Que feriez-vous avec 1 million d'euros?

©Vincent Dubois

Vous avez la chance de posséder 1 million d’euros? Dans ce cas, les portes de la banque privée vous sont ouvertes. Nous avons contacté dix banquiers privés et nous leur avons demandé à quoi pourrait ressembler un tel portefeuille.

À quoi pourrait ressembler le portefeuille d’un client dont le profil de risque est moyen ou neutre? Nous avons posé la question à plusieurs banquiers privés. Nous avons calculé des moyennes à partir des portefeuilles proposés. Conclusions: les actions européennes et obligations d’entreprises de qualité sont populaires. Mais il est également conseillé de conserver une solide position en cash.

75.000 euros en cash

Pour 7,5% de votre portefeuille de 1 million d’euros – soit 75.000 euros – vous ne devez rien faire, sinon le placer sur un compte d’épargne. Les visions des banquiers privés peuvent être très divergentes. 75.000 euros représentent la moyenne de chiffres très différents. Chez ING Private Banking, on recommande de conserver 12% en cash, soit bien plus que la moyenne. "Nous voulons tirer parti des opportunités de marché. On ne peut pas exclure une correction de 5 à 10%", explique le stratégiste Rudy Vandorpe.

250.000 euros en actions européennes

Les banquiers privés investissent la moitié du capital en actions, dont la moitié (25%) en actions européennes. Delen Banque Privée investit 63% du portefeuille en actions européennes. "Nous privilégions l’Europe à cause des valorisations plus faibles et de la reprise de la croissance, explique le CEO Paul De Winter. Nous investissons la majeure partie dans de grandes multinationales au bilan solide et aux activités bien diversifiées, de préférence si elles ont un profil défensif, ce qui permet de bien appréhender les revenus futurs. Nous préférons également une bonne rentabilité."

125.000 euros en actions US

Les banquiers privés sont unanimes pour dire que Wall Street – du moins comparé à l’Europe – est plutôt cher. Ce qui explique qu’ils recommandent d’y investir deux fois moins. "Nous avons récemment placé les actions américaines dans la catégorie ‘sous-pondérer’", explique Frank Vranken, stratégiste chez Puilaetco Dewaay. "Sous-pondérer" signifie que la proportion de ces actions dans le portefeuille est inférieure à ce qui serait normalement recommandé pour un profil de risque donné. "Chez nous, toutes les autres régions – Europe, Japon et pays émergents – sont surpondérées", poursuit Frank Vranken.

125.000 euros en actions du reste du monde

Pour les banquiers privés, le "reste du monde" se limite en fait à l’Asie et aux pays émergents. Capital@Work s’exprime clairement contre un "home bias", soit la tendance de certains investisseurs à choisir des entreprises géographiquement proches. Chez Capital@Work, pas moins de 60% des entreprises achetées se situent en dehors de l’Europe et des Etats-Unis. "Nous sommes un investisseur très diversifié au plan international. Cela augmente aussi les opportunités de réaliser des investissements intéressants", explique le stratégiste Erwin Deseyn.

175.000 euros en obligations d’entreprises de qualité

Avec les obligations d’entreprises, nous parlons de la partie du portefeuille investie en produits à rendement fixe. Lorsque les banquiers privés parlent d’obligations d’entreprises, ils excluent généralement les "obligations pourries" (junk bonds ou high yield), considérées comme faisant partie d’une autre catégorie, dont le risque est plus élevé. L’expérience nous a appris que les obligations à haut rendement étaient plus sensibles à une crise des marchés boursiers que les obligations d’entreprises classiques.

Les obligations de ces entreprises de qualité ont un rating de minimum BBB-. "Nous sommes très sélectifs en matière d’obligations. Nous ne détenons pas d’obligations souveraines, mais des obligations d’entreprises de qualité avec une échéance de maximum trois à cinq ans", explique Erik Peeters, gérant de Leo Stevens & Cie. Plus son échéance est courte, moins une obligation est vulnérable en cas de hausse des taux.

75.000 euros en obligations souveraines

Les obligations souveraines jouent traditionnellement le rôle de matelas de sécurité dans un portefeuille. "Même avec les taux bas actuels, ces obligations apportent une certaine sécurité en cas de recul des marchés. Par exemple, un panier d’obligations souveraines allemandes a augmenté de 2% à l’approche de l’élection présidentielle française", explique Marc Leyder de Van Lanschot Bankiers.

