Les "apps", c'est bon pour la santé

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Andaman7 le prouve: l’e-santé est en plein essor. Grâce aux apps et aux appareils connectés, vous deviendrez bientôt de vrais copilotes de votre santé. Le partage de l’information médicale est la clé du progrès. Quelles sont les implications de cette révolution en cours pour les patients?

Le CHU de Liège vient de signer un partenariat avec la start-up Andaman7. Cette société  a créé une plateforme sécurisée pour l'accès aux données médicales et leur partage, entre médecins et patients. Autrement dit, les patients peuvent désormais avoir leur dossier médical à portée de main sur leur smartphone via l'application Andaman7 (voir encadré ci-dessous).

Celle-ci vient s'ajouter aux 160.000 applications (apps) dédiées à la santé et au bien-être. Et le créneau est quasi inépuisable car la santé est le domaine qui profitera le plus des technologies numériques. Mais entre le gadget sympa qui permet au joggeur d’évaluer ses performances en surveillant au passage l’une ou l’autre constante, et une app qui transmet des informations parfois vitales pour la prévention et le diagnostic ou qui permet à un malade d’adapter lui-même sa dose de médicaments, il y a un monde… dans lequel les autorités s’emploient à fixer des priorités et à définir un cadre sécurisé. Car actuellement, il n’existe aucune réglementation ni cadre juridique, et le modèle de financement pour les prestataires de soins reste à définir.

Remboursées par l’INAMI?

"L’e-santé a démarré comme un TGV. On ne l’arrêtera plus", déclarait la ministre de la Santé Maggie De Block, à l’automne dernier, après avoir été contrainte d’actualiser son plan d’action "e-santé 2013-2018" pour lui adjoindre in extremis un volet "mobile health".

Fin juin, un appel à projets pilotes a été lancé par la ministre pour des apps dans 5 thématiques prioritaires: diabète, santé mentale, AVC, maladies cardio-vasculaires et douleurs chroniques. Les apps qui seront sélectionnées devront être validées médicalement et présenter les garanties nécessaires en termes de sécurité et de protection de la vie privée. A terme (sans doute d’ici 2018), elles pourraient bénéficier d’un code de nomenclature et être remboursées par l’INAMI. En coulisses, les choses se préparent...

"Nous sommes initialement focalisés sur trois points", explique Frank Robben, General manager de la eHealth-platform:

1. S’assurer que les apps soient utiles et "evidence based", en d’autres termes qu’elles présentent un intérêt du point de vue de la qualité des soins. "Et si des apps dans un autre domaine que les 5 prédéterminés s’avèrent pertinentes, on se montrera ouverts et pragmatiques", ajoute-t-il.

2. La sécurisation des envois et des échanges. "Le principal problème, à savoir le contrôle d’accès, (gestion des utilisateurs et accès au dossier du patient) est aujourd’hui réglé", assure Frank Robben. L’application sera installée sur l’appareil mobile et l’authentification se fera au moyen de la carte d’identité électronique et d’un "one time password" de 30 secondes.

3. L’interopérabilité. Les communications se feront via le DMI (lire lexique). Les messages envoyés seront stockés dans une banque de données sécurisée.

Lexique

LE DMI. Le dossier médical informatisé permet au médecin généraliste d’enregistrer les données d’un patient de manière électronique et structurée.

Ces données proviennent de différentes sources:

  1. du patient (données socio-administratives, description personnelle de données concernant la maladie ou la santé);
  2. du médecin traitant:  actes professionnels (anamnèse, diagnostic, hypothèses de décision, résultats d’examens, traitements), processus de réflexion (hypothèses, diagnostics différentiels);
  3. de tiers: autres professionnels de la santé qui traitent le patient, mais qui n’ont pas de dossier électronique | non-prestataires de soins (informations communiquées par des membres de la famille, amis ou connaissances du patient).

Grâce aux appareils mobiles connectés et aux apps, le patient peut contrôler lui-même une série de paramètres dans une optique préventive ou curative, mais aussi transmettre en "live" au médecin des données ainsi que des observations relatives à son traitement.

Si l’utilisation combinée des smartphones et des capteurs mobiles relève encore souvent du gadget (utile) et de l’autosurveillance, les études montrent que l’interaction et les aspects "ludiques" des apps constituent un réel adjuvant pour les patients qui les utilisent en support d’un traitement ou d’un programme: perte de poids, sevrage tabagique, gestion de l’hypertension, réduction du cholestérol, mesure du taux d’alcoolémie, programme de fitness, suivi de la fertilité, etc. "Certaines apps vont plus loin, par exemple en détectant des anomalies du rythme cardiaque ou en permettant de régler soi-même sa pompe à médicaments", ajoute Frank Robben.

"Dans cette perspective plus aboutie, la vérification de la fiabilité des outils connectés (appareils de mesure, etc.) et l’éducation du patient à leur utilisation ainsi qu’à l’interprétation éventuelle des données sont également cruciales", insiste Muriel Lona, coordinatrice du service Etudes & Innovation des Mutualités Libres. C’est un sacré défi aussi. Car l’objectif n’est évidemment pas de tomber dans l’auto-diagnostic hâtif ou l’automédication hasardeuse.

