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De bons vins rouges à moins de 4 euros: est-ce possible?

©Dieter Telemans

- Dis papa, tu n’aurais pas quelques bouteilles de vin rouge? J’ai une soirée avec des amis samedi. - Combien serez-vous? - Une quarantaine. - Ah, bon. Quand même!

Voilà un scénario bien connu… On va donc aider notre fils et lui trouver quelques bouteilles pour cette soirée avec ses amis et ses amies. Sans vouloir être prêt de ses sous, il nous a bien prévenu. "Tu sais, pas besoin de prendre dans ta cave des grands crus." D’accord, mais qu’acheter?

Des millions de bouteilles vendues à moins de 4 euros

Voilà une dégustation qui a rassemblé huit jeunes. L’idée? Leur proposer, servis "à l’aveugle", des vins à moins de 4 euros. Ce sont eux qui vont décider du choix de leur vin rouge pour la soirée. 4 euros? Un peu chiche, direz-vous. Mais ce montant maximum représente, en Belgique, plus de la moitié des vins achetés pour une consommation à domicile. Cela veut dire, en chiffres, plusieurs dizaines de millions de bouteilles!

"50% des vins vendus le sont à moins de 4 euros"
Rohan Jordan
acheteur vin chez Colruyt

"Voici dix ans, 85% des vins commercialisés chez nous étaient vendus à moins de 5 euros. Avec les augmentations successives des accises, des bouteilles commercialisées à 4,99 euros ont dépassé le butoir psychologique de 5 euros. A présent, plus de 50% des vins vendus le sont à moins de 4 euros", nous explique Rohan Jordan, acheteur vin chez Colruyt. Mais il poursuit: "il faut aussi tenir compte de la vente des conditionnements en ‘Bib’ (anciennement appelé ‘cubitainer’). Les statistiques de commercialisation incluent ces ventes en convertissant dans le format bouteilles (75 cl) ce type de contenant qui ne cesse de progresser. Moins chers, les ‘bib’ tirent les ventes vers le bas".

Comment peut-on vendre des vins à ce prix?

Lorsque l’on additionne les frais de ce que l’on appelle dans le langage professionnel la "matière sèche" (bouteille, capsule, bouchon, étiquette, carton), les taxes (accises, TVA), le transport, que reste-t-il pour le contenu… Et pour la marge bénéficiaire du producteur et du vendeur? Elle est évidemment ténue, ce dernier se rattrape sur les volumes. La différence de prix à l’achat entre un vin vendu "en vrac" et un autre en bouteille? "Il n’existe pas de marge identique. Entre un vin rouge espagnol de La Mancha et un Lalande de Pomerol, elle peut être très différente. Mais vu les volumes mis en bouteille chez nous – 30 millions de litres tous les ans — nous pouvons nous permettre d’acheter à un prix intéressant nos bouteilles, nos bouchons, nos étiquettes, nos cartons. Et de plus, ces bouteilles sont réutilisées", précise Eric Van Rysselberghe, le doyen des acheteurs vin de Colruyt. 

Des prix très bas, trop bas? On se souvient, voici quelques années, de la colère de viticulteurs en constatant dans un supermarché français, la vente d’un Bordeaux à 1,39 euro: falsification de l’appellation où vente à perte par un producteur en manque de liquidités?

Les mises en bouteille par le distributeur restent importantes

En Belgique, près de 30% des vins importés le sont "en vrac" pour être conditionnés dans des installations performantes. Colruyt et Delhaize disposent d’un outil qui n’a rien à envier à celui des "mises d’origine" aux Domaines, aux Châteaux. Les enseignes belges de la grande distribution conditionnent plus de 50 millions de litres tous les ans, en incluant aussi les mises "en Bib", un dernier contenant qui voit augmenter tous les ans ses ventes. 

L’avantage de ces mises en bouteille? Des prix attractifs à la propriété d’où une économie à l’achat, moins de taxes d’emballage et des étiquettes personnalisées, exclusives. Sans oublier un argument très porteur (à juste titre): l’aspect écologique de ces achats, car un camion peut charger le double de vins en volume que ceux importés en bouteille. Question étiquette, elles peuvent être franchement ringardes comme celle de ce rouge espagnol, "Le Révérend", illustrée d’un prélat levant son verre dans un environnement décoratif parcheminé avec les mentions "ce vin doit être bu chambré"" et "prêt à boire". Mais certaines alsaciennes, bourguignonnes, bordelaises, allemandes, peuvent être tout aussi désuètes…

Onze vins ont été testés par ce groupe d’amis

Tous sont vendus par des enseignes de la grande distribution (Carrefour, Colruyt, Cora, Delhaize). Ils ont été servis anonymement, en carafe, à une température de 15-16°. Neuf rouges français, tous en provenance du sud (Languedoc, Rhône). À l’exception de trois appellations d’origine contrôlée (deux Côtes-du-Rhône et un Corbières), ce sont tous des IGP («indication géographique protégée» anciennement appelée «vin de pays). Un espagnol, un italien et un chilien complétaient la sélection. L’ordre de passage avait été tiré au sort.

Le vainqueur? Vino Rosso «Buon Viaggio»

Le seul vin italien de la sélection. Un «vino rosso» en provenance du sud de l’Italie et issu de cépages typiquement italiens (en majorité, le sicilien nero d’avola). Fruité, souple, il a séduit la majorité des jeunes dégustateurs. Qui ont aussi découvert après la dégustation, son étiquette: un drapeau aux couleurs italiennes décoré de trois cyprès et d’une vespa, résumé symbolique d’une certaine Italie.

Chez Colruyt, 2,59 euros (plus le prix de la consigne, 0,30 euro)

Aussi, sur le podium, «Les Muletiers», IGP Ardèche, Les Vignerons Ardéchois

Dans le sud du département de l’Ardèche, à Ruoms, cette union de caves coopératives produit notamment ce rouge issu des deux cépages emblématiques de la Vallée du Rhône: la syrah et le grenache. Notes de fruits rouges pour ce vin rond et «glissant» ne manquant toutefois pas de caractère.

Chez Cora, 3,69 euros (mise en bouteille à la propriété)

A la 3è place, IGP Aude

Un peu court comme indication sur la bouteille… On sait seulement que son embouteilleur est situé dans le Gard (SFV AF) et qu’il titre peu d’alcool: 11°5. Un manque de traçabilité pour ce rouge qui rejoint néanmoins le podium, à la troisième place. Léger, avec des notes subtilement fruitées, sa rondeur a séduit le jury. Mais il reste néanmoins assez «lisse» pour les amateurs de vins typés.

Chez Carrefour, 2,49 euros (mise en bouteille dans la région de production)

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