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La prime de l'assurance-auto liée au comportement sur la route?

AG Insurance teste une nouvelle formule d'assurance-automobile Un système de boîte noire embarquée dans les voitures est expérimenté par la compagnie. La prime de l’assurance-auto serait alors liée au comportement sur la route?
©Photo News

En mars dernier, AG Insurance a équipé la voiture de 85 commerciaux et cadres d’un dispositif nouveau, pour une durée de huit mois. Une boîte noire enregistre une kyrielle de paramètres qui permettent de mesurer le comportement du conducteur et de repérer ce qui sort de la norme: accélération et freinage trop secs, vitesse trop élevée dans les virages, moteur en surrégime, consommation supérieure à la moyenne, etc.

Lorsqu’un écart est constaté, le conducteur en est instantanément informé via le tableau de bord. Il reçoit aussi des rapports périodiques caractérisant son comportement au volant, le situant par rapport à la moyenne et lui donnant des conseils pour améliorer son bulletin. "Nous voulons savoir dans quelle mesure ce dispositif améliore la conduite en la rendant plus sûre et plus écologique", indique Gerrit Feyaerts, le porte-parole d’AG Insurance, numéro deux de l’assurance-auto derrière Axa.

"Cela va à terme pulvériser la la notion de solidarité en assurance."
Bruno Colmant
Roland Berger Strategy Consultants


"Pay how you drive"

Au Royaume-Uni, Ageas fait déjà un usage très poussé de cette technologie embarquée. Sur son deuxième marché européen, l’assureur propose, comme une quinzaine d’autres compagnies, un produit destiné aux moins de 25 ans et baptisé "Pay How You Drive": payez comme vous roulez.

©BELGAIMAGE

"La boîte noire embarquée enregistre non seulement les trajets du véhicule et les heures d’utilisation, mais aussi la manière dont le conducteur accélère, freine et négocie ses virages", peut-on lire dans le rapport d’activités 2012, année de lancement du produit. Ces données sont transmises par téléphonie mobile à une firme partenaire, Ingenie, qui les analyse à l’aide d’algorithmes.

En découle "un score qui est utilisé par Ageas pour modifier trimestriellement le montant de la prime d’assurance-auto. Les conducteurs les plus prudents bénéficient d’une réduction appréciable, à l’inverse des automobilistes qui accélèrent, freinent et virent brusquement." Selon l’assureur, le système a le mérite de rendre les conducteurs plus prudents et donc de faire baisser les statistiques de sinistres. Les conducteurs prudents, eux, trouvent à s’assurer à un moindre coût.

Révolution

Le changement est radical. Car au lieu de calculer le niveau de la prime sur la base de probabilités et statistiques tirées du passé, l’assureur détermine ici son prix en fonction du comportement individuel et actuel de l’assuré. C’est la segmentation poussée à son comble.

AG Insurance envisage-t-il d’en faire autant en Belgique? "On est toujours dans une phase test, il n’est certainement pas encore question de créer des tarifs liés à la conduite, répond Gerrit Feyaerts. Cela dépendra de l’analyse qui sera faite de ce test. Des questions importantes restent ouvertes à ce stade, comme l’effet à long terme de ce système ou la protection de la vie privée."

Ageas n’est pas le seul à plancher sur ce genre d’option, loin de là. Chez Ethias, on nous dit "y réfléchir beaucoup sans avoir de projet concret à ce stade". Mêmes propos chez Axa, leader de l’assurance-auto en Belgique et dont la société sœur irlandaise propose déjà DriveSave, une application pour smartphone traçant le comportement des jeunes conducteurs.

"En Belgique, cela n’a pas encore pris mais c’est une tendance lourde, estime un expert de l’assurance. Tôt ou tard, la technologie embarquée va s’imposer dans l’assurance-auto et probablement ensuite dans d’autres secteurs de l’assurance non-vie."

Les inassurables

C’est aussi l’avis du cabinet Roland Berger Strategy Consultants. "En non-vie, le ‘data mining’ et les équipements intelligents vont transformer le secteur, estime ainsi Bruno Colmant. L’assurance va évoluer de la mutualisation vers l’individualisation des risques. Cela va à terme pulvériser la notion de solidarité telle qu’on la connaît aujourd’hui en assurances et rendra certaines catégories de personnes de plus en plus inassurables."

Son collègue Kasper Peters prolonge: "Cette révolution induite par la technologie pose une question de société essentielle, dont l’autorité, l’État devra se saisir: si les assureurs segmentent les risques jusqu’à les rendre individuels, comment alors seront couverts les inassurables?"

[Suivez Paul Gérard sur Twitter en cliquant ici]

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