question du timing", ajoute-t-il.

Argenta conseille plutôt d’investir en une fois la totalité du montant. "Une analyse des rendements du passé nous permet de tirer une conclusion claire: dans un marché boursier à la hausse, répartir les investissements dans le temps n’offre pas les meilleures perspectives de rendement. Ce n’est intéressant que si vous êtes persuadé que les marchés vont baisser", estime la banque.

L’exemple chiffré montre l’impact de la répartition dans le temps des investissements. Dans un scénario où les marchés boursiers sont à la hausse, vous passerez en effet à côté d’une partie du rendement. Mais si les bourses s’effondrent, vous ferez une bonne affaire en investissant par étapes. Pour ceux qui craignent l’eau froide en cette période de deuxième vague de la crise sanitaire, il vaut mieux investir de manière échelonnée dans le temps. La plupart des banques proposent d’ailleurs ces types de plans d’investissement.

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