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Que coûtent les études dans l'enseignement supérieur?

Quel que soit le type d’enseignement (université ou haute école) et l’orientation choisie, le tarif est à peu de chose près identique pour tout le monde. Cependant, qu’ils soient navetteurs ou kotteurs, les étudiants ne sont pas tous logés à la même enseigne. Quel budget faut-il prévoir pour une année?
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©Dieter Telemans

Tout étudiant inscrit à l’université au sein de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour la rentrée académique 2014-2015 doit s’acquitter d’un minerval forfaitaire de 835 euros à moins qu’il soit boursier (gratuit) ou de condition modeste (374 euros). "Ce montant est le même pour tous, quels que soient l’orientation choisie, le coût réel des études et le salaire que peut espérer obtenir l’étudiant lorsqu’il basculera dans le milieu professionnel", précise Jean-Michel De Waele, vice-recteur de l’ULB aux affaires étudiantes.

Le montant du minerval est en fait gelé depuis 2010 par le décret relatif à la gratuité et à la démocratisation de l’enseignement supérieur. Ce gel est donc également d’application dans les hautes écoles et les écoles supérieures des Arts de la Communauté française. Ainsi, pour l’enseignement supérieur de type long, le minerval est fixé à 350,03 euros et à 454,47 euros en terminale. Pour le type court, ces montants sont ramenés respectivement à 175,01 et 227,24 euros.

A priori, étudier en haute école semble donc coûter moins cher. À priori car il faut y ajouter des droits complémentaires et des frais administratifs liés aux filières (p.ex: les frais relatifs à l’accès et à l’utilisation de la bibliothèque, les frais de syllabi, etc.). D’une haute école à l’autre, ces montants peuvent varier entre 159 et 357 euros.

Néanmoins, le montant total réclamé à un étudiant en haute école (en ce compris le minerval, les droits complémentaires et les frais afférents aux biens et aux services de l’étudiant) ne peut jamais excéder le plafond de 836,96 euros, ce qui correspond à 2 euros près au minerval universitaire.

1. Notes de cours

Néanmoins, pour l’étudiant universitaire, les frais liés à aux syllabi ne sont pas compris dans ce prix. Heureusement, l’avènement du numérique et le décret relatif à la gratuité et à la démocratisation de l’enseignement supérieur ont quand même permis de réduire ce poste de dépenses. Le décret prévoit en effet depuis 2010 la gratuité des supports de cours pour les boursiers et leur mise en ligne pour les autres étudiants.

Dans l’ensemble, c’est une mesure qui a été plus ou moins bien suivie. "On a même observé un changement dans la méthode d’étude de nos students, remarque Denis Lambert, vice-recteur aux affaires étudiantes de l’UCL. La plupart d’entre eux parcourent les supports de cours sur un écran, tout en interagissant avec les autres via les réseaux sociaux et l’intranet de l’université."

Malheureusement, la gratuité n’est pas encore généralisée. Selon la Fédération des Étudiants Francophones (FEF), certains professeurs continuent à imposer un support de cours payant sous prétexte qu’il est protégé par des droits d’auteurs.

En outre, dans une optique d’efficacité, il est difficile de se contenter de la version numérique de certains ouvrages de référence. C’est notamment le cas d’un manuel d’anatomie ou des différents codes de droit par exemple.

D’après Denis Lambert, les ouvrages de référence sont d’ailleurs l’une des plus grosses variables du budget de l’étudiant tout au long de son parcours dans l’enseignement supérieur. "D’une année à l’autre, d’une faculté à l’autre, c’est un poste qui peut varier de 100 à 600 euros."

Dans une tentative de réduction des coûts, son homologue de l’ULB tient à signaler que l’université essaie de disposer en bibliothèque d’un nombre suffisant d’exemplaires de livres recommandés par les professeurs.

2. Logement

Selon la FEF, l’augmentation du prix des kots est permanente et le secteur en pénurie. Denis Lambert ne remet pas en doute l’augmentation constante des coûts liés au logement mais il tient à souligner qu’il existe une différence entre le parc locatif privé et celui de l’université.

Par exemple, le coût mensuel (hors électricité) d’une chambre sur le site Louvain-La-Neuve varie entre 243 et 340 euros par mois (+ une garantie locative unique de 150 euros). Dans le privé, le loyer mensuel des appartements 1 chambre oscille plutôt entre 600 et 800 euros et atteint parfois plus de 900 euros pour un 2 chambres. "Grâce à notre politique de logement accessible socialement, nous parvenons à jouer notre rôle de régulateur de marché et à garantir l’accessibilité à l’enseignement supérieur pour tous."

De son côté, l’ULB estime qu’un kot universitaire (charges comprises) coûte entre 223 et 396 euros par mois. "Nous avons de nombreux projets en cours, affirme Jean-Michel De Waele. Nous réalisons des efforts en matière de logement car c’est l’une des discriminations sociales les plus importantes. D’où la nécessité de disposer d’une large offre de logements de qualité à prix acceptables." À défaut, l’étudiant devra se tourner vers un particulier dont le budget mensuel pour une chambre tourne autour de 400 euros.

Et il y a éventuellement des charges à ajouter au budget logement: un accès à Internet (+/- 30 euros) ou un pack trip play (+/- 50 euros), et dans certains cas une taxe de séjour annuelle de 150 euros.

3. Transports

L’ULB estime qu’un étudiant qu’il soit navetteur ou kotteur dépensera au minimum 80 euros et au maximum 450 euros par an pour se déplacer grâce aux transports en commun, hors SNCB (voir tableau). S’il prend le train, il faut ajouter un budget compris entre 500 et 1.500 euros maximum. "Grâce aux diverses politiques mises en œuvre, le coût de l’ensemble des transports en commun destinés aux étudiants s’est sensiblement réduit au cours de ces dernières années", observe Denis Lambert.

Par exemple, les étudiants de l’UCL qui doivent se rendre sur le site de Mons et qui utilisent les transports en commun peuvent bénéficier d’une intervention forfaitaire de 42 euros par an pour un abonnement TEC ou combiné. Par ailleurs, la Communauté Française rembourse 50% de l’abonnement STIB pour les moins de 25 ans.

Cedi dit, la FEF souhaiterait la suppression de cette limite d’âge. Comme le souligne Corinne Martin, son ex-présidente (Brieuc Wathelet est devenu président de la FEF le 26 avril dernier)C, "certains étudiants en médecine font 12 ans d’études mais à partir de 25 ans, étudiants ou non, ils n’ont plus droit à une réduction."

4. Vie culturelle et sportive

Ce poste varie bien entendu selon le mode de vie de chacun. L’UCL considère donc qu’une moyenne de 37 à 50 euros est une évaluation raisonnable pour un étudiant. Des exemples? Le ticket de cinéma revient à plus ou moins 7 euros, celui du théâtre à 10 euros. L’UCL fournit d’ailleurs une carte culture au tarif forfaitaire de 10 euros. Celle-ci donne droit à différentes réductions sur les dépenses culturelles sur ses 5 sites.

Pour une dépense annuelle de 50 euros, le Service des sports permet l’accès à différentes disciplines sur les sites de Louvain-la-Neuve et Bruxelles Woluwe. À l’université de Namur, la carte Sport revient à 35 euros et à l’ULB à 40 euros.

5. Alimentation

Afin d’élaborer un budget complet, l’UCL recommande aux étudiants de considérer aussi les frais alimentaires, même si ceux-ci ne sont pas directement liés aux études. D’après l’université, les frais alimentaires liés à la vie de kot sont légèrement plus élevés que lorsque l’on se nourrit en famille. Si un étudiant ne rapporte pas de plats préparés le week-end par les parents, il faut prévoir au minimum 50 euros par semaine pour un étudiant kotteur, soit environ 200 à 250 euros par mois.

L’ULB voit plus large et prévoit un budget mensuel de 240 à 360 euros. Pour les non-kotteurs, les conclusions sont les mêmes que l’UCL: le budget à prévoir est moindre (120 à 240 euros par mois).

Les étudiants peuvent faire des économies à ce niveau en se rendant dans les restaurants universitaires où les repas coûtent en moyenne 5 à 6 euros. "Chaque jour, nous servons dans nos restaurants un plat du jour appelé le ‘plat malin’, indique Denis Lambert. Malin car il est moins cher que les autres. Il ne coûte que 3 euros et en plus, il est équilibré. Pour les produire nous privilégions le circuit court et l’origine bio, si possible."

6. Santé et services sociaux

Les restaurants universitaires ne sont pas les seuls services spécialement destinés aux étudiants. Il en existe d’autres qui semblent malheureusement assez méconnus, dont notamment ceux liés à la santé.

D’après la FEF, les students ont en effet tendance à trop négliger leur santé par souci d’économie. Or, il existe au sein des campus universitaires différents services médicaux à prix plancher.

"Tant à Bruxelles qu’à Louvain-La-Neuve, nous avons le ‘Médecin des étudiants’ pour les demandes d’ordre curatif, explique Denis Lambert. Pour les rendez-vous préventifs, les étudiants peuvent se rendre à ‘L’Equipe Santé’. C’est un lieu gratuit d’écoute et de consultation. Enfin, notre école de médecine dentaire peut prendre en charge les soins d’urgence à un tarif conventionné."

Par contre, les étudiants sont de plus en plus nombreux à faire appel aux services sociaux de l’université. Pour Jean-Michel De Waele, on assiste clairement à une aggravation de la situation sociale des étudiants. "Je remarque que les étudiants issus des classes moyennes inférieures et qui ont pourtant deux parents salariés ont de plus en plus de difficultés à financer l’ensemble des coûts liés à leurs études. Depuis la crise de 2008, cette tendance s’est accélérée." Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2003, le Service Social Étudiant (SSE) de l’ULB avait proposé des aides financières résiduaires et académiques à 744 étudiants. L’an dernier, ce nombre est passé à 1.638 students, soit une augmentation de 120% en 10 ans.

Anita Mathieu, la responsable du SSE y voit de multiples causes: l’éclatement de la structure familiale, les familles monoparentales, la paupérisation des travailleurs, les revenus de remplacement dégressifs (chômage, CPAS), la crise du logement ou le surendettement. Mais aussi et surtout l’augmentation constante du coût des études dû notamment à l’allongement des études, aux nouvelles technologies, à la mobilité internationale, etc.

Afin de mobiliser un maximum d’étudiants sur la question, la FEF compte justement lancer à la rentrée une nouvelle campagne de sensibilisation sur l’augmentation constante de ces coûts. "En 2008, notre enquête avait montré qu’une année d’études dans le supérieur coûtait entre 4.500 et 7.500 euros, rappelle Corinne Martin. En 2012, nous dépassions les 9.000 euros, soit une augmentation de 17% du coût des études en 3 ans! Suivant cette logique, une année d’études doit maintenant coûter entre 5.000 et 10.000 euros."

Et la présidente de la FEF redoute une nouvelle hausse des coûts l’an prochain étant donné que le gel du minerval a été obtenu jusqu’en 2014. Rien ne dit qu’il sera reconduit sous la nouvelle législature. "On est en plus inquiet pour l’accessibilité de tous aux études supérieurs, surtout qu’au Nord du pays, les frais d’inscription viennent d’augmenter de 100%…"

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