Mon argent La réponse à toutes vos questions d'argent

Garder les rênes de son portefeuille en période d'intense volatilité

Ignorez la volatilité, respectez votre profil et vos objectifs, raisonnez à plus long terme, et surtout, restez investi… et prêt à investir.
©AFP

Dans ces périodes où volatilité et incertitudes tiennent la vedette sur les marchés financiers, nombreux sont ceux qui perdent pied. "En particulier les plus novices qui remettent précipitamment en question leur stratégie d’investissement ou tirent carrément un trait sur les marchés", observe Maïté Brouns, Financial consultant chez Pareto. Ces décisions précipitées prises sous le coup de l’émotion et de biais cognitifs sont compréhensibles, mais elles témoignent d’une méconnaissance des mécanismes de base des marchés et risquent de mettre vos finances personnelles en péril.

"Certains chiffres en disent long sur la psychologie de l’investisseur", indique Corentin Minne, Founder Partner de Pareto. Selon les estimations des flux de collecte de Morningstar, les fonds à long terme domiciliés en Europe ont en effet enregistré des sorties record de 246 milliards d'euros en avril. Un montant qui éclipse le mois le plus sombre de la crise financière de 2007-2009 (108 milliards d'euros étaient sortis en octobre 2008). Les fonds obligataires ont perdu 140 milliards d'euros contre 54 milliards d'euros en 2008. 

Ne pas louper le coche

"La volatilité des marchés a toujours existé et reste inévitable", rappelle Corentin Minne, tandis que Nicolas Cellières, planificateur financier (Optivy), insiste sur "la nécessité de faire la différence entre une baisse de la valeur d’un portefeuille (qui reste relative et virtuelle tant qu’elle n’a pas été actée) et une perte. Une baisse va souvent influencer les gens dans leur décision d’acter une perte".

"L'histoire boursière a montré que les rendements les plus élevés ont été réalisés directement après une période de net déclin des marchés."
Nicolas Cellières
Planificateur financier (Optivy)

"Vendre au plus haut et acheter au plus bas est le rêve de tout investisseur, mais il est illusoire d’espérer pouvoir en profiter en permanence", recadre Maïté Brouns. "L’idéal est de maintenir un horizon de placement à long terme et d’ignorer la volatilité du marché. Se priver de la performance d’une séance boursière, d’autant plus si c’est une séance à ne pas rater, produit des effets à long terme dont on ne mesurera probablement l’ampleur que bien plus tard", poursuit Corentin Minne. La seule façon de ne pas rater le coche est de rester investi, et prêt à investir pour profiter des opportunités qui se présenteront.

Les leçons (encourageantes) de l'histoire

Certes, les performances du passé ne constituent pas une garantie pour l'avenir. Retenons toutefois que "l'histoire boursière a montré que les rendements les plus élevés ont été réalisés directement après une période de net déclin des marchés", dit Nicolas Cellières.

Evert van Meeuwen, gestionnaire de portefeuille chez NN, confirme dans un article publié sur le site de la banque que les scénarios du passé donnent certains repères et laissent des raisons d’espérer. "En 2008, la bourse américaine (S&P 500) avait perdu 55% en moyenne, et il avait fallu attendre 3 ans environ. En 2011, le S&P avait perdu 20% et il avait suffi de quelques mois pour remettre les compteurs à zéro". Dès lors, "pour un investisseur qui a un horizon de 8 à 19 ans, la meilleure solution est sans doute de laisser passer l’orage. Celui qui peut investir aujourd’hui aura de bonnes chances de rendement à l’avenir".

Il est évidemment impossible de dire combien de temps ceux qui n’ont rien vendu devront attendre avant d’effacer leurs pertes. La propagation des conséquences du coronavirus sur les Bourses est aussi brusque que rapide et son impact à court et moyen termes toujours très incertain. "Le virus a provoqué un arrêt brutal de la machine économique. Il n’y a aucune certitude sur le moment où elle se remettra en route. Comment les ménages et les entreprises vont-ils réagir au choc? Ces effets secondaires seront cruciaux pour l’économie et les performances boursières", explique Evert van Meeuwen.

Que faire concrètement, dans l'immédiat?

