Les femmes appréhendent différemment l'investissement

Charlotte de Montpellier, ING. ©Saskia Vanderstichele

Le "gender gap" se manifeste aussi en matière d’investissement. Les femmes investissent moins et différemment. Ce n’est pas un problème en soi, mais en être conscient permet d'en tirer de précieux enseignements.

Les résultats des enquêtes réalisées au fil des ans par ING montrent systématiquement que les femmes agissent différemment qu’il s’agisse d’épargner, de placer de l’argent ou de l’utiliser. Le Focus Patrimoine (mars), " Hommes et femmes: des regards différents sur l'investissement" confirme la tendance. L’économiste Charlotte de Montpellier qui a piloté l’étude et analysé ses résultats, n’est pas vraiment surprise.

Le constat est clair et logique à la fois. Les femmes sont moins nombreuses que les hommes à investir (23% contre 37%) et celles qui se lancent y consacrent des montants moins élevés. Parmi les femmes qui investissent, 40% y consacrent moins de 25.000 euros et 33% entre 25.000 et 250.000 euros.

25.000 euros
Montant investi
Parmi les femmes qui investissent, 40% y consacrent moins de 25.000 euros.

Seules 20% déclarent que la somme totale de leur épargne est supérieure à 12 mois de salaire (30% des hommes), alors que 16% ont une épargne inférieure à un mois de salaire net !

Et cela s’explique. Les femmes accumulent moins de patrimoine, notamment en raison des inégalités persistantes sur le marché du travail (carrières fractionnées et souvent incomplètes, écart salarial qui atteint 31,1% sur base annuelle). Elles font dès lors preuve d’une saine prudence.

Mais si elles sont en retrait, c’est aussi parce qu’elles doutent de leurs capacités, ce qui impacte leur confiance et bride leurs décisions. "Les hommes réalisent effectivement de meilleurs scores aux tests, mais principalement sur des questions très pointues de type: ‘quel serait l’impact sur les obligations d’un relèvement de taux de la BCE’", nuance la jeune économiste d’ING. Toujours est-il qu’elles sont nombreuses à estimer qu’elles devraient en connaître davantage pour investir plus. "Il y a là un beau défi d’éducation financière à relever", estime Charlotte de Montpellier.

Les bons réflexes

Les femmes sont pourtant loin d’avoir tout faux en matière de stratégie! Elles suivent en effet assez scrupuleusement les préceptes de base qui sont servis aux investisseurs (débutants en particulier). Lorsqu’elles décident d’investir, elles adoptent ainsi de bons réflexes: elles s’informent davantage, sont plus conscientes des risques et moins sujettes aux excès de confiance. Elles adoptent une stratégie à plus long terme et font moins de transactions impulsives..

Elles ont en revanche une plus grande aversion au risque et sous-estiment les possibilités de gains. C’est donc assez naturellement qu’elles affichent bien plus souvent que les hommes un profil d’investisseur défensif et qu’elles ont tendance à privilégier les obligations alors que les hommes préfèrent les actions, révèle encore l’étude.

"Le fait de prendre conscience de l’existence d’approches différentes (gender gap) nous permet de réfléchir et de remettre éventuellement en question les choix d’investissement que l’on fait."
Charlotte de Montpellier
Economiste, ING

"L’aversion au risque n’est évidemment pas négative en soi. Tout dépend des conditions de marché. Si celles-ci sont favorables, on profitera moins des opportunités, alors que si les temps sont chahutés, on sera davantage à l’abri. Et il n’est en tout cas pas question de conclure qu’il y a une bonne et une mauvaise stratégie d’investissement ou une voie à suivre à tout prix ! L’essentiel est d’être conscient de l’existence de ces différences d’approche liées au genre pour en tirer partisouligne Charlotte de Montpellier. Cela peut par exemple être utile si on souhaite diversifier ses investissements au sein d’un couple. En combinant deux approches, on est plus à même de couvrir tous les scénarios de marchés ".

 "Le fait d’être conscient du gendre gap permet de l’utiliser comme une force. De s’interroger sur ses propres choix à la lumière de ce constat", souligne l’économiste qui fait un parallèle avec une observation qu’elle a faite sur les bancs de l’université. "Si dans les auditoires, parmi les étudiants en économie, en gestion ou en finances la proportion hommes-femmes est à peu de choses près de 50/50, au moment du choix des options le 'gap' se creuse nettement. La macroéconomie et la finance pure restent majoritairement l’apanage des hommes". Pourquoi? Question d’affinités? De clichés qui se perpétuent encore? "La vraie question à se poser est la suivante, estime-t-elle : 'Je n’envisage pas cette option parce que je pense que ces matières sont destinées aux hommes ou simplement parce qu’elles ne m’intéressent pas ?’"


"De la même manière, le fait d’être conscient de l’existence d’un biais  et de stéréotypes doit aider à aller de l’avant en suscitant la réflexion pour ouvrir ainsi le champ des possibles en matière d’investissements. Pourquoi ne pas s’informer, faire un test avec des produits plus sophistiqués et voir ce que cela donne, plutôt que les exclure d’emblée, par exemple ?"

Handicap pour la pension

Le relatif "déficit" d’investissement des femmes les handicape à doublement à la pension. En effet, alors que leur espérance de vie est en moyenne supérieure de près de 5 ans à celle des hommes, leurs trois piliers de pension (pension légale, pension complémentaire et épargne-pension) sont plus faibles !

Une salariée touche en moyenne une pension mensuelle brute inférieure de 350 euros à celle de son collègue masculin. Les femmes sont également moins susceptibles d’avoir un employeur qui leur propose un plan de pension complémentaire de type assurance-groupe ou fonds de pension (2e pilier) et sont enfin moins nombreuses que les hommes à avoir contracté une épargne-pension (3e pilier).

"Ces chiffres m’ont énormément frappée. C’est le signe que les femmes doivent s’impliquer davantage. Prendre conscience de ce qu’elles ont… et de ce qu'il leur est possible de faire. Elles ne doivent pas s’oublier", insiste Charlotte de Montpellier.

In fine, l'ensemble de la société gagnerait à ce que les femmes investissent davantage pour se constituer un patrimoine, conclut l'étude.

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