Comment réduire votre budget carburant?

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Après plusieurs semaines d’augmentations successives des prix des produits pétroliers, voici venir l’éclaircie. Au-delà de cette bonne nouvelle, quelles mesures pouvez-vous mettre en œuvre pour maîtriser vos dépenses en carburant?

Depuis jeudi, le diesel est enfin en baisse. Légèrement (2 centimes au compteur), mais en baisse quand même, alors que le prix des carburants n’avait cessé d’augmenter pendant plus de 7 semaines consécutives. En effet, "suite au retrait des Etats-Unis de l’accord nucléaire iranien, il y a eu une grosse instabilité sur les marchés pétroliers", explique Olivier Neirynck, directeur technique de la Fédération des négociants en carburants et combustibles (Brafco). Cette hausse des prix – pour les Européens – était également due à la dépréciation de l’euro par rapport au dollar. "Or, le pétrole s’échange en dollar", rappelle-t-il.

Cependant, cet expert du marché se veut rassurant pour le portefeuille des consommateurs. "Dans les semaines à venir, à moins que de nouvelles tensions géopolitiques n’émergent, je pense que nous allons surtout assister à une certaine stabilité des prix des produits pétroliers. Cela ne sert donc à rien de paniquer pour les prix à la pompe."

Philippe Ledent, économiste chez ING, est encore plus optimiste pour le budget des ménages. "Si on regarde l’évolution du prix du baril en euro depuis octobre, celui-ci a diminué de 12 euros: il est passé de 74 à 62 euros. Alors bien sûr, cette diminution ne se reflète pas encore dans les prix à la pompe, mais ça ne saurait tarder vu qu’il y a toujours un décalage entre les prix mondiaux et ceux effectivement ressentis par les consommateurs. Reste à espérer que cette baisse ne sera pas compensée par une hausse des accises."

Si on regarde l’évolution du prix du baril en euro depuis octobre, il est passé de 74 à 62 euros. Cette diminution, ne se reflète pas encore dans les prix à la pompe, mais ça ne saurait tarder.
Philippe Ledent
économiste chez ING

Tensions géopolitiques, devises, taxes… le particulier n’a pas d’emprise sur ces facteurs. Alors en attendant une réelle baisse des prix à la pompe, comment réduire (drastiquement) votre budget carburant sans forcément impacter tous vos déplacements?

1. Choisir les "pompes"

Grâce à la plateforme Carbu.com, vous êtes au courant quasi en temps réel de tous les prix du carburant distribué dans votre commune. Si vous les classez par prix, vous verrez directement de grosses variations d’une station-service à l’autre, alors qu’elles ne sont distantes parfois que de quelques centaines de mètres.

©Mediafin

Si vous n’avez pas accès à Internet et que vous devez absolument faire le plein, fuyez les stations-service le long des autoroutes et prenez la première sortie disponible. En principe, vous trouverez rapidement du carburant moins cher.

Un exemple? Si vous quittez Bruxelles en direction de Namur via l’E411, la pompe "Total Bierges Nord" (située entre la sortie 5 et la sortie 6) affiche un tarif de 1,61 euro pour son litre de diesel (soit le prix maximum en vigueur en Belgique depuis jeudi dernier). Si vous prenez la première station disponible à proximité de la sortie 6 – à savoir la "Shell Express Bierges", située à côté de l’hypermarché Carrefour de Wavre – la facture sera un peu moins élevée: 1,46 euro par litre (soit 15 centimes de différence par litre, soit 7,5 euros de différence sur un plein de 50 litres).

De manière générale, c’est d’ailleurs ce type de station-service que vous avez toujours intérêt à privilégier (pour votre budget). C’est-à-dire celles où il n’y a aucun autre service que la livraison de carburant. Les tarifs y seront d’office moins élevés que dans une station où vous pouvez regonfler vos pneus, laver vos vitres, faire des achats dans un petit magasin, etc.

Faire des économies, c’est aussi une question d’organisation: n’hésitez pas à consulter Carbu.com pour voir s’il n’y a pas des stations-service moins chères sur les routes que vous empruntez fréquemment en dehors de celle de votre localité. En effet, selon les chiffres recensés par Carbu, le litre de diesel le moins cher du pays est au prix de 1,41 euro. Soit 20 centimes de différence par rapport au prix maximum affiché et donc 10 euros de différence sur un plein de 50 litres.

