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Comment gérer les surcoûts de votre rénovation?

La hausse des prix des matériaux fait grimper la facture de vos travaux de rénovation. Comment faire face à ces surcoûts? Nouveau crédit, autres matériaux, phasage plus long… Voici les pistes.
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©PHOTOPQR/LE TELEGRAMME

Le secteur de la rénovation/construction fait face à des pénuries de matériaux depuis de nombreux mois. Avec, à la clé, une hausse des prix de ces matériaux. La Confédération construction signale que 59% des entrepreneurs constatent actuellement des augmentations de plus de 15% depuis novembre 2020, 32% d’entre eux sont même confrontés à des hausses de prix supérieures à 25% et d'autres (12%) de plus de 50%. Ce sont le bois, l'acier et l'isolation en polyuréthane qui sont le plus impactés par la pénurie et dont les prix flambent par conséquent le plus.

Si vous avez lancé récemment ou comptez bientôt débuter des travaux de rénovation, le budget initial que vous aviez estimé risque déjà d’avoir augmenté et pourrait même encore gonfler. En effet, compte tenu de la situation actuelle, les entrepreneurs intègrent de plus en plus une clause de révision dans leur contrat ou utilisent le tarif journalier afin que la hausse des prix ne repose pas uniquement sur leurs épaules. Autrement dit, le prix d’aujourd’hui n’est pas celui de demain, il peut fluctuer à la hausse comme à la baisse. Alors comment faire face à des factures plus lourdes que prévu?

1. Puiser dans votre épargne

Si vous disposez d'un certain montant sur votre livret d’épargne, vous pouvez envisager de l’injecter dans vos travaux de rénovation afin de payer les surcoûts liés à la pénurie de matériaux.

Avec une inflation au-delà de 4% en octobre et de maigres taux d'intérêt sur l’épargne (0,11%), conserver de l’argent sur des comptes d’épargne n’a pas d’intérêt puisqu'il perd de la valeur. Alors pourquoi pas l’investir dans vos travaux de rénovation? En injectant une partie de vos réserves financières dans votre projet, vous pouvez espérer un rendement sur investissement si l’argent sert à financer des travaux de rénovation à vocation énergétique, puisqu'une fois les travaux terminés, vos consommations en énergie et donc vos factures seront moins élevées.

"Un crédit peut être allongé de 5 ans au maximum, avec une durée totale maximale de 30 ans."
Hilde Junius
porte-parole de BNPPF

Par exemple, pour une installation photovoltaïque en 2022 au prix moyen de 6.000 euros (14 panneaux solaires), Engie a calculé que le retour sur investissement en Wallonie se ferait sur 6 ans, avec un rendement moyen de 21,5% par an. À Bruxelles, pour le même investissement, le retour sur investissement se ferait sur environ 4 ans, pour un rendement de 35,1%/an.

2. Augmenter le montant et la durée du crédit

Dans le cas où vous ne disposez pas d’une épargne suffisante pour faire face à la hausse des prix, vous pouvez vous tourner vers votre banquier.

Si vous n’avez pas encore signé votre offre de crédit, "il est possible de modifier le montant, avec éventuellement une nouvelle analyse de risque", explique Hilde Junius, porte-parole de BNP Paribas Fortis. Concernant la durée, il est possible, tout au long du crédit, de demander un allongement afin d’alléger les charges mensuelles selon certaines conditions. "En principe, un crédit peut être allongé de 5 ans au maximum, avec une durée totale maximale de 30 ans", indique Hilde Junius.

Si votre crédit habitation est en cours depuis au moins trois ans, vous pouvez également à nouveau prélever le capital déjà remboursé, sous les mêmes conditions. Il s’agit alors d’une reprise d’encours.

"Si votre crédit est déjà signé et payé tout ou en partie, on ne peut plus modifier le montant."
Hilde Junius
porte-parole de BNPPF

3. Contracter un deuxième crédit

Si votre crédit est déjà signé "et payé tout ou en partie, on ne peut plus modifier le montant", prévient BNPPF. Outre la reprise d’encours (lire ci-dessus), la solution est alors de passer par un second prêt.