Chaque période de baisse apporte son lot d’opportunités. Mais la peur et l’incertitude freinent bien sûr les ardeurs des investisseurs. Comment faire lorsqu’on est contraint de marcher sur des œufs? "Procédez de manière progressive et diversifiée et gardez l’esprit les points suivants", conseille-t-on chez Pareto.

  • Ne désertez pas les marchés, mais privilégiez les entreprises de qualité;
  • Évitez d’entrer et sortir constamment du marché;
  • Raisonnez à long terme en vous interrogeant sur les mutations profondes de la société;
  • Résistez à la tentation de n’acheter que des valeurs à la mode dont le cours a forcément augmenté, car en procédant ainsi vous négligez un principe de base, la diversification, et vous achetez trop cher.
3
ans
En 2008, la bourse américaine (S&P 500) avait perdu 55% en moyenne et il avait fallu attendre 3 ans environ pour qu'elle efface ses pertes.

"La bonne stratégie pour profiter du rebond lorsqu’il se concrétisera, c’est d’investir en répartissant ses achats dans le temps", prône-t-on systématiquement chez Deutsche Bank, où l'on met en avant les vertus de l’investissement progressif en fonds, notamment pour les investisseurs peu aguerris.

S’agissant de votre portefeuille :

  • Déterminez votre horizon de placement (en respectant vos besoins et votre profil) et pensez un maximum à long terme;
  • S’il génère des revenus, il est impératif d’en tenir compte et de conserver davantage de liquidités;
  • Si le stress vous gagne, vendez un peu pour libérer la pression, mais ne prenez surtout pas de décision drastique (vendre tout);
  • Ne surveillez pas quotidiennement la valorisation: c’est source d’angoisse et cela conduit à des décisions irrationnelles. À moins que vous ayez beaucoup de cash et que vous souhaitiez profiter des fortes baisses pour acheter.

Gardez vos repères grâce à une feuille de route

En ces temps chahutés, il est d’autant plus essentiel - même si c'est compliqué - de prendre des décisions réfléchies. Cela nécessite de considérer son patrimoine financier dans sa globalité, insiste Nicolas Cellières.

Le planificateur financier a d’ailleurs développé une feuille de route en 4 étapes grâce à laquelle, assure-t-il, "il sera aisé de résister à ses émotions souvent mauvaises conseillères ainsi qu’aux sollicitudes d’un banquier qui se limiterait à vendre des produits".

  1. Établir son plan financier personnel (avec l’aide d’un professionnel) pour structurer son patrimoine. Pour ce faire, on liste:
    - ses objectifs prioritaires à court, moyen et long termes;
    - ses objectifs secondaires à court, moyen et long termes.
    Cela permet de déterminer les besoins de capitaux nécessaires dans diverses circonstances : retraite, financement des études des enfants, décès.

  2. Établir son profil d’investisseur
    "En général, on achète des produits d’investissement proposés par son institution financière, après avoir rempli un questionnaire pour établir un profil d’investisseur. Une étape cruciale pour déterminer la tolérance au risque et à la volatilité".
    Cet exercice doit être répété régulièrement. "Votre profil peut en effet évoluer sensiblement en fonction de vos besoins de votre perception de la situation macro-économique, comme c’est le cas actuellement", insiste Nicolas Cellières.

  3. Analyser la répartition de ses avoirs par classe d’actifs (toutes institutions financières confondues)
    Dressez l’inventaire de vos actifs (liquidités, produits à revenus fixes, actions et produits assimilés), et confrontez-le ensuite avec vos objectifs à court, moyen et longs termes, afin de vérifier si votre stratégie et vos choix d’investissement sont cohérents."L’analyse doit porter sur tous les actifs, plans de pensions complémentaires compris. La plupart des gens ne savent en effet pas dans quoi ils sont investis", constate le spécialiste.

  4. Corriger le tir
    Une fois que ce bilan est fait, il ne vous reste plus qu’à corriger le tir en rééquilibrant si nécessaire les classes d’actifs.
    Prévoyez toujours une réserve qui équivaut à 6 mois de revenus pour faire face à des dépenses ou frais imprévus.
Tout savoir sur le coronavirus Covid-19

La pandémie de coronavirus Covid-19 frappe de plein fouet la vie quotidienne des Belges et l'économie. Quel est l'impact du virus sur votre santé et sur votre portefeuille? Les dernières informations et les analyses dans notre dossier. 

Par thématique:

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés