Mon argent La réponse à toutes vos questions d'argent

Job étudiant perdu: aides pour tenir et rebondir rapidement

Il existe une palette d'aides pour les étudiants en détresse financière, en complément des bourses et du CPAS. Et une piste pour retrouver un job: l'intérim.
Pourvoyeurs traditionnels de jobs d'étudiants, l’horeca, la culture et les loisirs sont au tapis depuis des mois. Mais l'intérim peut être une solution pour les étudiants qui ont besoin de travailler. ©Hollandse Hoogte / Peter Hilz

Un triste et angoissant cri du cœur résonne désormais: des jeunes sont en détresse. Affective, sociale, mais aussi souvent financière. Du jour au lendemain, de nombreux étudiants ont notamment perdu un job qui, pour certains, était tout simplement vital pour financer leurs études.

Pourvoyeurs traditionnels de petits boulots, l’horeca, la culture et les loisirs sont au tapis depuis des mois - et qui sait pour combien de temps. Même les occasions de rendre ponctuellement de petits services de baby-sitting, de jardinage ou autre, pour gagner de l’argent de poche, se sont évaporées.

Stress économique et psychosocial

L’année académique avait démarré sur un mode branlant, mais les chanceux qui avaient réussi à dégoter un petit boulot ont souvent déchanté dès la mi-octobre. Pour beaucoup, c’est carrément la disette depuis bientôt un an. Un stress économique qui s’accompagne souvent de difficultés psychosociales liées à l’isolement. Décrochage, questionnement sur le sens même des études qu’ils ont entreprises, alors que les perspectives d’emploi et de carrière sont, elles aussi, totalement brouillées.

Les universités et hautes écoles sont sur le pont depuis le début de la crise pour épauler tous ceux qui sont en précarité ou qui connaissent des difficultés passagères liées aux circonstances.

On ne peut cependant se borner à ce constat en restant les bras croisés. Car des solutions et des aides existent! Elles doivent être connues, sollicitées et exploitées. Pour retomber sur ses pattes ou, à tout le moins, tenir le coup le temps qu’il faudra. Et entre-temps, pouvoir se consacrer à ses études l'esprit un peu plus serein. Retrouver des sources de motivation et faire feu de tout bois pour s’adapter aux circonstances et, le jour venu, être dans les "starting-blocks" pour faire partie des gagnants de la reprise (lire encadré: S'accrocher au marché du travail via l'intérim).

L'aide sociale variée des unifs et hautes écoles

Les universités et hautes écoles sont sur le pont depuis le début de la crise pour épauler tous ceux qui sont en précarité ou qui connaissent des difficultés passagères liées aux circonstances. Et elles tiennent à le faire savoir à ceux qui ignorent encore l’existence des multiples facettes du filet de protection sociale destiné aux étudiants (et à leurs familles).

Mais les responsables des services sociaux le concèdent: les efforts de communication déployés à travers les réseaux sociaux et canaux habituels ne remplaceront jamais le bouche-à-oreille, les affiches et panneaux sur le campus, ou les papotes dans les couloirs des auditoires pour faire circuler l’information, partager des bons plans et aiguiller son pote en détresse vers le bon service. C'est encore plus vrai pour les étudiants de BAC1 qui n’en ont jamais vraiment fait l’expérience et qui sont un peu hors radar.

"La perte d’un job, mais aussi un parent en chômage temporaire ou licencié, une pension alimentaire impayée, un décès… L'étudiant peut basculer dans la précarité financière très rapidement."
Ahmed Medhoune
Département des services à la communauté de l'ULB

Un job souvent vital

Difficile de dire avec précision combien d’étudiants ont un job. Un tiers environ? Dans une étude publiée en juin 2020, Randstad avançait même le chiffre de 84% (certains à l’année, d’autres ponctuellement ou durant les congés ou l’été). Ce qui est sûr, c’est qu’ils sont toujours plus nombreux et que "la précarisation de leur vie économique est très souvent liée au job", constate Ahmed Medhoune, du Département des services à la communauté de l’ULB. "Et ce, alors que, comparativement, en Belgique, le coût des études reste pourtant très démocratique."