Tout dépend alors de votre capacité d’emprunt (quotité, montant du prêt, capacité de remboursement, sécurité des revenus, charges fixes, garanties, historique de crédit…). Vous pouvez, selon votre profil, solliciter un deuxième crédit hypothécaire si le montant nécessaire est élevé. Mais il faut alors compter des frais de dossier, de notaire, d’hypothèque, etc. Pour des montants moins élevés, vous pouvez contracter un prêt à tempérament rénovation, avec des durées moindres puisque, "dans le cas du prêt à tempérament, nous sommes tenus par des durées légales selon le montant demandé. Cela peut donc avoir une influence sur la capacité de remboursement du client vu que les mensualités seront plus élevées", prévient la banque.

En principe, les taux d’intérêt des prêts à tempérament sont plus élevés que pour un crédit hypothécaire. L’avantage d’un prêt à tempérament est "qu’il est gratuit en termes de frais de dossiers et de frais de notaire", explique Ulrike Pommée, porte-parole de Belfius. Les taux d’intérêt pour un prêt à tempérament vert/énergie sont moins élevés, mais pour l'obtenir, il faut répondre à une série de conditions qui diffèrent d’une banque à l’autre.

"L’avantage d’un prêt à tempérament est qu’il est gratuit en termes de frais de dossiers et de frais de notaire."
Ulrike Pommée
porte-parole de Belfius

Pour le prêt rénovation vert chez Belfius, il faut que minimum 50% du montant du crédit soit destiné à rendre l’habitation plus économe en énergie et/ou à protéger contre le vol ou l'incendie. Le taux proposé par la banque pour ce type de prêt est de 1,30% (TAEG), soit bien moins que les 2,85% du prêt rénovation.

Chez BNPPF, il faut que 75% des travaux visent à économiser de l’énergie pour bénéficier du prêt énergie, dont le TAEG s’élève à 1,80%, contre 2,95% pour le prêt rénovation. Par exemple, pour un prêt rénovation de 20.000 euros sur 48 mois (4 ans), le taux annuel effectif global (TAEG) est de 2,95% pour des mensualités de 441,89 euros. Pour le même montant emprunté sur la même durée, mais via un crédit énergie, avec un TAEG de 1,80%, les mensualités s’élèvent à 432 euros. 

4. Phaser sur une plus longue période

Vous pouvez également envisager de "phaser vos travaux sur une plus longue durée", conseille Thibault Orban, gérant de Home Conseil, société de conseil et accompagnement en travaux de rénovation. "Certains postes sont parfois moins urgents que d’autres, qui sont à privilégier. On peut étaler les travaux en plusieurs phases sur 5 ans, voire plus si nécessaire, il n’y a pas de limite dans le temps", ajoute le gestionnaire de projet. "À partir du moment où le projet est bien réfléchi et qu’on ne doit pas démonter ce qu’on a déjà fait, peu importe si le budget est là dans deux ou cinq ans."

"On peut étaler les travaux en plusieurs phases sur 5 ans, voire plus si nécessaire, il n’y a pas de limite dans le temps."
Thibault Orban
gérant de Home Conseil

Le phasage dépend des besoins/envies et du budget de chaque ménage. Il n’existe donc pas de formule toute faite. "Il faut commencer par lister vos priorités. Les factures peuvent grimper très vite et il est donc très rare, même en dehors de la hausse des prix actuelle, de tout rénover d’un seul coup. En général, on commence par les pièces de vie comme le salon, la cuisine, la salle à manger. Ensuite, on s’occupe des chambres. On peut également phaser les pièces d’eau, commencer par une première salle de bain et terminer par la deuxième si l'on en a plusieurs », suggère Thibault Orban. Bien souvent le plus gros des travaux – et donc du budget – est consacré à la première phase. "Les autres pièces sont souvent rénovées dans les 3-4 ans qui suivent la première phase."

