Pourquoi vous payez plus pour votre voiture de société

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Vous avez dû être désagréablement surpris si vous avez commandé récemment votre nouvelle voiture de société. Vous souhaitiez le même modèle, mais le prix du leasing - et par ricochet, le montant de votre "avantage de toute nature" - ont augmenté. Les coupables? Les nouveaux tests CO2 et les changements sur le marché de l’occasion.

Pour ceux qui doivent remplacer leur voiture de société, il n’est pas toujours évident de trouver la même voiture pour un budget identique. En quatre ans, selon le modèle et les options choisis, les loyers mensuels peuvent avoir sensiblement augmenté. Pourtant, on ne peut pas parler de hausse générale des prix du leasing. Cette tendance se remarque avant tout au niveau des voitures équipées d’un moteur au diesel. Comme elles sont moins demandées sur le marché de l’occasion, leur prix de revente a baissé.

"Les loyers dépendent en grande partie de ce que nous appelons la ‘valeur résiduelle’ du véhicule, explique Frank Van Gool, directeur général de Renta, la fédération belge des loueurs de véhicules. Il s’agit de la valeur de revente estimée par la société de leasing à l’échéance du contrat. Auparavant, c’était un exercice relativement simple, car les voitures diesel conservaient une grande partie de leur valeur."

Le marché du diesel se rétrécit

Mais les temps ont changé. Aujourd’hui, les voitures au diesel sont considérées comme plus polluantes. Résultat: seuls 12% des Belges continuent à leur être fidèles. "Vu que le marché de l’occasion reflète en grande partie celui des véhicules neufs, il est évident que le marché des occasions au diesel s’est nettement rétréci", poursuit Frank Van Gool.

12%
des Belges
Seuls 12% des Belges continuent à être fidéles aux voitures au diesel.

Ces dernières années, les sociétés de leasing pouvaient revendre la plupart des voitures d’occasion à l’étranger. "Mais dans les autres pays également, le diesel est de moins en moins populaire, constate Frank Van Gool. Résultat: les prix sont également sous pression sur les marchés d’exportation. Les sociétés de leasing intègrent cette nouvelle donne dans leurs prix. Mais elles proposent en même temps des solutions alternatives intéressantes dans d’autres types de carburant, ce qui permet aux entreprises de répartir les risques liés au prix résiduel."

Choix de modèles plus limité

L’évolution des prix des contrats de leasing dépend aussi du modèle choisi. Il y a quelque temps, de nombreuses entreprises ont décidé de restreindre le choix des marques et des modèles pour leur personnel. "Cette standardisation s’explique en grande partie par la volonté des entreprises de rendre leur politique RH plus cohérente, de permettre un échange plus aisé des voitures entre les collaborateurs, de simplifier la gestion et d’obtenir de meilleures conditions auprès des constructeurs", explique Frank Van Gool.

En règle générale, il s’agissait de modèles "premium" qui, à l’époque, se revendaient facilement sur le marché de l’occasion. C’est ce qui explique que les sociétés de leasing pouvaient consentir de très bonnes conditions. "Cette situation a poussé les sociétés de leasing vers une certaine monoculture avec certains modèles, poursuit Frank Van Gool. Résultat: un grand nombre de voitures du même modèle se retrouvent en même temps sur le marché de l’occasion. Si on combine cette offre pléthorique avec le fait qu’il s’agit de voitures au diesel, on comprend que les sociétés de leasing n’obtiennent pas toujours le prix de revente estimé au départ. Et ces pertes sont répercutées sur les prix des nouveaux contrats pour ces mêmes modèles."

La baisse de la valeur de revente du véhicule de société est répercutée sur les prix des nouveaux contrats.

Nouveau test d’émissions

Mais ce n’est pas tout. Ceux qui aujourd’hui doivent se choisir une nouvelle voiture feront bien de tenir à l’œil le montant de leur "avantage de toute nature", car il devrait en toute logique être plus élevé qu’auparavant. Cet "avantage de toute nature" représente la valeur de l’usage privé de la voiture de société. Elle est basée sur la valeur catalogue, les émissions de CO2 et l’âge de la voiture. Ce montant est taxé comme un salaire.

Hausse des taxes en Flandre

L’augmentation des valeurs de CO2 a aussi un impact sur les différentes taxes auxquelles sont soumises les voitures de particuliers. En Flandre, la taxe de mise en circulation et la taxe de roulage annuelle sont en effet calculées sur la base des émissions de CO2 et augmentent proportionnellement aux émissions. À Bruxelles et en Wallonie, en revanche, on ne tient pas compte des émissions de CO2: les taxes dépendent de la puissance de la voiture. En Wallonie, il existe cependant un "écomalus", qui est un supplément de taxe appliqué aux véhicules dont les émissions de CO2 sont égales ou supérieures à 146g/km.