Les hautes écoles et universités comptent, en outre, de plus en plus d’étudiants de condition modeste et de candidats boursiers (1/6 des étudiants à l’UCLouvain, par exemple). C’est une tendance de fond. "L’année dernière, les services sociaux ont vu arriver un nouveau public. Des étudiants qui auraient sans doute déjà pu prétendre à une aide et qui n’avaient pas encore franchi le pas, par pudeur, mais qui désormais ne s’en sortent plus", observe Frédéric Giozzet, assistant social (Service d’aide aux étudiants, UCLouvain).

Cela peut basculer très vite. "La perte d’un job étudiant, un parent qui est en chômage temporaire ou licencié, une pension alimentaire impayée, un décès… On ne compte pas les aléas susceptibles de fragiliser un jeune qui était déjà à la limite de la précarité financière...", explique Ahmed Medhoune.

Frapper à plusieurs portes

Les travailleurs sociaux constatent aussi que, curieusement, les étudiants et leurs familles ont trop vite tendance à s’exclure d’office des aides et à s’autodiscriminer. "Contrairement à l’idée classique que l’on s’en fait, le CPAS n’est pas le dernier recours ou la solution réservée aux seuls indigents", souligne Ahmed Medhoune. "Nous voulons inciter les familles à introduire des demandes auprès des services sociaux. Rien que la gratuité ou la réduction du minerval (plus de 800 euros), par exemple, ce n’est pas négligeable", insiste de son côté Frédéric Giozzet. 

Car les aides des universités et hautes écoles sont complémentaires et distinctes de celles octroyées par les CPAS  ou dans le cadre des bourses de la Fédération Wallonie Bruxelles! Il ne faut donc pas se contenter de frapper à une seule porte.

Quel est le trajet à suivre pour les demandes?

Le CPAS est la structure qui propose l’aide la plus complète. "C’est en général le premier recours pour les étudiants en rupture familiale, qui sont isolés et indépendants sur le plan fiscal. Des étudiants qui vivent d'ailleurs pour la plupart uniquement de leur job. Le CPAS prend en charge leur logement, leurs frais de santé et de nourriture. Il peut éventuellement aussi suppléer au remplacement de job pour les périodes d’études et d’examens. De leur côté, les services sociaux de l’université peuvent intervenir en complément pour couvrir d’autres frais (liés aux études par exemple)", détaille Frédéric Giozzet.  

 Dans les autres cas, si l’étudiant est majeur, c’est lui qui doit introduire une demande d’aide auprès du service social. "On commence par le rencontrer et on lui fait remplir un formulaire (allocations familiales, revenus mensuels et loyer éventuel des parents, coûts des études, des stages et du matériel, etc.) qui servira de base à une enquête sociale pour déterminer les aides et réductions auxquelles le jeune a droit : minerval, kot, petits frais extra-académiques, etc. Et si ces aides ne suffisent pas, en fonction de ce qu’a révélé l’enquête sociale, les parents peuvent être dirigés vers le CPAS", détaille Frédéric Giozzet.

Répondre à l'urgence

Pour répondre à l’urgence liée à la crise sanitaire et tenir compte de la fragilisation croissante, "nous avons dû assouplir les filtres classiques de l’analyse de la situation de l’étudiant, instaurer des contrôles a posteriori et surtout, accélérer le traitement des dossiers", explique Ahmed Medhoune. "Aujourd’hui, entre la demande de rendez-vous et le versement de l’aide sur le compte du bénéficiaire, il s’écoule de deux à trois semaines. À titre de comparaison, au CPAS, il faut compter au minimum un mois et une semaine…"

"Une enquête sociale est effectuée pour déterminer les aides et réductions auxquelles le jeune a droit. Il ne faut pas hésiter à frapper à plusieurs portes."
Frédéric Giozzet
Assistant social au Service d'aide aux étudiants de l'UCLouvain

A l’ULB, "beaucoup d’étudiants ont profité des aides au logement, de l’accès wifi gratuit, du prêt et du don de PC, de consultations médicales gratuites par téléphone, de la distribution de colis alimentaires et même d’aide à l’achat de produits d’hygiène intime et de masques qui représentent un budget conséquent", poursuit-il.