KBC investit également dans des obligations d’État, à hauteur de 20% du portefeuille obligataire, mais sans beaucoup d’enthousiasme. "Chez nous, la part des obligations d’entreprises est deux fois plus importante que les emprunts d’État. Les obligations souveraines affichent un risque de taux asymétrique: une nouvelle baisse des taux est improbable et même une petite hausse se traduira par une perte en capital et donc par des rendements négatifs", explique Regine Debeuckelaere, general manager Wealth, Private Banking et Mass Affluent chez KBC Private Banking.

Les obligations souveraines sont sous pression. Plusieurs banquiers privés nous ont indiqué ne plus en détenir en portefeuille. La raison: les taux ultra-bas et la valorisation élevée à cause du programme de rachat de la Banque Centrale Européenne (BCE).

150.000 euros en autres obligations (plus risquées)

Cette catégorie – qui n’a pas encore de nom spécifique – est en plein développement. Certains banquiers privés parlent d’obligations "dynamiques", dont le but est d’augmenter le rendement d’un portefeuille. Il peut s’agir par exemple d’obligations d’entreprises dont la solvabilité n’est pas bonne (high yield) ou d’obligations de marchés émergents. "Nous sommes aujourd’hui assez prudents en matière d’obligations à haut rendement, explique Sven Sterckx, stratégiste chez Dierickx Leys Private Bank. Le coupon est plus élevé, mais pas suffisamment à notre avis, compte tenu du niveau de risque."

25.000 euros en produits alternatifs

Pour être tout à fait clair: lorsque les banquiers privés parlent d’actifs alternatifs, ils parlent encore d’investissements financiers. L’art, les antiquités et les voitures de collection ne font pas partie d’un portefeuille géré activement. "Nous investissons 6% en immobilier et 5% dans des fonds spéculatifs, ce qui donne au total 11% en actifs alternatifs", explique Erik Joly, stratégiste chez ABN AMRO Private Banking. Ces dernières années, de nombreux investisseurs ont fait une croix sur les hedge funds, mais ce n’est son cas. "Nous considérons les fonds spéculatifs comme un facteur stabilisateur au sein d’un portefeuille."

"Nous investissons 6% en immobilier et 5% dans des fonds spéculatifs, ce qui donne au total 11% en actifs alternatifs."
Erik Joly
ABN AMRO Private Banking

Quid de l’or?

Vous n’avez pas d’or dans votre portefeuille? Banque Degroof Petercam investit 2,3% du portefeuille en or. Mais cela semble être une exception. En règle générale, nos interlocuteurs évitent le métal jaune. "Nous avons une petite position en matières premières, dont un peu d’or, explique Marc Leyder, stratégiste chez Van Lanschot Bankiers. Nous voyons les fonds indiciels en or comme une sorte d’assurance en cas de tempête boursière. Mais l’or n’est absolument pas un investissement sûr ou une solution alternative au compte d’épargne, comme certains le prétendent. Entre début octobre 2012 et fin 2013, le cours de l’or a perdu près de 40%."

"Nous avons une petite position en matières premières, dont un peu d’or."
Marc Leyder
Van Lanschot Bankiers

Davantage de protection?

Corée du nord, Effet Trump, Brexit… Autant d’incertitudes dont il faut tenir compte. Les banquiers privés ont-ils prévu une protection supplémentaire en cas de catastrophe? "Lorsque nous attribuons un taux élevé de probabilité à un événement, nous achetons une protection pour les profils défensifs, le plus souvent via des futures, car elles sont plus liquides que les options", explique Paul De Winter de Delen Banque Privée. Idem chez Puilaetco Dewaay.

ABN AMRO Private Banking est plus prudent. "Par définition, un attentat terroriste ou un incident nucléaire est imprévisible. La seule chose que nous puissions faire, c’est protéger systématiquement les portefeuilles au moyen d’options. Mais dans la pratique, c’est difficilement réalisable car les coûts érodent une partie du rendement", explique Erik Joly d’ABN AMRO Private Banking. Dierickx Leys Private Bank et Leo Stevens & Co ne travaillent généralement pas avec des produits dérivés. Chez ING Private Banking, on ne se montre pas plus enthousiaste. "Si les nuages s’amoncellent, nous nous tournons plutôt vers le cash, l’or ou les obligations souveraines", conclut Rudy Vandorpe.

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