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Acheter des pièces et lingots, vendre ses bijoux: le bon filon

C'est le rush sur l'or. Des particuliers achètent pièces et lingots pour sécuriser leur patrimoine. D'autres vendent leurs bijoux au prix fort. Où? Comment?
En période de crise, l'or est au sommet. Et il a autant de succès à l'achat qu'à la vente. ©Thierry du Bois

L’or est un abonné aux heures de gloire en temps de crise. Dans la période aussi tourmentée qu’incertaine que nous traversons, détenir de l’or est un must pour sécuriser son patrimoine et préserver son pouvoir d’achat. La valeur refuge par excellence.

De 37.000 à 56.000 euros en 2 ans

Démonstration. "Début 2019, le cours de l’or végétait aux alentours de 37.000 euros le kilo. Il a ensuite commencé à monter doucement avant de connaître un coup d’accélérateur en février lors de l’apparition du Covid-19. Il a alors filé vers les 50.000, avant de s'offrir un record à 56.000 euros en août 2020. À 2.060 dollars l’once (31,1035 grammes), il pulvérisait ainsi son précédent sommet", met en contexte Didier Jacques, administrateur délégué de Gold and Forex International.

Une sacrée performance sur deux ans. Actuellement le métal jaune s’échange toujours autour de 52.000 euros le kilo. N’est-il dès lors pas déjà trop tard pour en acheter ?

"Nous restons optimistes. Le point commun entre cette crise et les autres, c’est qu’elle est économique et mondiale. Sa particularité, c’est l’incertitude qu’elle perpétue, souligne-t-il. Or, l’incertitude est l’élément le plus favorable à l’or. En gros, chaque fois qu’il baisse, dans le contexte actuel, cela constitue une opportunité d’achat. Souvent, lorsque la Bourse dévisse, ceux qui détiennent de l’or le vendent pour compenser. Mais l’or étant une valeur refuge, les achats sont tellement massifs qu’il remonte ensuite rapidement."

Celui qui a acheté son or à 37.000 euros sera évidemment tenté de le vendre à 52.000 pour prendre son bénéfice. La question à se poser est: que va-t-il faire d'une telle somme? "Si c’est pour la mettre sur un compte, c’est inutile et contre-productif. S'il souhaite racheter ensuite, il devra suivre le marché de près pour être sur la balle", souligne le spécialiste.

Une réelle alternative pour les particuliers...

Les banques centrales et les gros investisseurs ne sont en effet plus les seuls à avoir les yeux rivés sur les cours! Les crises successives qui ont érodé la confiance dans le système bancaire et l’anémie persistante des taux d’intérêt ont fait prendre conscience aux particuliers du potentiel du métal jaune.

56.000
euros le kilo
C'est le record atteint en août par l'or.

Les motivations sont "la peur de tout perdre en laissant son argent à la banque ou le désir de conserver une valeur refuge après avoir vendu un immeuble, par exemple", explique Didier Jacques, soulignant que la volonté de se débancariser progressivement est devenue un argument récurrent. Le fait de posséder quelque chose de tangible et palpable comme l'or est très apprécié. Et pourquoi se priver ? "Quand les banques offraient jusqu’à 10% d’intérêt sur les comptes, détenir de l’or avait un coût. Mais aujourd’hui, avec les taux négatifs, c’est l’inverse", insiste-t-il.

... qui suivent les cours de près

Cet engouement s’explique aussi par le fait que, contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’or physique se négocie très facilement, rapidement et quasi sans formalités. Les cours sont disponibles sur internet. Il suffit de les suivre régulièrement pour être au taquet.

Dans sa boutique, Catherine Ghiotto observe d’ailleurs une corrélation quasi parfaite entre la hausse du cours du métal jaune et l’augmentation du nombre de clients de tous âges qui se pressent pour vendre afin d’obtenir des liquidités qui leur permettent de faire face à la crise.

Où et comment acheter de l'or?

Rares sont encore les banques qui vendent de l’or au guichet. La plupart ont renoncé à cette activité. Par contre, les courtiers indépendants foisonnent et disposent d’un site internet où les novices trouveront déjà une mine d’informations utiles au sujet (des cours) de l’or, des produits qu’il est possible d’acheter et à quel prix.

La concurrence est donc tout à fait transparente. Il suffit d’allumer son PC et de comparer. "Il est assez facile de savoir si vous avez affaire à quelqu’un de sérieux : il y aura en général peu d’écart de prix d’un courtier à l’autre. Ceux qui sont trop chers ou ne paient pas assez sont donc vite débusqués", explique Didier Jacques.

Pièces, lingots: quel budget?

Qu’achètent donc les particuliers et pour quel budget ? Chez les courtiers, on peut acheter des pièces et lingots au guichet, par téléphone ou en ligne. Il y en a pour tous les goûts et toutes les bourses. Depuis la petite pièce Napoléon (20 FRF) qui est la plus traitée en Belgique, au lingot à plus de 52.000 euros, en passant par des lingotins de poids différents.

"Les petits investisseurs achètent généralement des lingots de 50 ou 100 grammes. Pour des volumes plus importants, on privilégie plutôt les lingots d’un kilo. Tous sont coulés dans de l’or fin présentant une teneur de 99,99", selon le Comptoir de l’or où l'on s'avoue totalement débordé tant le nombre de clients a augmenté.

"L’achat en ligne a séduit une nouvelle catégorie de clients: les jeunes. Ils achètent en général 5 à 10 pièces d’une valeur de 300 euros, alors qu'en moyenne, l'acheteur moyen dépense 25.000 ou 50.000 euros", observe Didier Jacques.