"Nous plaidons pour que le gouvernement adapte ses formules de calcul basées sur le CO2 d’ici 2021, explique Frank Van Gool, directeur général de Renta. Sinon, cela pourrait freiner considérablement la vente de nouveaux véhicules et pousser les automobilistes à garder aussi longtemps que possible leur ancienne voiture, qui bénéficie encore d’un niveau théorique d’émissions de CO2 inférieur."

Lorsque Johan Van Overtveldt (NV-A) était encore ministre des Finances, il avait marqué son accord pour que les nouvelles normes de CO2 n’augmentent pas les taxes. Mais suite au remaniement ministériel, la décision a été reportée au prochain gouvernement. Le cabinet du nouveau ministre des Finances Alexander De Croo (Open Vld) nous a indiqué que la décision ne serait prise qu’en 2020.

Pour les voitures en leasing, le CO2 n’a pas d’impact sur les taxes, car celles-ci sont calculées sur la base de la puissance du moteur"Pour le secteur du leasing, un système unique a été mis en place, pour éviter que les sociétés de leasing ne s’installent dans la région la plus avantageuse au plan fiscal", explique Joost Kaesemans de la Febiac.

L’augmentation de la valeur de l’avantage s’explique par la nouvelle façon de mesurer le CO2, qui donne en général des valeurs plus élevées. Jusqu’à l’an dernier, les nouveaux véhicules étaient soumis au test NEDC (New European Driving Cycle) avant d’être mis sur le marché. Ce test a été introduit dans les années 70 mais ne correspondait plus aux nouvelles réalités du marché. C’est pourquoi il a été remplacé par le test WLTP, ou Worldwide Harmonised Light Vehicle Test Procedure.

Tout comme le NEDC, le test WLPT mesure la consommation et les émissions de matières dangereuses et de CO2, mais de manière beaucoup plus stricte. Le WLTP tient ainsi davantage compte des conditions réelles de conduite. Par exemple, il se base sur des vitesses moyenne et maximale plus élevées, différentes conditions de circulation, de plus longs trajets et un comportement au volant plus proche de la réalité.

Par ailleurs, le test tient compte de l’impact de certaines options sur la consommation, comme la présence d’un toit ouvrant, de sièges chauffants ou d’une attache remorque. "Les résultats du test WLTP arrivent en moyenne à des émissions de CO2 20% plus élevées qu’avec l’ancien test", indique Joost Kaesemans, porte-parole de la Febiac.

Impact sur l’avantage de toute nature

En Belgique, l’impact du nouveau test est encore limité. Depuis septembre 2018, c’est la norme NEDC 2.0 – une formule de conversion qui tempère les résultats du WLTP – qui s’applique. Mais cette formule n’est que temporaire. Elle a été mise en place pour éviter de pénaliser trop lourdement les voitures soumises au nouveau test par rapport aux voitures neuves ayant encore été soumises à l’ancien test. Cette période de transition prendra fin en 2021 et les valeurs WLTP s’appliqueront alors à toutes les voitures neuves.

"La norme NEDC 2.0 aujourd’hui en vigueur a malgré tout provoqué une hausse moyenne des valeurs de CO2 de 8 à 10 g/km, poursuit Frank Van Gool. Pour les voitures de société d’un prix catalogue de 35.000 euros, chaque augmentation de 1 g de CO2 par km a un impact de 2,50 euros par mois sur l’avantage de toute nature." Avec un taux marginal de 50% sur l’impôt des personnes physiques, cela correspond à une hausse de l’impôt de 1,25 euro net par mois. Un véhicule qui affiche aujourd’hui 10 g de CO2 de plus que l’an dernier, coûte donc en net 12,50 euros par mois de plus aux bénéficiaires d’une voiture de société.

Si les valeurs WLTP sont totalement prises en compte à partir de 2021, les nouveaux véhicules vendus à partir de cette date devraient afficher en moyenne entre 15 et 20 g de CO2 en plus. L’avantage de toute nature pourrait alors subir une augmentation supplémentaire allant jusqu’à 50 euros, ce qui diminuera le salaire net de l’utilisateur de 25 euros.

"Cette nouvelle norme ne devrait pas fondamentalement changer les choses, estime Frank Van Gool. Mais si les clients trouvent une alternative comparable avec des émissions inférieures, ils n’hésiteront sans doute pas à franchir le pas."

Chez Belfius Auto Lease, on constate que le marché du leasing se prépare activement aux nouvelles normes. "Les clients choisissent en effet des voitures dont les émissions sont plus basses, explique la porte-parole de Belfius, Ulrike Pommée. Nous remarquons que les politiques des entreprises s’adaptent aux nouvelles normes."

Pour les employés qui bénéficient d’une voiture de société, il sera moins évident à l’avenir de trouver la voiture de leurs rêves. "Dans les entreprises qui fixent des valeurs d’émissions maximales dans le cadre d’une politique de durabilité, des problèmes se posent régulièrement, explique Frank Van Gool. Certaines entreprises ont relevé les valeurs maximales de CO2, mais là où ce n’est pas le cas, les employés ont parfois du mal à trouver une voiture qui correspond à leurs souhaits."

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