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Nouvelles fortes hausses en vue pour les prix de l'énergie

La crise a au moins ceci de positif: le gaz et l’électricité sont relativement bon marché. Il n’y a pas d’échappatoire à une hausse forte et structurelle des prix.

(mon argent) - La semaine dernière, le gouvernement wallon a "ravi" ceux qui cuisinent et se chauffent au gaz en leur prélevant 53 euros de plus par an. De son côté, la CREG annonçait que l’an dernier en Flandre, le prix du gaz avait augmenté de 25%. Excusez du peu. Le consommateur lambda gobe ces messages avec un mélange d’incrédulité, de colère et d’impuissance. Comment se fait-il que les prix de l’énergie passent ainsi, sans raison apparente, d’un extrême à l’autre?

Ex-créateur et PDG de Wattplus et Essent, André Jurres, actuel administrateur de NPG Energy, société qui produit de l’énergie verte et investit dans ce secteur, indique que cet arbitraire a toujours existé. "En soi, les fluctuations n’ont rien d’étonnant puisque le gaz et l’électricité se négocient sur des bourses. Ce qui m’inquiète plus, c’est que l’on parle de forte hausse structurelle."

Des coûts régulés

Dans les grandes lignes, le prix du gaz et de l’électricité se compose pour moitié des "commodities" (la matière première et les modalités de son extraction) et pour moitié des "coûts régulés" (le transport par Fluxys ou Elia, la part des gestionnaires de réseau et les redevances de l’Etat). Ces divers composants exercent une pression constante sur le prix payé par l’utilisateur final. "Pour le moment, la tendance est à la hausse pour tous les composants du prix, commente André Jurres, et dans la plupart des cas, la hausse est supérieure à l’inflation."

Le consommateur se demande s'il n'est vraiment pas possible de payer l'énergie moins cher. La réponse d’André Jurres est prudente: "La Belgique n'est pas en mesure de peser sur le prix du gaz et du pétrole. En revanche, elle peut agir sur les coûts du transport et de la distribution. Après la libéralisation du marché, des entreprises comme Essent et Nuon ont réussi à réduire un peu la pression pour le consommateur, mais pas suffisamment."

Un pays où l’énergie coûte cher

Par rapport à ses voisins, la Belgique est un pays où l’énergie est particulièrement coûteuse. "La comparaison avec la France est difficile, car ce pays est 17 fois plus étendu. On pourrait croire que le facteur déterminant est le prix par mètre de câble. Mais la facture de distribution est élevée en dépit de notre forte densité de population."

Non seulement, les tarifs sont élevés, mais ils continuent à augmenter. "La situation aux Pays-Bas est tout autre: le régulateur – Energiekamer – y contraint les gestionnaires de réseau à plus d’efficience, ce qui conduit ces dernières années à une baisse des prix du gaz et de l’électricité. Hélas, notre CREG n’a pas ce pouvoir."

Un tarif total en hausse

De quel côté la balance va-t-elle pencher dans les mois à venir? André Jurres n’a pas de pronostic précis, mais d'après lui "il est certain qu’à court terme, le tarif total augmentera puisque tous les composants du prix sont actuellement orientés à la hausse."

Chacun des composants du prix a une bonne raison d’augmenter. Les combustibles fossiles se renchérissent dès que l’on évoque une reprise dynamique. Les stocks sont limités et sujets à des incidents (incendies de plate-forme de forage, ouragans et ainsi de suite...). "Dans notre entreprise, poursuit Jurres, nous tablons sur une hausse annuelle constante de 3% pendant les 20 prochaines années. Cela peut paraître peu, mais en pratique cela signifie qu’en dix ans, les coûts de production auront augmenté de 35 à 50%. Ajoutons encore 50% suite aux investissements dans les énergies renouvelables que pouvoirs publics, distributeurs et gestionnaires de réseau porteront en compte et nous arrivons à un doublement du prix."

Prix, nucléaire compris

La reprise des investissements nucléaires serait-elle de nature à faire baisser les prix? Ce n’est pas si évident. Le courant que nous utilisons actuellement est produit aux deux tiers par des centrales totalement amorties. "Le prix n’est pas calculé sur une base coûts plus bénéfices, mais en fonction du marché. En réalité, nous ne payons pas le prix du nucléaire, mais celui des centrales au gaz", ajoute André Jurres, qui regrette que la libéralisation n’ait pas redistribué les cartes au plan de la production.

Et d’affirmer, non sans audace, qu’aujourd’hui, l’énergie est encore bien trop bon marché. "La crise nous donne une image irréaliste du prix de l’énergie. Des investissements en énergies durables qui pèsent plusieurs milliards ne sont pas encore intégrés dans le prix final. Un kilowattheure à 50 euros comme aujourd’hui, ce n’est pas assez. Lorsqu’on en sera à 150 euros, avance Jurres, les projets actuels en énergie éolienne et biomasse deviendront rentables."

Des réseaux intelligents

Aux yeux d’André Jurres, les hausses de prix ne sont justifiables que si elles sont transparentes. "Pour atteindre les objectifs du plan Europe 2020 (-20% CO2, +20% d'énergies renouvelables, réduction de 20% de la consommation par gains d’efficience), les producteurs et les pouvoirs publics devront, dans les années à venir, dégager jusqu’à 1 milliard d’euros par an. Les gestionnaires de réseau devront investir tout autant dans les smart grids, les réseaux intelligents, car les consommateurs seront toujours plus nombreux à être également des producteurs d’énergie et parce que le potentiel d’énergie verte des fermes éoliennes et des centrales solaires doit pouvoir être mis à profit de façon continue. On pourrait avancer la nécessité de ces investissements pour justifier une hausse de prix. Ce n’est hélas pas ce qui se passe et l’utilisateur final reste dans le brouillard quant à la composition exacte du prix."

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