Quid de la qualité? "Contrairement à certaines idées reçues, ce n’est pas parce qu’un carburant est moins cher que la qualité est moindre, répond Olivier Neirynck. Fapetro, le Fonds d’analyse des produits pétroliers, réalise plus de 10.000 prélèvements annuels en station pour vérifier si la qualité des carburants est conforme à la norme. Je peux vous garantir que la Belgique dans son ensemble dispose d’une excellente qualité de carburant. C’est même une des meilleures d’Europe."

10€
Prix carburant
L'économie potentielle réalisable sur un plein de 50 litres pour ceux qui optent pour une station-service qui pratique les prix les plus bas du marché.

Et pour le mazout de chauffage? Rouler au diesel rouge revient à frauder le fisc et l’amende va de 500 à 5.000 euros en fonction de la taille du réservoir. "Les douaniers ne contrôlent pas que les camions de manière inopinée, c’est aussi le cas des particuliers. Alors même si la tentation est grande, c’est cher payer pour compenser une différence de prix à la pompe."

2. Lever le pied

"Le plus grand potentiel de réduction de consommation de carburant se trouve sous le pied droit du conducteur, explique Jean-Marc Ponteville, porte-parole de Volkswagen. On peut tous avoir un impact sur notre budget carburant en essayant de rouler davantage selon les méthodes de l’écoconduite."

Un avis que partage Olivier Neirynck, tout en y apportant une nuance de taille. "L’écoconduite est une excellente solution, mais elle ne sera d’aucun secours pour le budget carburant de ceux qui sont quotidiennement coincés dans les embouteillages. Même pour ceux qui sont au volant des voitures les plus performantes du marché." Dans la mesure du possible, il faut donc essayer de décaler ses horaires.


Touring estime que l’écoconduite permet de réaliser une économie de 350 euros sur le budget carburant en seulement un an. "Une conduite écologique permet d’économiser jusqu’à 25% de carburant ou autrement dit 1,5 l/100 km. Pour un conducteur moyen effectuant environ 15.000 km par an, cela représente une économie de 343 euros (essence) ou de 353 euros (diesel)."

L’organisation s’étonne par ailleurs que 4 Belges sur 10 ne connaissent pas encore les principes de l’écoconduite. "C’est pourtant un moyen efficace et simple d’économiser de l’argent. Et en plus d’économiser les matières premières, cela contribue aussi à un environnement plus vert.

Voici donc les 6 conseils de Touring:

1. Passez rapidement au rapport de vitesse supérieure. On peut même "sauter" une vitesse.

2. Utilisez le frein moteur pour ralentir et dans les descentes.

350€
L'écoconduite
L'économie annuelle potentiellement réalisable pour ceux qui pratiquent l'écoconduite.

3. Anticipez ce qui peut vous arriver: il est inutile d’accélérer quand vous voyez que le feu est encore rouge. Tenez vos distances et regardez le véhicule qui vous précède.

4. Contrôlez la pression de vos pneus. Non seulement ils s’useront moins vite, mais vous consommerez jusqu’à 7% de moins.

5. Ne laissez pas tourner le moteur inutilement lorsque vous attendez à un passage à niveau ou près d’un pont levé.

6. N’utilisez l’airco et le chauffage de la lunette arrière que si nécessaire. Ce qui vaut également pour les appareils énergivores tels que les lecteurs DVD et les systèmes GPS.

3. Changer de mentalité

Au-delà de l’écoconduite, le Belge devrait idéalement éviter de prendre sa voiture pour des trajets inférieurs à 2 kilomètres, ajoute Olivier Neirynck. "C’est une question de changement de mentalité à adopter. Et pour y arriver, le Belge a besoin d’un incitant pour opter davantage pour son vélo plutôt que sa voiture."

Ça tombe bien: cet incitant existe déjà pour les déplacements domicile-travail (l’indemnité vélo) tandis qu’un Belge sur deux habite à maximum 10 km de son travail (une distance relativement facile à parcourir en deux roues).

©Dieter Telemans

En effet, un employeur peut récompenser ses travailleurs pour chaque kilomètre parcouru à vélo (même ceux purement professionnels). Mais il ne s’agit absolument pas d’une obligation (à moins qu’une convention collective de travail sectorielle n’en décide autrement). Cette indemnité s’élève à 23 cents par kilomètre parcouru effectivement.