Dans le phasage des travaux sur une longue durée, "le plus important est de bien planifier, de bien réfléchir à l’organisation des travaux. Si quelqu’un souhaite installer du parquet en chêne massif dans un bureau, mais que la cuisine date des années 60’, la priorité sera plutôt la cuisine, car on ne bloque pas un chantier si l’on n'installe le parquet que dans 4 ans", illustre le spécialiste en rénovation et aménagement intérieur.  

"Mieux vaut économiser sur les finitions, les postes qui sont visibles, que sur l’isolation."
Jean-Pierre Liebaert
directeur du service d'études de la Confédération construction

Jean-Pierre Liebaert, directeur du service d’études de la Confédération construction, ajoute: "Mieux vaut économiser sur les finitions, les postes qui sont visibles, que sur l’isolation. Il sera toujours plus facile de (re)faire les finitions par la suite que d’isoler une fois les finitions terminées."

5. Opter pour d’autres matériaux

Vous pouvez également choisir des matériaux moins coûteux ou qui ne subissent pas (ou moins) les dernières hausses de prix. "Le commanditaire des travaux doit chercher les meilleures alternatives avec un bon rapport qualité/prix pour le choix des matériaux. Le client a souvent des choix spontanés, mais vu l’évolution des prix des 12 derniers mois, il ne faut pas hésiter à étudier les alternatives, ni à réévaluer le choix des matériaux en cours de route en fonctions des possibilités", conseille Jean-Pierre Liebaert.

"Ce sont essentiellement les matières premières pour les structures d’une construction qui ont le plus augmenté, comme le sapin ou encore le cèdre. Dans le cas des structures, il y a peu d’alternatives moins coûteuses", prévient Thibault Orban, "c’est plutôt du côté des finitions qu’il y a plus de possibilités pour amoindrir la facture."

Par exemple, pour les revêtements de sols, le choix ne manque pas. "Il y a à boire et à manger. Si vous voulez garder l’aspect chaleureux du bois, vous pouvez opter pour du PVC ou vinyle en lames à clipser. Les prix sont très compétitifs, ce sont de belles imitations, et l’avantage est qu’on peut directement recouvrir les sols existants", illustre le gérant de Home Conseil, qui rappelle toutefois que certaines essences de bois exotiques ou encore le chêne n’ont pas trop subi de hausses de prix.

"Il ne faut jamais lésiner sur les qualités essentielles des matériaux."
Jean-Pierre Liebaert
directeur du service d'études à la Confédération construction

Si vous souhaitiez changer vos châssis pour renforcer l'isolation, l’aluminium a aussi flambé, à l'instar du bois. "Vous pouvez prendre des châssis en PVC, moins chers que ceux en aluminium, mais vous risquez d’être déçu. La différence est esthétique, mais aussi qualitative. Je pense donc que si quelqu’un veut de l’aluminium, il restera sur son choix initial en mettant le budget", détaille Thibault Orban. "Il ne faut jamais lésiner sur les qualités essentielles des matériaux. Il n’est, par exemple, pas indiqué de choisir un isolant moins cher, mais moins performant ou des matériaux moins chers pour une salle de bain s’il s’avère qu’ils ne sont pas adaptés pour les milieux humides", conseille le directeur du service d’études de la Confédération construction.

Adapter sa commande après coup "ne doit être fait que si c'est indispensable. Car cela amène toujours l’entrepreneur à devoir gérer cet imprévu et les difficultés qu’il entraîne. L’entrepreneur peut demander d'ailleurs des dommages et intérêts sur la base du code civil, par exemple pour la perte de bénéfice générée par la modification de la commande", alerte Jean-Pierre Liebaert.

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©Mediafin

Finance Avenue, le grand salon de l’argent de L’Echo et de L’Investisseur, s'est déroulé le samedi 20 novembre 2021 à Bruxelles. On pouvait y glaner les meilleurs conseils en matière d’investissement, d’immobilier, de pension et de planification successorale.

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