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Pourquoi le hamburger coûte plus cher en Suisse et en Norvège?

Vous aimez manger au McDo? Attention, votre Big Mac n’aura pas le même prix selon que vous le dégusterez en Norvège ou en Inde. Question de taux de change, mais aussi de pouvoir d’achat.
©Bloomberg

L’indice Big Mac, calculé chaque année par le magazine The Economist, est certainement la façon la plus amusante d’illustrer la théorie de la parité absolue de pouvoir d’achat. D’après cette théorie, les mêmes produits devraient se vendre au même prix partout dans le monde. Lorsque ce n’est pas le cas, il existe des possibilités d’arbitrage: les consommateurs et les entreprises devraient faire leurs achats dans les pays les moins chers, ce qui rééquilibrerait les prix dans les différents pays.

Mais cela reste théorique. L’indice Big Mac, qui compare le prix en dollars américains d’un même hamburger dans les différents pays, montre en effet qu’on est bien loin d’un équilibre des prix. Au début de l’année, un Big Mac coûtait 7,76 dollars en Norvège et 6,83 dollars en Suisse. Par comparaison, il coûtait 4,95 dollars en Belgique, 4,80 dollars aux Etats-Unis et seulement 1,75 dollar en Inde.

La théorie de la parité absolue de pouvoir d’achat explique ces différences de prix par les sur- et sous-évaluations des cours de change. Sur la base de l’indice Big Mac, on pouvait conclure qu’au début de l’année, la couronne norvégienne et le franc suisse étaient surévalués de respectivement 61 et 43% par rapport au dollar américain.

Ces deux devises ayant bénéficié de leur statut de valeur refuge pendant la crise de l’euro, une série d’arguments plaident en faveur de la théorie d’une surévaluation. Il serait toutefois simpliste de croire que seuls les cours de change sont responsables de telles disparités de prix. Les pays de la zone euro sont là pour le prouver. "Tout le monde s’attendait à ce que l’introduction de la monnaie unique conduise à la convergence des prix, mais après dix ans, les différences de prix au sein de la zone euro restent importantes", explique Jan Van Hove, professeur à la KU Leuven. Preuve, une fois encore que la théorie de la parité absolue des prix ne tient pas. Voici pourquoi.

La théorie se base sur l’efficience des marchés et sur la négociabilité parfaite des produits. Or, en pratique, ce n’est absolument pas le cas. L’arbitrage entre deux pays ne peut par exemple se faire si les frais de transport sont plus importants que la différence de prix: personne ne prendra un avion pour aller manger un Big Mac en Inde. Ces mêmes frais de transport expliquent que l’eau minérale française soit moins chère en France qu’en Norvège.

Pouvoir d’achat relatif

Cette théorie ne tient en outre pas compte de l’inflation attendue. Si les prix augmentent plus vite dans un pays, cela aura un impact sur le pouvoir d’achat. C’est la raison pour laquelle la théorie du pouvoir d’achat relatif prend en compte les estimations d’inflation.

Enfin, d’autres éléments propres à certains pays peuvent justifier les différences de prix.

Ainsi par exemple, les pays scandinaves figurent traditionnellement en tête de la liste des pays les plus chers, à cause de la pression fiscale qui y est particulièrement élevée.

Certaines réglementations peuvent aussi jouer un rôle. Pensons au prix des supermarchés et des magasins qui sont influencés par des réglementations locales relatives à leur superficie, aux heures d’ouverture, et aux conditions de travail.

Le niveau de revenus également une influence. En Norvège, les salaires sont plus élevés que la moyenne parce que le pays est fortement représenté dans le secteur — bien rémunéré — de l’énergie. Une étude du Comité Économique Européen montre que des salaires élevés ne signifient pas nécessairement que les prix sont élevés. L’Allemagne et les Pays-Bas se situent au-dessus de la moyenne européenne en termes de revenu par habitant, mais leurs supermarchés figurent pourtant parmi les moins chers d’Europe.

Enfin, dernier élément à prendre en compte: la concurrence. Les "hard discounters" comme Aldi et Lidl ont une position dominante sur le marché allemand de la grande distribution. L’importance des magasins de ce type est bien plus limitée dans le secteur de la grande distribution — très concentré — en Suisse. C’est notamment le cas dans le secteur de l’alimentation. Producteurs et grossistes ont dès lors davantage d’impact sur les prix.

Conclusion

Les différences de prix entre les pays se perpétueront. On peut d’ailleurs aussi en constater sur un même territoire: "Si on prend le cas de l’immobilier, on constate que les prix dans les villes sont plus élevés qu’à la campagne", conclut Jan Van Hove.

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