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Faut-il donner de l'argent de poche?

L’argent de poche dans son acceptation initiale ne correspond plus à la réalité des besoins des ados d’aujourd’hui. Les repères sont brouillés. Pourquoi? Combien donner? Dans quelles conditions?
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(mon argent) - Que représente encore l’argent de poche aux yeux des jeunes? Et-il si loin le temps où l’on comptait avec frénésie les petis sous patiemment insérés dans la panse du cochon-tirelire, pour s’acheter des vignettes Panini ou des bonbons à la librairie du coin?

Aujourd’hui, l’argent est de plus en plus difficile à gagner… mais de plus en plus facile à dépenser. Par ailleurs, les aspirations ne cessent d’augmenter car les tentations sont toujours plus fortes. Et les repères se brouillent dès lors que besoin et plaisir s’enchevêtrent.

"Les jeunes sont conscients qu’aujourd’hui, il faut (dépenser) beaucoup pour être intégré à la société et y participer", constate Martine Cleckx, trendwatcher. Mais parallèlement, leur rapport à l’argent est moins ludique et moins fun. "Ils doivent composer avec des problèmes et des situations parfois difficiles et sont conscients que l’argent ne tombe pas du ciel."

Loisirs et plaisir… ou véritable besoin vital?

L’adolescence est la période où l’on construit son identité et son appartenance, au travers de repères culturels et sociaux essentiellement. "Le jeune classe ses semblables en fonction de leurs capacités à identifier et à s’approprier les codes de conduite et des habitudes de consommation dans des domaines ciblés (musique, vêtements, loisirs, multimédia et nouvelles technologies)", explique Hugues Delforge, sociologue à l’ULB.

Et aujourd’hui, la sociabilisation qui permet aux jeunes de devenir autonomes et de faire leurs expériences a un prix. "Des dépenses à priori connotées ‘plaisirs’ et ‘loisirs’ correspondent en réalité dans leur chef à des besoins quasi vitaux, dans le sens où elles sont indispensables à leur intégration et à leur participation à la société", observe la spécialiste des tendances. Ordinateur, GSM, Ipod, forfaits, connexions internet... Compte tenu de son besoin d’être en connexion permanente avec ses amis pour partager, échanger, dialoguer, le jeune fait un usage intensif des nouvelles technologies.

L’ado consommateur

Le sociologue spécialiste de la famille et des jeunes, étaye. "Notre société laisse très peu de place à ‘l’ado citoyen’ et ne lui reconnaît pas un statut à part entière. Sauf en matière de consommation! L’ado n’existe quasi exclusivement qu’en tant que consommateur. Il dispose d’ailleurs d’un véritable pouvoir prescripteur en la matière et est dès lors souvent la cible des marques."

Et de poursuivre: "Les jeunes sont très autonomes dans leur consommation culturelle. Ce sont souvent eux qui font les modes, et qui, reconnaissons-le, sont les plus aptes à donner des conseils car ils ont les compétences (notamment en matière de nouvelles techologies). Sans compter l’obsolescence programmée des objets et cycles de vie qui exerce une pression très forte sur eux."

Martine Clerckx observe néanmoins que les jeunes font preuve d’un grand pragmatisme. "Ils sont à l’aise dans la négociation et font circuler l’argent: ils achètent en tenant compte de la valeur de revente, sont actifs sur eBay, fréquentent les brocantes, les magasins de deuxième main... "

Repères brouillés

Un constat s’impose: les besoins de base des jeunes sont devenus beaucoup plus importants. "Le côté éducatif de l’argent de poche est ainsi moins fort qu’avant, car les repères des ados et de leurs parents!- sont brouillés", explique Martine Clerckx. "En comparaison avec les sommes qu’ils dépensent, l’argent que rapportent des petits services rendus au quotidien, du baby-sitting, et même certains jobs d’étudiants, semble un peu dérisoire", conclut-elle.

"On a d’ailleurs trop tendance à parler de l’argent de poche comme d’un ’gadget’, car pour les jeunes, c’est souvent la clé de l’accès à la socialisation", observe le sociologue de l’ULB. Qu’il le veuille ou non, l’adolescent qui rêve d’indépendance, reste largement dépendant de ses parents sur un point: les finances. Et sur ce plan, tous ne sont pas évidemment pas égaux.

Dans les familles moyennes et aisées, les jeunes reçoivent généralement de l’argent de poche. Mais dans les milieux plus défavorisés "c’est une honte de demander de l’argent de poche à ses parents. Cela renvoie par ricochet à la précarité, aux conditions de travail difficiles, au chômage..." Dans ces cas là, face au besoin, c’est la débrouillardise qui s’impose: travail au noir, "business", petits trafics, argent "gris".

Question de culture…

En tout état de cause, il faut réfléchir au sens que l’on donne à l’argent de poche. Déterminer un montant et définir précisément à quoi il va servir! Fixer des règles, aussi, et s’y tenir. Sera-ce une contribution symbolique ou conditionnée? Sur le fond, cela reste avant tout une question de culture et de choix familiaux.

Les enquêtes révèlent d’ailleurs de grandes différences dans une Europe véritablement divisée en deux. Les enfants des pays du sud (Italie, Espagne, Portugal, Grèce…) ont rarement de l’argent de poche. Lorsqu’ils en reçoivent, c’est à titre de récompense ou en cas de besoin avéré. Dans les pays du nord (Allemagne, Danemark, Belgique, Grande-Bretagne) en revanche, les enfants perçoivent en général de l’argent de poche dès leur plus jeune âge, et régulièrement. Aux revenus fixes s’ajoutent des "extras" à l’occasion de fêtes, d’anniversaires, de services rendus ou de résultats scolaires.

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