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"Des spécialistes évitent les patients en chambre commune"

Les médecins spécialistes sont de plus en plus nombreux à n’accepter d’opérer qu’à la condition que le patient opte pour une chambre particulière pendant son hospitalisation, ce qui leur permet de facturer des suppléments d’honoraires.
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Les Mutualités Chrétiennes, chez qui 1,4 million de Belges ont souscrit une assurance hospitalisation, remarquent que les patients sont de plus en plus souvent contraints de "choisir" une chambre particulière s’ils souhaitent être pris en charge par un médecin déterminé. Selon Marc Justaert, directeur des Mutualités Chrétiennes, cette tendance n’est pas massive, "mais les pratiques d’une minorité de spécialistes portent préjudice à l’ensemble de la profession".

Depuis début 2013, les médecins ne peuvent plus facturer de suppléments d’honoraires lorsque leurs patients sont hospitalisés en chambre double ou commune. Certains ont donc très logiquement avantage à prendre en charge les patients en chambre particulière.

Les assureurs privés remboursent généralement ces suppléments dans leur intégralité. Eux aussi s’indignent de cette pratique. "De plus en plus de médecins n’interviennent tout simplement pas s’ils ne peuvent pas facturer de suppléments d’honoraires, affirme Birgit Hannes, directrice stratégie chez DKV, leader de marché. Nos statistiques révèlent que de plus en plus de clients optent pour la chambre particulière. Il ne s’agit certes pas d’une rupture radicale, mais d’un glissement tendanciel progressif."

"De plus en plus de médecins n’interviennent tout simplement pas s’ils ne peuvent pas facturer de suppléments d’honoraires"
Birgit Hannes
Directrice stratégie DKV

Même son de cloche chez AG Insurance. "De plus en plus souvent, des spécialistes renommés inventent des faux-fuyants pour éviter l’intervention sur un patient ayant opté pour la chambre commune, et la délèguent à un assistant", confirme Ellen De Vleeschouwer, responsable marketing Soins de santé chez AG Insurance.

Et les hôpitaux aussi…

À cela s’ajoute l’augmentation de la proportion de chambres particulières dans les hôpitaux. La moitié d’entre eux étant en perte, les établissements hospitaliers ont eux aussi tout intérêt à orienter les patients vers la chambre particulière. Ils peuvent en effet facturer le cas échéant des suppléments spécifiques. "Les hôpitaux tendent à faire de la chambre particulière la norme actuelle. Lors de chaque rénovation de leur structure, la proportion de chambres particulières augmente, note Paul Callewaert, secrétaire général aux Mutualités Socialistes. Manifestement, les hôpitaux misent sur le remboursement des suppléments parfois excessifs par les assureurs privés." Et ce, alors que traditionnellement, à peine un quart des patients optent pour la chambre particulière.

Le patient seul en chambre paie cinq fois plus que celui qui choisit une accommodation en chambre commune. Selon le baromètre des hôpitaux des Mutualités Chrétiennes, en 2013, la moyenne facturée par hospitalisation (et non par jour) s’élevait à 1.391 euros en chambre particulière et à 281 en chambre de minimum deux personnes.

Comble d’infortune: le coût de la chambre particulière ne cesse d’augmenter. "Ce qui donne évidemment naissance à un système de soins de santé à deux vitesses: une intervention de base pour les patients qui ne peuvent se permettre une assurance privée, et des soins étendus pour ceux qui ont les moyens de se l’offrir", regrette Paul Callewaert.

Pour les Mutualités Chrétiennes également, cette pratique est intolérable. "Le choix de la chambre ne peut en aucun cas influencer la disposition du médecin à soigner un patient!", s’indigne Marc Justaert, qui souligne que les mutualités limitent sciemment le remboursement des suppléments d’honoraires à 100% du tarif forfaitaire Inami, précisément pour contrer les augmentations de prix excessives.

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