Les 8 pièges du leasing pour particulier

©Filip Ysenbaert

Selon ses défenseurs, le leasing privé est la formule par excellence qui permet de connaître le coût mensuel précis de la possession d’une voiture, à l’exception des frais de carburant. Cette affirmation est fausse car, dans la pratique, de nombreuses situations pourraient faire exploser votre facture finale.

En à peine 4 mois, 2.200 contrats de leasing privé ont été souscrits cette année en Belgique, selon les chiffres de Renta, la Fédération Belge des Loueurs de Véhicules. Si cette croissance se maintient, le nombre total de contrats conclus cette année devrait facilement dépasser celui de 2018 (3.800).

Pour rappel, le concept du leasing destiné au particulier a commencé à gagner du terrain en 2015, lorsque la chaîne Mediamarkt a lancé une action choc, proposant, en collaboration avec Leaseplan, une Opel Corsa pour 189 euros/mois. Cette année-là, 1.500 Belges se sont laissés séduire par une offre de leasing privé. L’année suivante, ils étaient 2.000 et près de 3.000 en 2017. Alors que le marché de l’auto est en berne, ces chiffres laissent clairement entendre qu’un glissement de l’achat vers le leasing est à l’œuvre.

Pourquoi? D’après certains observateurs, le concept plaît depuis ses débuts, surtout aux jeunes, qui ne sont pas intéressés par l’idée d’être propriétaires de leur voiture et qui souhaitent éviter toute surprise en termes de frais. D’ailleurs, cette formule évite à certains d’entre eux de devoir souscrire une assurance hors de prix.

"Les Belges se demandent si c’est déjà le moment d’abandonner le diesel, de passer à l’hybride ou à l’électrique."
Joost Kaesemans
Porte-parole de la Febiac

Mais les retraités aussi sont demandeurs de ce service, en particulier ceux qui ont bénéficié d’une voiture en leasing pendant leur carrière professionnelle. La formule intéresse également ceux qui ne peuvent pas (ou qui ne souhaitent) pas souscrire de crédit.

Enfin, il ressort des dernières statistiques disponibles que les Belges sont devenus plus réticents à l’achat d’un véhicule. "Ils se demandent si c’est déjà le moment d’abandonner le diesel, de passer à l’hybride ou à l’électrique", selon Joost Kaesemans, porte-parole de la Febiac, la Fédération Belge de l’Automobile et du Cycle.

Par ailleurs, pour Miel Horsten, le CEO d’ALD Automative (un leader du secteur) et président de Renta, cette formule devrait gagner encore en succès cette année. D’ici 2020, il s’attend à ce que 20.000 voitures fassent l’objet d’un contrat de leasing privé. D’autant que de plus en plus de sociétés de leasing se lancent dans l’aventure. L’an dernier, l’entreprise néerlandaise Justlease a fêté son arrivée en Belgique avec des actions chez Carrefour et Mediamarkt, dont une petite Nissan Micra proposée à partir de 199 euros/mois. La société propose du leasing privé en collaboration avec des constructeurs automobiles comme Ford et Volvo et la compagnie d’assurance Bâloise. Les sociétés de leasing Arval et KBC Autolease se sont également lancées dans le créneau en 2018. "Nous souhaitions proposer une offre complète à nos clients, y compris des voitures pour les consommateurs qui ne sont pas prêts à acheter d’emblée une voiture neuve", explique la porte-parole de KBC.

Désormais, de nombreux constructeurs ont même leurs propres offres. C’est notamment le cas de Fiat, qui permet de rouler en 500 à partir de 174 euros/mois moyennant un paiement initial de 550 euros. Notez qu’il existe sur le marché de très nombreuses offres (même pour des Fiat) sans acompte.

Les pièges

De manière générale, un contrat de leasing privé permet d’avoir accès à une voiture neuve (pour une durée de 2 à 5 ans maximum) moyennant un montant mensuel fixe (et souvent sans investissement de départ). Celui-ci inclut le loyer du véhicule, ses assurances, l’entretien, les taxes (de circulation et de mise en circulation) et selon les contrats, les pneus hiver et un service d’assistance.

"Les gens savent donc exactement ce que leur coûte leur véhicule chaque mois", a indiqué Noël Pauwels, administrateur-délégué de Bâloise Insurance. "Exactement" est peut-être un terme un peu abusif. Voici pourquoi:

1. Franchise: en cas de sinistre (et selon les contrats), le particulier devra payer une franchise. Il peut bien sûr la racheter. Mais dans ce cas, le montant mensuel fixe de son leasing sera plus élevé que prévu. 2 Assistance: si vous passez la frontière avec votre véhicule et que vous tombez en panne, il se pourrait que les frais de réparation soient à votre charge. En effet, certains contrats n’incluent pas de service d’assistance à l’étranger, alors que d’autres prévoient d’office une assistance routière dans toute l’Europe. Comparez!

3. Assurances: tous les contrats de leasing privé comprennent au moins une assurance RC auto. En cas d’accident, celle-ci couvre les dommages causés à des tiers si votre responsabilité (ou celle de votre passager) est engagée.

En revanche, elles ne comprennent pas d’office une assurance omnium, ni une assurance conducteur. Celle-ci indemnise les lésions corporelles que vous pourriez subir.