Indemnité jobiste pour les périodes de blocus et d'examens

Pour permettre à l'étudiant qui doit assurer dès le début de l'année académique une partie de ses ressources par un travail régulier, de préparer ses examens, l'ULB lui octroie (moyennant le respect de certaines conditions) une allocation lorsqu'il suspend son contrat de travail durant cette période.

Pour les demandes d’aide d’urgence, l’UCLouvain a de son côté mis en ligne un formulaire simplifié "Covid" qui a principalement été utilisé pour obtenir un remplacement au job étudiant ou un PC pour les cours en  ligne. 200 PC reconditionnés ont ainsi été offerts, et les autres demandeurs ont bénéficié d’une aide financière à l'achat (dégressive en fonction de l’année d’études: de 85% en BAC 1 à 25% en Master 2 et plafonnée à 650 euros).

Priorité aux boursiers pour les jobs internes

Les universités accordent traditionnellement la priorité aux étudiants boursiers pour les jobs internes. Beaucoup travaillaient ainsi dans les restaurants universitaires, par exemple… "S’ils introduisent une demande, ils peuvent obtenir en compensation une aide sonnante et trébuchante pour leur logement et les frais inhérents aux études", explique Philippe Hilligsmann, vice-recteur de l’UCLouvain.

A partir de février, dans le cadre du renforcement du dispositif d’aide à la réussite, des postes de tuteurs/tutrices disponibles seront accordés prioritairement à ceux qui ont perdu leur job. Lesquels seront également prioritaires pour renforcer les équipes chargées de la logistique, du respect des règles sanitaires et de la surveillance lors des examens.

S'accrocher au train du marché du travail via l'intérim

Alors que la situation reste très compliquée sur le marché du travail, l’intérim peut faire office de cocon pour les jeunes en quête d’un job ou d’un premier emploi.

"Entre novembre 2019 et 2020, les prestations d’intérim ont certes baissé de 10,45%, mais dans ces statistiques, les étudiants sont logés à la même enseigne que les autres. Depuis novembre, l’activité a recommencé à frémir et la tendance se confirme. Si l’horeca, les loisirs et l’événementiel, traditionnels gros pourvoyeurs de jobs étudiants, sont totalement à l’arrêt, d’autres continuent d’engager, parfois massivement: les transports et la logistique, l’alimentation, le pharmaceutique, la santé, le nettoyage et l’aide aux personnes", cadre Jonathan Penninckx, Sales & Operations manager chez Manpower.

L’intérim a l’avantage d’être en connexion directe et en temps réel avec les besoins du marché. Passer par la case "intérim", c’est au moins avoir l’assurance d'être dans le mouvement et bien guidé pour acquérir un profil attractif. En résumé, vous vous constituez un passeport carrière en voyageant d’une fonction à l’autre pour arriver à la destination finale souhaitée.

La priorité pour les intérimaires, qu’ils soient jobistes ou fraîchement diplômés, c’est de travailler leur employabilité, explique Jonathan Penninckx.

C'est tout le sens du projet "MyPath" (littéralement: mon chemin), qui a déjà fait ses preuves en France et sera lancé très bientôt en Belgique. "Manpower accompagne et guide les candidats en leur proposant un parcours professionnel sur mesure pour développer leur employabilité en fonction de leurs objectifs, en privilégiant l’acquisition de compétences-clés pour les fonctions et les métiers qui seront les plus demandés à l’avenir", résume le spécialiste. "Nous faisons en sorte qu’un candidat suive des formations et accepte des missions qui, même si elles ne correspondent pas au job de ses rêves, lui permettront au fur et à mesure d’accumuler de l’expérience et de valider les compétences à acquérir. Le candidat reçoit le feed-back de chaque employeur et bénéficie d'un suivi coaché par un ‘talent agent’."

Autre corde à mettre à son arc: suivre des webinaires. Si leur contenu n’est pas forcément certifiant, ils contribueront à élargir ses compétences et constitueront un plus à l’embauche.

Enfin, attention, le CV classique continue d’exister. "Et les recruteurs utilisent de plus en plus des moteurs de recherche pour sélectionner des critères spécifiques." Il est donc impératif d’utiliser des mots-clés. "Nous connaissons les termes qui sont utilisés et nous aidons les candidats à rédiger leur CV en conséquence", conclut Jonathan Penninckx.



Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés