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Comment gérer la flambée des prix en rénovation?

Prix des matériaux de construction en hausse, délais allongés suite à une demande croissante… Vaut-il mieux attendre avant de rénover en espérant une baisse des prix ou se précipiter au cas où ils augmenteraient encore?
Les prix des essences de bois se sont envolés ces derniers mois. ©Olaf Kraak

Confinements et télétravail vous ont, entre autres, donné envie de rénover votre habitation pour l’adapter à de nouveaux besoins, nouveaux modes de vie? Ou bien vous faites partie de ceux qui ont acheté une maison de campagne à rénover durant la crise sanitaire? Oui, mais… Vous n’êtes pas les seuls à avoir eu cette idée. La demande est telle dans le secteur de la rénovation que les délais et les prix ont nettement augmenté. Et cette tendance n’est pas belgo-belge, mais mondiale. "Le marché de la rénovation ne s’est jamais aussi bien porté. Il y a une multitude de projets, de commandes pour réaliser les travaux", souligne l’architecte Céline Di Egidio. Alors forcément, prix et délais sont impactés.

"Le marché de la rénovation ne s’est jamais aussi bien porté."
Céline Di Egidio
architecte

Délais à rallonge

La demande est telle que les plannings sont souvent complets pour un an. "Il faut vraiment s’y prendre à l’avance pour trouver un architecte, un entrepreneur, car les délais sont d’environ une année actuellement", pointe Céline Di Egidio. "Notre planning est également rempli pour un an", appuie Jean-Marie Godefroid, gérant de Bois Emoi.

Pour les entrepreneurs, architectes et consorts, outre cette forte demande, se fournir en matériaux de construction est désormais un travail laborieux, tant le manque de stock chez les fournisseurs se fait sentir dans à peu près tous les secteurs. Toutes les entreprises ne sont pas touchées par des problèmes d'approvisionnement, mais c'est le cas de près de 80% d'entre elles. Selon une enquête menée par la Confédération Construction, deux tiers accusent des retards de deux semaines, et un tiers de quatre semaines et plus.

80%
des entreprises
C'est le pourcentage d'entreprises actuellement touchées par la pénurie de matériaux.

"C’est un vrai casse-tête. On doit désormais commander très à l’avance, avant les travaux, sur la base des stocks disponibles, pour être certain d’avoir les pièces au moment voulu. On doit même faire des stocks nous-mêmes", poursuit l’architecte, qui voit dans le secteur un peu le même effet que le "syndrome du papier toilette corona. L’emballement amène l’emballement. Si nous commandons tous à l’avance, forcément, les stocks des fournisseurs sont vides."

"Les délais sont très variables, cela dépend de la nature du produit. Par exemple, toutes les essences de bois ne sont pas impactées de la même manière. Cela peut aller de quelques semaines à quelques mois", explique Jean-Pierre Liebaert, directeur du service d’études de la Confédération Construction. Les délais pour rentrer du bois ne sont pas encore excessifs, "il s’agit de quelques jours, mais je ne peux plus faire la fine bouche. Par exemple, si j’ai besoin de dix poutres de 4,5 mètres et que mon fournisseur ne peut m’en apporter que dix de 5,4 mètres, je les achète et je les coupe. Non seulement les matériaux coûtent plus cher, mais on a plus de déchet, car nous devons faire en fonction des stocks des fournisseurs, sinon il faut attendre plus longtemps et là, c'est un autre problème qui se pose, lié au délai et au planning convenu avec le client", détaille le gérant de Bois Emoi.

"Les délais peuvent varier de quelques semaines à quelques mois."
Jean-Pierre Liebaert
Confédération Construction

Toutes ces rénovations nécessitent, pour les plus importantes, l’octroi de permis d’urbanisme de la part de l’administration communale. "La recrudescence de demandes de permis impacte aussi les services d’urbanisme communaux, qui n’arrivent plus à suivre. L’administration communale ajoute des délais supplémentaires dans la délivrance des permis, car la demande est trop forte", explique l’architecte Céline Di Egidio.

"Les communes n'arrivent plus à suivre face à la recrudescence de demandes de permis d'urbanisme."
Céline Di Egidio
architecte

Presque tous les matériaux plus chers

Qui dit demande croissante dit prix des matériaux en hausse. C’est la loi de l’offre et la demande. Tous les entrepreneurs sont touchés, à des degrés divers, selon la Confédération Construction. Depuis la fin 2020, près de six entrepreneurs sur dix sont confrontés à des augmentations de prix de 15% et plus, quasiment trois sur dix rapportent des hausses de 25% et plus, et une sur dix parle d'un boom des prix de 50% et plus. "Pour la plupart des matériaux, les entreprises font état d’une augmentation importante voire très importante des prix et des délais. Seuls quelques secteurs comme la pierre, le ciment, la brique sont moins tendus", précise Jean-Pierre Liebaert.

Le secteur du bois est particulièrement touché par l’augmentation des prix. "Ils ont explosé pour plusieurs essences de bois, le sapin a augmenté de 35% sur les trois derniers mois et le cèdre a augmenté de 45%. La hausse des prix se fait aussi sentir sur tous les autres types de bois, mais dans des proportions moindres", explique Jean-Marie Godefroid.

15%
hausse de prix
Six entrepreneurs sur dix sont confrontés à des hausses de prix de 15% et plus.

Celui des châssis, portes et fenêtres est également "impacté à différents niveaux: qu’il s’agisse du produit principal qui est le châssis jusqu’à l’ensemble des accessoires pour la pose", indique Frédéric Neys, administrateur d’Isolabel. Il poursuit: "Le châssis, les isolants, la mousse polyuréthane, le MDF, la quincaillerie, le vitrage… tous ces éléments sont plus chers. On achète désormais au prix du jour, comme si on allait chez le marchand de poisson." Les prix des châssis en aluminium ont augmenté de 8 à 20%, chiffre le spécialiste. Pour les châssis en bois, il faut compter 10 à 15% de prix. Seul le PVC est plus stable.

"Les fournisseurs fonctionnent désormais au prix du jour, ce qui est très difficile pour les entrepreneurs car ils s’engagent sur des prix, avec des devis, pour leurs clients, et finalement cela coûte plus cher au moment de la livraison. L’entrepreneur est souvent contraint d’accepter le supplément de prix, ce qui ne se faisait habituellement pas avant cette pénurie", explique l’architecte Céline Di Egidio.

"On achète désormais au prix du jour, comme si on allait chez le marchand de poisson."
Frédéric Neys
administrateur d'Isolabel

Quelles perspectives?

Même si certains entrepreneurs absorbent une partie de ces hausses de prix en rognant leurs marges, elles se font également sentir plus ou moins fortement sur la facture finale du client. "Nous maintenons actuellement nos prix, nous les bloquons, mais jusqu’à quand?", s’interroge l’administrateur d’Isolabel. En effet, reste à savoir si ces hausses se poursuivront encore longtemps. Quatre entreprises sur dix s’attendent encore à des augmentations de 15% et plus durant les trois prochains mois, relève l’enquête de la Confédération Construction. Pour 58% des entreprises interrogées, les retards et problèmes d’approvisionnement perdureront aussi durant les trois prochains mois.

"Sur le long terme, les prix ont toujours une évolution tendancielle à la hausse."
Jean-Pierre Liebaert
Confédération Construction

Les différents acteurs de terrain estiment que la demande finira par se "tasser" dans les mois à venir, mais le secteur de la rénovation "est dynamique. Les plans de relance des différents gouvernements mettent l’accent sur la rénovation énergétique, on a également retrouvé l’intérêt de soigner son logement suite aux confinements puisqu’on a été forcés à y rester plus souvent. Pour toutes ces raisons, la demande dans le secteur de la rénovation devrait rester bonne dans les prochains mois, voire prochaines années", estime Jean-Pierre Liebaert. En ce qui concerne les prix, "c’est difficile à dire, je n’ai pas de boule de cristal. Mais ce qui est sûr, c’est que sur le long terme, les prix ont toujours une évolution tendancielle à la hausse."

