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Le retour du franc belge serait une catastrophe

Le 1er janvier 2012, l'euro fêtera ses 10 ans. Mais plus que jamais, les marchés remettent en question son existence. En cas de retour du franc, il faut s'attendre à une contraction économique d'ampleur inégalée.
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francs belges ©Photo News

Actuellement, les économistes sont relativement unanimes: si l'éclatement de l'euro était une hypothèse que personne n'envisageait il y a un an, la menace est désormais bien réelle dans le chef des experts. Même si ce n'est pas encore le scénario de base des grandes institutions financières. Cependant, les experts n'hésitent plus à évoquer ce qui pourrait nous arriver dans l'hypothèse d'un retour au franc belge. Et leurs perspectives sont loin d'être rassurantes.

Forte dévaluation

Chez ING Belgique, Peter Vanden Houte (économiste en chef) estime à 15% la probabilité d'assister à un éclatement de la zone euro. Dans une telle hypothèse, les différentes devises nationales seraient forcées de se réajuster par rapport au mark allemand, qui serait la devise la plus forte. "Les pays les mieux placés, comme les Pays-Bas, l'Autriche, la Finlande ou le Luxembourg, ne verraient leur devise dévaluer que de 5 à 10%. La Belgique serait juste dans le sillage de ce groupe, avec la France. Pour la Grèce, il faut s'attendre à un recul de plus de 60%, si on se base sur l'exemple de l'Argentine en 2001 lorsqu'elle abandonna l'ancrage au dollar américain. Même compte tenu de la restructuration de sa dette, l'endettement de la Grèce restera très élevé jusqu'en 2020. Cela laisse penser qu'une nouvelle opération risque d'être nécessaire dans les années à venir. D'autant que les taux dans la périphérie restent beaucoup plus élevés, et que le risque de rationnement du crédit est bien réel".

Contraction de 10%

Mais l'ajustement des taux de change et le regain de productivité qu'autorisera une devise plus faible ne constitueraient qu'une petite partie des répercussions d'un retour du franc belge. "Les gens se trompent s'ils pensent que cela ne fera pas mal", prévient Peter Vanden Houte (ING Belgique). Nous perdrions en effet le bénéfice d'être dans une grande zone monétaire (estimé à environ 2% du PIB), et le système financier, en état de choc, devra être soutenu. Lors de la faillite de Lehman, le PIB des économies occidentales s'est contracté de 4 à 5%. En cas d'explosion de l'euro, le ralentissement économique atteindra jusqu'à 15% du PIB dans certains pays (et 10% en Belgique). Après 5 ans, nous tablons sur l'augmentation de 17,5% du taux d'endettement belge, avec les conséquences que l'on imagine sur le poids de la dette, le déficit budgétaire et sur les mesures d'économies drastiques qui s'imposeront. Aucun pays ne sera épargné par ce tsunami économique, ce qui pousse les économistes à rester relativement optimistes quant à l'éventualité d'un éclatement de la zone euro.

Impact sur investissement

Peter Dijkstra (CIO de Kempen & Co) estime que les politiques traîneront les pieds tant "qu'ils ne constateront pas que le risque d'une explosion et d'une déflation généralisée n'est pas devenu  réalité, ou qu'une grande banque des pays centraux ne sera pas menacée de capoter suite à l'extension de la crise de confiance". Pour les investissements, les perspectives sont radicalement différentes selon que l'euro survive ou pas. Peter Dijkstra estime que les actions européennes ont un potentiel haussier de 25% si l'euro survit (ce qui est son scénario central), mais risquent de s'effondrer de 23% si la zone éclate. Dans un tel cas de figure, il souligne que l'ensemble des  marchés boursiers seront affectés et qu'il faudra les éviter à tout prix. Les classes les moins risquées seront les obligations d'entreprise de haute qualité et les obligations des pays centraux (Allemagne, Pays Bas). "Si l'euro survit, nous aurons certainement une récession en 2012, et nous pensons que la BCE abaissera son taux central vers 0,5%. Pour restaurer la compétitivité de la périphérie, la devise européenne doit s'affaiblir de 25% par rapport au reste du monde".

Change en baisse

Que ce soit dans le cadre d'un scénario de maintien de l'euro ou de retour du franc belge, notre monnaie risque donc bien de dévaluer fortement dans les 12 mois à venir. Cela pourrait  paradoxalement avoir des conséquences positives sur des secteurs qui réalisent la majeure partie de chiffre hors de la zone euro, comme les constructeurs automobiles, l'industrie pharmaceutique ou des semi-conducteurs. C'est en tout cas l'avis du Crédit Suisse, qui voit l'euro s'affaiblir vers 1,2 dollar en 2012.

1.891.941 francs pour une voiture

Même si l'introduction de l'euro a constitué un avantage indéniable pour voyager, "les consommateurs n'ont jamais été très heureux avec l'euro. Ils ont toujours gardé cette perception initiale qu'il était synonyme d'augmentation des prix", constate André Sapir, économiste du centre Bruegel de recherche sur les politiques économiques en Europe. Si la BCE a effectivement veillé à la stabilité des prix (avec une inflation limitée à 2% par an en moyenne depuis 1999), la focalisation des consommateurs sur leurs achats quotidiens comme le pain ou l'essence a provoqué un phénomène d'inflation ressentie dans tous les pays où l'euro a été introduit.
Et ceux qui font toujours la conversion dans leur monnaie nationale "la font fatalement avec les prix d'il y a 10 ans", d'où le sentiment d'inflation élevée qu'éprouvent encore aujourd'hui de nombreux Européens, explique André Sapir.

Mon Argent s'est prêté à l'exercice. Voici quelques exemples de prix actuels convertis en francs belges: une place de cinéma à Bruxelles (375 francs), 1 kilo de bavette de boeuf (512 francs), 3 kilos d'oranges de table (209 francs), un pain blanc de 800 grammes (75 francs), une grande pizza Suprême livrée à domicile (746 francs), une BMW 525d (1.891.941 francs), 1 litre de diesel (59 francs), 1 litre d'Eurosuper 95 (65 francs).

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