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Les voitures électriques, trop chères, ne séduisent pas les particuliers

Les voitures électriques souffrent toujours d’un problème de mentalité, mais surtout de leur prix. Même si l’électricité est bien moins chère que le carburant classique, le prix d’achat reste une barrière trop importante pour les particuliers, surtout pour une deuxième voiture destinée aux petits trajets.
©rv

Presque tous les constructeurs automobiles proposent aujourd’hui au moins un modèle de véhicule 100% électrique. Il s’agit soit de la version "green" d’un modèle existant, soit d’un modèle qui n’existe qu’en version électrique. Mais si l’on s’arrête sur les immatriculations, on constate tout de même que le marché reste très confidentiel en Belgique.

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Le nombre de voitures électriques immatriculées par des particuliers sur les onze premiers mois de 2015.

Ainsi, selon des chiffres récoltés par la Febiac sur les onze premiers mois de 2015, seuls 1.258 véhicules électriques ont été immatriculés l’année dernière, dont 744 Tesla Modèle S, une luxueuse berline qui démarre à 80.000 euros. Et parmi ces 1.258 véhicules, 1.133 sont des voitures de société. Pas étonnant, quand on sait que les entreprises peuvent déduire fiscalement à 120% tous les frais liés aux véhicules électriques de leur flotte… Les particuliers ont donc été 125 à craquer pour un modèle électrique en 2015.

Le Sud de la France

Pour eux, le principal obstacle qui subsiste a trait aux mentalités. Comment rejoindre le Sud de la France avec une autonomie de 150 km? Suis-je certain de trouver une station de recharge? Aurai-je la patience d’attendre une heure avant de reprendre la route? Mais c’est aussi un problème de prix! Car ces véhicules sont (nettement) plus chers que leurs équivalents essence ou diesel.

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Par exemple, le prix de base de la BMW i3 est de 36.000 euros (TVAC), ce qui correspond à la gamme de prix d’une BMW Série 3. Pourtant, la i3 est plus petite, il s’agit bien d’une citadine. En termes d’espace, le modèle se rapproche donc davantage d’une Série 1 ou d’une X1, dont les prix de base sont respectivement de 26.000 et 30.000 euros.

Chez Volkswagen, la Golf traditionnelle démarre au prix de base de 20.000 euros, tandis que la e-Golf dépasse les 37.000 euros. Chez Smart, la Fortwo "Electric Drive" coûte près de 24.000 euros, ce qui, est, de base, deux fois plus cher que le modèle à essence.

Il existe des modèles moins chers. Par exemple, la Zoé de Renault est une cinq portes qui démarre à 21.550 euros. Mais attention, pour ce prix-là, vous n’êtes pas propriétaire de la batterie. Il faudra donc la louer. Le tarif commence à 49 euros par mois, mais pour une limite annuelle de 5.000 km. L’abonnement peut monter jusqu’à 102 euros par mois à partir de 20.000 km par an.

Consommation…

Mais naturellement, passer à la voiture électrique permet de faire de sérieuses économies de carburant. Ainsi, pour la i3 de BMW, "rouler 100 kilomètres en électrique coûtera entre 2,58 euros et 3,32 euros sur base d’un prix moyen de 0,20 euro par kWh", explique le porte-parole, Pieter De Wit. La différence entre ces montants provient de l’écart entre la consommation officielle (12,9kWh/100km) et la consommation moyenne réelle de la communauté d’utilisateurs (16,6kWh/100km). "À titre de comparaison, avec une voiture qui ne consomme que 6 litres/100 km, cela coûtera environ 6,68 euros en diesel et 7,82 euros en essence", poursuit-il. Donc le coût aux 100 kilomètres est divisé par deux, voire par trois par rapport à une voiture traditionnelle.

Forcément, l’inconvénient des voitures électriques, c’est l’autonomie en kilomètres.

Elle dépasse rarement 200 kilomètres en conduite normale, sauf la Tesla qui peut tenir pendant 500 km selon le type de batterie choisi. Par ailleurs, la consommation de chauffage voire de climatisation réduit drastiquement l’autonomie du véhicule. Il séduira donc davantage les ménages en recherche d’une seconde voiture pour effectuer de petits trajets quotidiens.

La recharge peut se faire sur des bornes publiques (relativement peu nombreuses en ville mais plus rapides), sur des bornes mises à disposition par les employeurs, ou à domicile.

Le temps de recharge complet peut prendre entre 8 et 14h, mais les bornes de recharge rapide permettent de recharger une bonne partie de la batterie en moins d’une heure.

Pour prolonger l’autonomie, certains constructeurs comme BMW proposent en option un Range Extender, un petit moteur essence deux cylindres qui entraîne un générateur et s’enclenche automatiquement lorsque le niveau de charge de la batterie atteint un minimum. Sur la i3, il coûte 4.500 euros et permet d’allonger l’autonomie à 300 km, contre 160 km sans cet appareil.

Chez Nissan, un module sur internet permet aux clients de calculer les économies potentielles réalisées grâce au passage à l’électricité. Par exemple, pour une utilisation actuelle de 80 km par jour avec votre véhicule qui consomme 6 litres/100 km, le constructeur promet une économie annuelle de 1.568 euros, soit près de 130 euros par mois. Mais avant tout, il faudra être prêt à sortir les 30.615 euros (au minimum et batterie incluse) pour vous offrir la Leaf, la citadine électrique la plus immatriculée l’année dernière en Belgique.

…mais pas seulement!

Depuis l’exercice fiscal 2014, la réduction d’impôts pour les voitures électriques est supprimée. Elle subsiste uniquement pour les motos, les tricycles et les quadricycles électriques (comme la Twizy de Renault). Elle s’élève à 15% du prix d’achat du véhicule, avec un maximum de 3.010 euros (4.940 euros pour les quadricycles).

Au niveau régional, seule la Flandre a introduit, depuis le 1er janvier 2016, une prime à l’achat d’un véhicule électrique, qui peut aller jusqu’à 5.000 euros pour un véhicule de moins de 31.000 euros (TVAC). Le montant est inversement proportionnel à la valeur catalogue du véhicule. Au-dessus de 61.000 euros, la prime ne s’élève plus qu’à 2.500 euros. Au niveau des taxes, un véhicule électrique est exempté de taxe de mise en circulation (TMC) et de taxe de circulation annuelle au Nord du pays, ce qui n’est pas le cas en Wallonie ni à Bruxelles.

Par ailleurs, la tendance du "conducteur-pollueur-payeur" semble faire son chemin en Europe et même chez nous, où la ville d’Anvers va instaurer une taxe pour les véhicules polluants souhaitant circuler dans certaines zones. Opter pour le supergreen vous mettra certainement à l’abri de ce genre de choses pour les prochaines années…

Mais malgré ces avantages, on ne peut pas conclure que les voitures électriques sont plus rentables que les voitures "classiques", ce qui explique leur percée difficile sur le marché, car la critique économique reste aujourd’hui nettement prioritaire par rapport à l’aspect environnemental. Ainsi, Joeri Van Mierlo, directeur du groupe de recherche MOBI de la VUB, expliquait dans un article de Test-Achats que "le succès est d’abord fonction de différents facteurs, comme la durée de vie, le coût d’achat, le coût par kilomètre. À cet égard, les petites citadines électriques sont moins compétitives que leurs rivales classiques du même segment. Mais c’est déjà moins vrai pour les familiales, et encore moins pour les voitures de luxe, où les électriques parviennent à rivaliser avec les classiques".

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