Le cadre sera donc strictement balisé et le passage par la case "médecin" restera incontournable. Médecins qui risquent d’être bombardés de nouveaux outils et d’informations à gérer. "Il faut repenser la responsabilité juridique du médecin. Imaginons un généraliste qui a 1.200 patients, dont 25% sont des malades chroniques. Si la moitié de ceux-ci envoie régulièrement des informations à leur médecin, où s’arrête la responsabilité de celui-ci? Qu’est-il censé faire (de ces informations)? À quelle fréquence doit-il les traiter/réagir? Et in fine, comment sera-t-il payé pour ce nouveau type de prestations à distance? Ces aspects sont évidemment pris en compte dans le nouveau système de financement de l’INAMI", assure Frank Robben. Il y a donc une série de chantiers périphériques en cours. Et l’e-santé n’en est qu’à ses débuts…

Le paysage de l’e-santé en 2019

L’avènement des apps à usage médical validées par l’INAMI fait partie du paysage de l’e-santé en 2019, défini par la ministre fédérale de la Santé, Maggie De Block et ses collègues régionaux. Dans leur plan d’action en 20 points visant à optimiser les possibilités de l’e-santé, l’accent a été mis plus spécifiquement sur la collaboration multidisciplinaire, le "mobile health", et la réduction de la paperasse.

Le partage des données

Le préalable indispensable à l’avènement de ce plan global est le consentement donné par les patients à l’ouverture d’un dossier médical informatisé (DMI) auprès de leur généraliste (lire lexique). "Actuellement, quelque 3,8 millions de personnes ont donné leur ‘consentement éclairé’ au partage électronique de leurs données médicales. Et elles sont 40.000 de plus chaque semaine", assure Frank Robben.

Concrètement, en donnant son "consentement éclairé", le patient accepte que les dispensateurs de soins (médecins, pharmaciens, hôpitaux, infirmiers, etc.) qui le soignent, partagent des informations relatives à sa santé, dans un cadre sécurisé et dans le respect des règles de protections de la vie privée. "Ce sont vos données et elles sont protégées. Vous pouvez à tout moment décider de les partager (partiellement) ou pas/plus, et avec qui", précise l’INAMI. L’accès pourra être soumis à des filtres (selon que l’information est ou non pertinente pour telle ou telle personne), tant du côté des prestataires que du côté du patient. "Dans ces conditions, je ne vois vraiment pas qui pourrait trouver une raison de s’opposer au DMI", insiste Frank Robben, particulièrement confiant et enthousiaste par rapport aux perspectives offertes par l’e-santé.

Les échanges et le stockage de données se feront via une plate-forme consolidée, dans des coffres-forts sécurisés, sur des Hub’s ou via le cloud (privé).

Des informations pourront également être ajoutées par les mutuelles, la banque-carrefour de la sécurité sociale ou d’autres sources utiles (déclarations de volonté du patient en matière de don d’organe ou d’euthanasie, par exemple).

Tous gagnants

Pour le corps médical, l’avantage de cette communication et de l’accès à l’historique du patient constamment actualisé est évident: gain de temps et d’efficacité, amélioration du diagnostic, personnalisation du traitement, rationalisation des examens et analyses, consultation des schémas de médication, etc.

Le patient, lui, deviendra un "copilote" de sa santé. À partir de 2018, il aura à sa disposition, en ligne, toute l’information qui le concerne via divers canaux sécurisés (comme une app installée sur son smartphone, par exemple) et pourra ainsi jouer un rôle plus actif dans la gestion de sa santé, notamment en ajoutant des informations à son dossier et en dialoguant avec son médecin. Grâce à des appareils mobiles et apps validés, il suivra personnellement une série de paramètres (pouls, pression artérielle, etc.)

Sur le plan admnistratif, le patient ne recevra plus de papiers de son médecin.

  • L’attestation des soins dispensés sera transmise par voie électronique à la mutuelle.
  • La prescription de médicament sera chargée dans un espace sécurisé d’où les pharmaciens pourront la télécharger.
  • L’attestation d’incapacité de travail sera envoyée en format électronique à l’employeur et le patient recevra l’accusé de réception.
ANDAMAN 7 structure la communication patient-médecin-entourage

L’app pour smartphones et tablettes, "Andaman 7" développée par la start-up du même nom a décroché l’Agoria e-health Awards-Mobile health 2016. Dans la droite ligne du dossier médical informatisé (lire lexique) elle permet au patient de créer une communauté composée de personnes de confiance (famille, médecins, infirmiers, amis…) avec lesquelles il décide de partager ses informations médicales personnelles qui seront régulièrement mises à jour et enrichies. Commentaires sur les traitements, les effets secondaires, rappels de vaccins, de rendez-vous, etc. "L’app a vocation à structurer la communication patients-médecin-entourage qui est une composante très importante des soins, et à stocker les échanges", explique Vincent Detourbe, COO de Andaman 7.

"L’accès à ce dossier médical synchronisé est hautement sécurisé, assurent les concepteurs de l’app. Aucune donnée médicale n’est stockée sur des serveurs ou dans le cloud. Tout est conservé dans les appareils des personnes habilitées à consulter le dossier."

L’app est gratuite et disponible sur IOS et Android.

Depuis son lancement, Andaman 7 a déjà séduit de nombreux patients et médecins (dans une proportion 70%-30%, nombre de téléchargements non communiqué). "Pour l’heure, la majorité des patients se borne encore à encoder des données à usage personnel comme les dates et rappels de vaccins, etc. La boucle sera vraiment bouclée quand tous les patients auront du ‘répondant’ du côté médical", ajoute Vincent Detourbe.

Participation à l’appel à projets pilotes

En attendant, la société, qui bénéficie déjà d’une belle notoriété participe à deux appels à projets pilotes lancés par Maggie De Block. "Pour les apps de santé, nous travaillons en partenariat pour développer des projets plus spécifiques à partir de notre outil, comme par exemple le suivi de patients diabétiques", indique Jérémy Bachelet, responsable marketing. "Nous avons aussi déjà été contactés par une dizaine d’hôpitaux bruxellois et wallons qui sont intéressés par un suivi des patients lors de l’hospitalisation à domicile, dans le cadre des soins en oncologie notamment", ajoute Vincent Detourbe.

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