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L'État devrait augmenter les taxes sur l'essence et le diesel

Les avantages fiscaux octroyés aux détenteurs des voitures écologiques incitent à l’utilisation de la voiture. Les taxes supérieures sur le carburant constitueraient une manière efficace, au contraire, d’inciter les automobilistes à laisser leur véhicule au garage. C’est l’avis de Johan Albrecht du groupe de réflexion Itinera.

(mon argent) – Pour limiter les émissions de CO2, l’État a investi dans les voitures vertes: tous les automobilistes qui achètent une voiture produisant des émissions de CO2 réduites bénéficient d’une réduction directe de 3 ou 15% sur le prix d’achat. Sur les voitures électriques, la réduction se chiffre même à 30% sur le prix catalogue. Le ministre flamand à l’Innovation entend cependant aller plus loin et ramener à zéro la taxe de circulation des voitures électriques.

Ces mesures d’encouragement et autres subsides visent à permettre au grand public d’accéder à une gamme de voitures plus coûteuses. "De l’argent jeté par les fenêtres", estime Johan Albrecht, senior fellow chez Itinera et économiste environnemental à l’université de Gand. "La réduction fiscale est une mesure arbitraire ou temporaire qui compense le surcoût d’un véhicule écologique pour le consommateur, mais pas pour la société", argumente-t-il.

"Un automobiliste qui parcourt chaque année 10.000 kilomètres au volant d’une Volkswagen Blue Motion aura économisé, en l’espace de huit ans, 474 litres de diesel par rapport au propriétaire d’une TDI classique. La réduction fiscale de 1.300 euros revient à 2,74 euros par litre de diesel épargné, soit 150% de plus que le prix actuel du litre de diesel". L’économiste va plus loin: "sur une voiture électrique, le subside peut représenter jusqu’à 40 euros par litre de carburant non consommé. Reste à espérer que l’électricité utilisée ne soit pas produite dans une centrale à lignite allemande!"

Rouler moins cher, rouler plus

Mais il y a pire, affirme Albrecht. "Les voitures écologiques incitent les automobilistes à rouler davantage. Du fait que ces kilomètres sont plus chers, le coût de capital par kilomètre parcouru est relativement élevé. En roulant davantage, le consommateur fait donc baisser le coût de capital par kilomètre. Et dans la mesure, justement, où la voiture écologique consomme moins au kilomètre, la sanction financière pour les kilomètres supplémentaires parcourus est limitée. Une partie de l’intérêt écologique de la mesure ou des gains d’efficience menacent donc d’être gommés par une hausse de la consommation". Démonstration du fameux effet rebond ou ‘take-back’ caractéristique de nombreuses améliorations technologiques.

Rouler plus cher, rouler moins

Quel signal l’État pourrait-il donner au consommateur pour que celui-ci passe à la voiture écologique ou laisse plus souvent la voiture au garage? "Une augmentation des taxes sur le carburant ou l’introduction d’une taxe sur les émissions de CO2 constituerait un stimulant aussi puissant. Ce n’est que lorsque l’énergie est coûteuse que l’effet rebond est moins notable. Qui plus est, des taxes plus élevées sur le diesel et l’essence génèreraient des rentrées fiscales supplémentaires, alors que les réductions fiscales coûtent de l’argent à l’État", affirme Albrecht. Les consommateurs ne risquent-ils pas alors d’aller faire leur plein à la frontière? "Hormis le Luxembourg, la Belgique est le pays où les taxes sont les moins élevées de toute l’Europe", rétorque l’économiste.

Pas de mesure sociale

Même si les avantages fiscaux à destination des voitures écologiques ont une fonction de signal importante, Albrecht estime insensé d’inciter toute la population, moyennant des subsides, à utiliser des véhicules plus écologiques mais coûteux. Le consommateur belge parcourt en moyenne seulement 15.000 kilomètres par an. Ceux qui roulent peu pourront difficilement réduire davantage leur consommation. L’État ferait mieux d’investir ses fonds précieux dans des techniques plus efficaces comme l’isolation des toits des habitations privées ou sociales.

L’économie de combustible serait bien plus importante. Qui plus est, cette économie ne profiterait pas seulement aux revenus plus élevés, mais bénéficierait aux personnes dont les revenus sont limités. Celles-ci ne peuvent en effet pas, même avec la réduction fiscale, se permettre une voiture verte. Et pour l’heure, elles ne peuvent pas davantage investir dans l’isolation de leur toit, ce qui leur assure une facture énergétique bien plus salée chaque mois.

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