4. Conducteur: selon les contrats, seul le signataire a le droit de conduire le véhicule. Si vous souhaitez ajouter un conducteur supplémentaire, il y a de fortes chances que votre loyer mensuel augmente lui aussi. 5 Kilométrage: chaque contrat prévoit un forfait kilométrique bien précis (en fin d’année ou en fin de contrat). En général, il est d’environ 10.000 km (la moyenne de kilomètres parcourue annuellement par les automobilistes belges).

En cas de dépassement, le conducteur devra payer un supplément. Selon les contrats, celui-ci peut varier de 7 à 10 cents par kilomètre, ce qui peut vous amener à une facture supplémentaire bien salée.

Cependant, dans le cas du forfait annuel et en cas de dépassement, le montant mensuel fixe de leasing sera augmenté l’année suivante à titre de provision. Bien entendu, ceux qui roulent moins de kilomètres que prévu seront alors remboursés.

Notez aussi que si le forfait mensuel proposé pour le véhicule de leasing est faible, c’est probablement que le kilométrage annuel est faible lui aussi.

6. Contravention: certains contrats prévoient des frais administratifs élevés pour le traitement des éventuelles amendes et autres contraventions (voir témoignage ci-dessus).

7. Résiliation du contrat: Avant de signer un contrat de leasing, Test-Achats (TA) recommande vivement de le lire très attentivement. "Votre signature est en effet irrévocable, car dans la plupart des cas, il n’y a pas de délai de réflexion. La résiliation anticipée du contrat peut donner lieu à une indemnité très élevée." De fait, un contrat de leasing ne correspond pas à un crédit à la consommation. Or, "lorsque vous contractez un crédit à la consommation, vous disposez d’un délai de réflexion de 14 jours, pendant lequel vous pouvez renoncer au crédit sans devoir vous justifier", selon les explications du SPF Économie.

8. Restitution: de nombreux témoignages, relayés entre autres par la presse, indiquent que lors de la restitution, il y a parfois de très mauvaises surprises. "Lors de la remise du véhicule en fin de contrat, une inspection a été faite et malgré nos bons soins, les quelques marques d’usure relevées dans la carrosserie ont donné lieu à une facture de réparation de 1.440 euros…", selon le témoignage d’un consommateur sur le forum en ligne de Test-Achats.

Conseil: avant de souscrire un contrat de leasing privé ou de ramener un véhicule en fin de leasing, familiarisez-vous avec la norme Renta qui est, depuis de nombreuses années, la norme pour l’inspection des dégâts d’usage acceptables et non acceptables sur les véhicules particuliers qui sont restitués à la fin d’un contrat de leasing.

Il vaut donc parfois mieux faire réparer quelques griffes ou éraflures (même si vous n’en êtes pas responsable) avant de rendre définitivement le véhicule.

Conclusion

Témoignage

"Jusqu’il y a peu, je l’ignorais, mais ma société de leasing – qui reçoit directement les contraventions — se réserve le droit de réclamer 150 euros de frais administratifs lors d’une infraction de roulage", selon les explications de David P., un particulier qui s’est laissé séduire par une offre de leasing privé. "En effet, en ce début d’année, j’ai reçu une facture de 294 euros pour une infraction survenue pendant les vacances d’été en France. Or, toute contravention doit pouvoir être contestée. J’ai donc demandé une copie de celle-ci. Quand je l’ai reçue, j’ai constaté que l’amende était de 45 euros. La facture précisait 144 euros d’amende et 150 euros de frais. En plus d’une lenteur aberrante pour traiter le dossier (la contravention date du 17 août), je trouve qu’il y a un réel abus concernant le montant de l’amende et des frais. De fait, ils apparaissent bien dans le contrat mais on s’était gardé de me faire remarquer l’importance de ceux-ci. J’ai fait part à la société que je ne paierai que 45 euros et ils ont répondu d’accord, mais ‘exceptionnellement’."

"J’ai donc désormais l’impression de rouler avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête car chaque ‘petit flash’pourrait me coûter une somme bien plus importante que l’amende elle-même", a conclu David P.

 

Avant de sauter sur une telle offre, pesez le pour et le contre et lisez attentivement toutes les conditions du contrat et ne perdez pas de vue que la souscription aux différentes options proposées (rachat ou réduction de franchise, assistance dépannage à l’étranger, etc.) ne feront qu’augmenter le montant du forfait mensuel.

Gardez aussi à l’esprit que le terme "leasing" est abusif, car dans ce cadre-ci, il s’agit plutôt d’une location à long terme. Autrement dit, ces contrats n’offrent jamais la possibilité de devenir propriétaire du véhicule. Pourquoi? "C’est de cette manière que les sociétés qui proposent du leasing aux particuliers peuvent contourner la législation sur le crédit à la consommation, selon les explications du groupe de défense des consommateurs. Elles ne sont donc pas tenues de vérifier la solvabilité de leurs clients, de consulter la Centrale des crédits aux particuliers (CCP), de laisser un délai de réflexion à leurs clients, etc. Par conséquent, il ne s’agit pas vraiment d’un leasing au sens juridique du terme, mais plutôt d’une location longue durée."

Donc, contrairement à l’achat de votre propre véhicule, vous n’aurez aucune possibilité de revendre ce véhicule afin de récupérer une partie des sommes engagées au cours des dernières années. Ni de le donner en reprise à un concessionnaire pour l’achat d’un nouveau véhicule (afin d’obtenir un rabais conséquent).

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