En partant du principe qu’un Belge se rend 200 fois par an au travail et qu’il parcourt 10 km, celui-ci peut potentiellement gagner 920 euros par an (200 x 20 km aller-retour x 0,23 cent). Et même bien plus en considérant tout le carburant qu’il ne brûlera pas pour parcourir ses 4.000 km. De plus, certaines provinces et communes (ainsi que la Région bruxelloise) accordent des primes pour l’achat d’un vélo électrique.

4. Changer de véhicule

Si vous voulez consommer moins de carburant, c’est peut-être le moment de changer de véhicule (ou de commencer à envisager de le faire en prévision du Salon de l’auto du mois de janvier) afin de choisir une voiture qui corresponde à votre profil de conducteur. De manière générale, les véhicules électriques sont particulièrement adaptés pour la circulation citadine et les modèles diesel modernes pour ceux qui roulent beaucoup.

"Les véhicules équipés d’une motorisation diesel moderne, c’est-à-dire de norme Euro 6, peuvent circuler dans les zones basses émissions, nuance Jean-Marc Ponteville. On fait actuellement un faux procès au diesel à cause des modèles anciens (de normes Euro 1,2,3) encore en circulation et qui polluent énormément. Du coup, on considère le diesel comme le problème, alors que c’est vraiment la solution pour ceux qui doivent parcourir des milliers de kilomètres chaque année."

Notez qu’un modèle à essence est très polyvalent, plus efficace qu’un diesel pour les petits trajets, mais émet davantage de CO2 par kilomètre parcouru qu’un véhicule diesel (qui lui émet plus de NOx).

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Ceux qui sont sensibles à la réduction des émissions de CO2 et qui n’ont pas forcément le budget pour se payer une voiture électrique (un véhicule dont l’empreinte écologique est néanmoins élevée, NDLR), peuvent se rabattre sur des modèles roulant au gaz naturel ou CNG (à ne pas confondre avec le LPG). "Fiable et intéressant du point de vue environnemental, ce carburant fossile peut aussi être produit de manière totalement neutre en CO2", ajoute Jean-Marc Ponteville. En outre, il émet 46% de particules fines en moins par rapport au diesel Euro 6 et surtout, le prix de ce carburant est jusqu’à 50% moins élevé que celui de l’essence.

L’autonomie des voitures qui roulent au CNG est en moyenne de 350 km. Notez qu’il s’agit de véhicules hybrides: ils sont équipés d’un double réservoir qui permet au moteur de fonctionner à l’essence quand le gaz est épuisé. Il n’y a donc pas vraiment de risque de panne… surtout que le nombre de stations-service qui proposent ce carburant augmente sans cesse.

Il existe aussi les hybrides électriques: l’hybride plug-in et le full hybride. Dans le premier cas, le véhicule se recharge à l’aide d’un câble. Dans le second, il se recharge tout seul grâce au freinage régénératif (ce qui permet de consommer moins de carburant). "Cela fonctionne comme la dynamo d’un vélo, explique la porte-parole de Toyota. L’énergie ainsi produite est 100% durable."

Nous sommes occupés à travailler avec le monde politique sur un incitant fiscal, afin de faire baisser le prix du diesel 100% propre et généraliser son utilisation.
Olivier Neirynck
Directeur technique de la Brafco

D’ailleurs, pour ceux qui veulent allier écologie et réduction de coûts sans se passer de leur voiture, patience, le HVO arrive! Le "Hydrotreated Vegetable Oil" est un diesel synthétique produit à partir de déchets comme les huiles de friture. "C’est un produit purement écologique et 100% renouvelable, précise Olivier Neirynck. Les pétroliers sont en train d’investir massivement dans ce pétrole 100% propre qui est l’avenir. Ceux qui voudront l’utiliser ne devront pas changer de véhicule, car il est compatible avec n’importe quelle motorisation diesel."

Une station-service vend déjà ce carburant en Belgique. "Mais comme il est soumis aux mêmes accises que le diesel classique et que sa production coûte – pour le moment – plus cher, son prix au litre à la pompe est forcément plus élevé. C’est pourquoi nous sommes occupés à travailler avec le monde politique sur un incitant fiscal, afin de faire baisser son prix et généraliser son utilisation."

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