Tenir compte de la prime

Lorsqu’on dispose d’un budget conséquent, on a tendance à penser qu’il faut s’orienter d’office vers le lingot. Or, rien n’est moins évident. Il faut en effet tenir compte de la prime. Mais de quoi s'agit-il?

"Le client a intérêt à acheter la pièce ou le lingot sur lequel la prime est la plus faible."
Didier Jacques
Administrateur délégué de Gold and Forex International

Le cours de l’or (cours spot) est fixé par le marché. Il est identique partout dans le monde, en USD (comprenez qu’il évolue selon la devise dans laquelle on la traite). À ce cours s’ajoute une prime qui est fonction de l’offre et de la demande pour le produit que l'on achète.

Un exemple. "Les Français sont particulièrement friands du Napoléon, la pièce de 20 FRF, qui a été frappée jusque dans les années 1950. En période de crise, ils se l’arrachent. L’élasticité de l’offre étant limitée, en période de forte demande, la prime augmente. Pendant le confinement, nous avons vendu cette pièce 12% au-dessus de la valeur de l’or (prime de 12%), contre 3 à 3,5% actuellement", raconte l’administrateur de Gold and Forex International.

Le client qui passe par internet est évidemment en mesure de faire le choix qu'il souhaite. Mais l’idéal est d’appeler, de poser des questions et de se laisser guider. "On pourra alors lui recommander d’acheter la pièce ou le lingot sur lequel il y a la prime la plus faible". Par exemple, plutôt que d’acheter un lingot avec une prime de 3%, de prendre l’équivalent en pièces avec une prime de 1,5%. "Ou attirer son attention sur le fait que, le jour où il aura besoin de quelques milliers d’euros de liquidités, il sera beaucoup plus facile et pratique de revendre quelques pièces plutôt qu’un lingot à plus de 50.000 euros", explique Didier Jacques.

Stocker son or

Tôt ou tard, l’acheteur doit évidemment prendre possession de son or. L’avantage, c’est que l’or sous forme de pièces ou de lingot (qui a la taille d’un smartphone) est relativement discret.

Mais cela suppose un minimum de précautions. Il reste déconseillé de stocker de l'or à domicile. L’idéal est de le placer dans un coffre à la banque. Vu l'engouement, Gold and Forex International étudie également la possibilité de proposer un service de dépôt, moyennant paiement.

Vendre de l’or

En période de crise, alors que le métal jaune atteint ses plus hauts niveaux, vendre des objets et bijoux en or est évidemment une solution tentante, facile et rapide pour ceux qui ont besoin de liquidités pour faire face à des difficultés financières. "C’est une motivation récurrente", constate Catherine Ghiotto, du magasin Golden Arts Ercato au centre de Bruxelles, qui vend des bijoux et achète de l’or sous toutes ses formes (bijoux anciens et modernes, or dentaire, lingots, pièces numismatiques, montres, créations d’artisans, etc.).

Les gens vendent principalement de grosses et lourdes pièces pour profiter au maximum du cours élevé de l'or. ©Photo News

Or, pièces précieuses, plaqué et fantaisies

Il y a évidemment tous ceux qui ont hérité de bijoux qui ne les intéressent pas. "Comme le cours de l’or est élevé, ils en profitent. Nous rachetons essentiellement des pièces lourdes et massives (gros bracelets, colliers, parures, chevalières)." Des bijoux ostentatoires que l’on ne porte quasi plus, parce qu’ils ne sont plus à la mode ou pour de simples raisons de sécurité.

Les lots provenant d’héritages contiennent aussi souvent des bijoux de fantaisie et en plaqué or. Pour ces pièces-là, n’espérez rien. Elles n’ont aucune valeur marchande.

Conseil

Si vous achetez des pièces d'or, demandez un sachet scellé au nom du vendeur. Le jour où vous souhaiterez les revendre, il ne pourra pas dire qu’elles sont abîmées ou de mauvaise qualité.

Si vous vendez des bijoux contenant des pierres précieuses (diamant, rubis, émeraude ou saphir), chaque pièce sera estimée séparément en fonction de son poids. On y rajoutera la valeur de l’or.

Enfin, il faut savoir que l'or des bijoux n’est pas de la même qualité que celui des pièces et lingots (or pur). "Dans la plupart des cas, la densité en or est moins élevée et fonction du pays d’origine. En Belgique et en France, c’est principalement du 18 carats. Plus rarement du 14 (États-Unis et Pays-Bas) ou du 8 ou du 9 (Allemagne et Grande-Bretagne)", indique Catherine Ghiotto.

Comparer les prix qu'on vous offre

En pratique, c’est très simple. Il suffit de prendre rendez-vous ou de se présenter en magasin avec les pièces que vous souhaitez vendre, qui seront estimées et pesées.

Pour des bijoux classiques comme des chaînes ou des petits bracelets, c’est très rapide. Si vous présentez tout un lot et/ou des bijoux avec des pierres précieuses, cela prendra bien sûr davantage de temps. Vous serez payé en partie en espèces, le solde sera versé sur votre compte.

"Nous achetons essentiellement des pièces lourdes et massives que l'on ne porte quasi plus."
Catherine Ghiotto
Golden Arts Ercato

En tout état de cause, ne vous arrêtez jamais à la première adresse venue. Faites au moins le tour de 3 ou 4  magasins et comparez le prix que l’on vous offre. Certains proposent des prix en grammes purs, d’autres en grammes sur la balance. Ce n’est pas pareil. Pour se faire une idée et éviter les arnaques, l’idéal est de peser l’or avant, sur une balance culinaire ou une balance de pharmacien par exemple. En théorie, "il devrait y avoir au maximum 1 à 3 grammes de différence", assure Catherine Ghiotto.

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