"Les tarifs finiront par redescendre, mais ils ne reviendront pas aux niveaux d’avant."
Jean-Marie Godefroid
gérant de Bois Emoi

Jean-Marie Godefroid de Bois Emoi appuie: "Lorsque les prix augmentent, une partie de ces hausses persiste. Les tarifs finiront par redescendre, mais ils ne reviendront pas aux niveaux d’avant, il ne faut pas rêver."

Les solutions pour limiter la casse

Dans ce contexte, il est légitime de se demander s’il vaut mieux attendre avant de rénover pour bénéficier de ce tassement des prix, ou bien passer à l’action le plus rapidement possible au cas où leur hausse se poursuivrait. La réponse est nuancée. "Si vous attendez en espérant une baisse des tarifs, il faut prendre en considération le fait que vous jouirez moins vite de votre bien rénové, et donc vous aurez, durant la période d’attente, gaspillé de l’argent dans des frais alternatifs comme l’énergie, alors que si vous n’aviez pas attendu, votre logement serait mieux isolé et vous auriez déjà économisé ces frais", pointe Jean-Pierre Liebaert.

Si vous décidez de ne pas attendre, comment faire si les prix finissent par descendre alors que vous avez déjà engagé des démarches? "Dans ce cas, rien ne vous empêche de remettre les entreprises en concurrence. Vous pouvez également négocier vos contrats pour que les prix soient fonctions de l’évolution du prix des matériaux", conseille l’architecte Céline Di Egidio.

"Si les prix baissent, rien ne vous empêche de remettre les entreprises en concurrence."
Céline Di Egidio
architecte

Tout dépend en effet de la flexibilité de l’entreprise avec laquelle vous signez, car certaines s’engagent, lorsque vous signez un devis dans les 5 ou 10 jours, à fournir les matériaux aux prix fixés dans le devis. Mais vu le contexte actuel, elles sont moins nombreuses à le faire, pour éviter de trop comprimer leurs marges, voire de travailler à perte. "Si on veut un contrat équilibré, nous recommandons de travailler avec des contrats dont les délais des travaux sont liés à la disponibilité des matériaux et les prix liés aux prix du jour. Cela peut fluctuer à la hausse comme à la baisse, mais le contrat est équilibré pour les deux parties. Il n'y en a pas une qui supporte plus le risque que l’autre", explique le directeur du service d’études de la Confédération Construction. Autrement dit, avec ce type de contrat, si les prix diminuent entre la signature et la livraison, cette baisse bénéficie au client, l’entreprise ne prend donc pas de plus grosse marge. Si, au contraire, les prix augmentent, alors c’est à son désavantage, mais cela permet à l’entreprise de ne pas travailler à perte. "Il est également toujours possible d’utiliser des matériaux de substitution, par exemple un autre type de bois semblable, tout aussi qualitatif, mais dont le prix n’a pas augmenté, afin de rester dans l’enveloppe budgétaire. Cela permet alors plus de flexibilité, mais tout dépend des exigences du client", indique encore Jean-Pierre Liebaert.

"Il est également toujours possible d’utiliser des matériaux de substitution pour rester dans l'enveloppe budgétaire."
Jean-Pierre Liebaert
Confédération Construction

Malgré tout, "il est important de bien planifier, de se laisser un an ou deux ans pour effectuer toutes les démarches, le temps des procédures de permis, de choisir le bon architecte, le bon entrepreneur. La précipitation pour éviter une hausse des prix peut faire qu’on a de mauvaises surprises, des chantiers qui se passent mal, ce qui peut donc in fine coûter plus cher que lorsqu’on prend le temps de bien faire les choses", rappelle l’architecte.

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