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Taux hypothécaires, épargne, pouvoir d'achat, salaires… Quel sera l'impact du choc économique sur votre portefeuille?

Taux hypothécaires, épargne, pouvoir d’achat, salaires… Comment la récession liée à la crise du coronavirus va-t-elle impacter vos finances personnelles?
©ANP XTRA

Entreprises à l’arrêt total, chômage économique ou droit-passerelle pour éviter le pire à de nombreux citoyens belges… ces conséquences directes de la crise sanitaire vont engendrer une crise économique bien plus forte que celle observée en 2008, qui risque même d’être la pire crise économique depuis 1929, a signalé cette semaine le Fonds monétaire international (FMI). La Belgique peut s’attendre à une récession de 6,9% en 2020 et à 100.000 chômeurs en plus. Inévitablement, ceci va avoir des conséquences sur votre portefeuille. Mais lesquelles ?

"Si la BCE n’avait pas agi, la situation économique serait bien plus grave."
Bernard Keppenne
chief economist chez CBC

Pour limiter la casse et soutenir l’économie de la zone euro, la Banque centrale européenne (BCE) a sorti l’artillerie lourde: elle a lancé le mois dernier un vaste programme d’achats d’actifs de 750 milliards d’euros jusqu’à fin 2020, appelé "Programme d’achats d’urgence pandémique" (PEPP). Concrètement, les achats d’actifs influencent trois choses, rappelle la BCE sur son site: les conditions financières, la croissance économique et l’inflation. Autrement dit, outre les conséquences de la crise économique, votre portefeuille sera aussi impacté par les décisions prises par l’institution financière. "Il est important de rappeler avant tout que, si la BCE a dû prendre ces mesures, c’est parce qu’on va faire face à un choc d’une violence inouïe sur l’économie lié à la crise sanitaire. Si la BCE n’avait pas agi, la situation économique serait bien plus grave", précise d’emblée Bernard Keppenne, chief economist chez CBC. "Elle limite la casse, joue son rôle d’amortisseur pour les taux et les États. Les conséquences qui découlent de cette crise ne sont pas liées aux mesures de la BCE, mais à la crise du coronavirus".

"Les conséquences qui découlent de cette crise ne sont pas liées aux mesures de la BCE, mais à la crise du coronavirus."
Bernard Keppenne
chief economist chez CBC

En prenant des mesures, la BCE a plusieurs objectifs. Le premier étant "d’éviter une remontée brutale des taux d’intérêt longs et courts, dans un contexte où les Etats vont fortement augmenter leur endettement", explique l’économiste. Le second objectif est d’éviter d’élargir le spread (prime de risque) entre les États européens, qui varie en fonction de la fiabilité des emprunteurs. Ces mesures ont directement des conséquences sur les taux d’intérêt, et donc sur votre épargne et vos crédits.

› Votre épargne 

En faisant tout pour maintenir des taux très bas le plus longtemps possible, l’épargnant ne risque pas de voir son compte d’épargne grappiller grand-chose en termes de rendement – si l'on peut encore parler de rendement – dans les mois, les années à venir. "Cette crise éloigne encore la perspective, pour les épargnants, de voir les taux d’intérêt se normaliser et augmenter. L’épargne ne rapporte rien et continuera à ne rien rapporter", souligne Éric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG School of management à Lille. Avis partagé par Bernard Keppenne: "Pour l’épargnant, ce n’est pas une bonne nouvelle, ces taux très bas ne couvriront pas l’inflation. Le compte d’épargne est un très mauvais placement et ce sera encore pire à l’avenir."

"Cette crise éloigne encore la perspective, pour les épargnants, de voir les taux d’intérêts se normaliser et augmenter."
Eric Dor
directeur des études économiques à l’IESEG School of management

Les taux d’épargne peuvent-ils encore baisser? "La loi agit en garde-fou. Mais fondamentalement, les taux étant déjà au plus bas, cela ne changera pas grand-chose pour l’épargnant, si ce n’est que la situation durera encore plus longtemps", indique Philippe Ledent, économiste chez ING. Pour rappel, les comptes d'épargne réglementés sont obligés d'offrir un taux d'intérêt minimum légal de 0,11%.

› Votre crédit hypothécaire 

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Dans le cas où vous avez déjà un crédit en cours, si vous avez opté pour un taux fixe, sans surprise, rien ne change pour vous. Si par contre vous avez pris un taux variable, cela peut fluctuer, mais "pour le moment, les taux sont stables et cela devrait perdurer", précise Eric Dor.

Dans le cas où vous êtes sur le point de contracter un crédit hypothécaire, même si la BCE met tout en œuvre pour garder des taux bas et maintenir un contexte favorable pour les particuliers et les entreprises qui souhaitent emprunter, "ça ne peut pas empêcher à 100% les taux de remonter", prévient Philippe Ledent. "Car les primes de risques des États ont augmenté suite à la crise sanitaire. Le taux de l’OLO belge à 10 ans est de l’ordre de à 0,20 point de base actuellement, alors qu’on était à -0,20 point fin février." Autrement dit, puisque l’OLO belge à 10 ans est utilisé comme l’une des références pour les prêts hypothécaires, malgré les mesures de la BCE, "il ne faut pas nécessairement s’attendre à ce que les taux sur les crédits baissent. Le mouvement de la BCE a surtout permis de compenser partiellement les mouvements de stress sur les marchés. La prime de risque de la Belgique a nettement augmenté et, si la BCE n’avait agi, les taux d’intérêt auraient augmenté et les Belges auraient affaire à des taux d’emprunt bien plus élevés, que ce soit pour les ménages ou les entreprises", explique Philippe Ledent. Et l’économiste en chef de CBC d’ajouter: "Si la BCE n’avait pas agi, on aurait assisté à une flambée des taux d’intérêt à long terme, ce qui aurait accentué la récession et élargi le spread entre les États."

"Si la BCE n’avait pas agi, on aurait assisté à une flambée des taux d’intérêt à long terme."
Bernard Keppenne
chief economist chez CBC

Outre le risque associé à la Belgique, il faut également prendre en compte le risque associé à chaque futur emprunteur. "Le fait que la BCE ait abondé les banques copieusement et à très bon marché leur permet de continuer à prêter à bon marché également. Mais le risque d’insolvabilité voire de chômage a augmenté pour beaucoup de ménages. On peut penser que cela peut refroidir les banques, qui risquent d’être plus regardantes. S’il y a un risque d’insolvabilité, les taux pourront être plus élevés, surtout dans un marché baissier comme l’est l’immobilier en ce moment", souligne Eric Dor.

Voilà pour les conséquences liées à la politique monétaire de la BCE qui vise à limiter l’impact de la crise économique. Passons désormais aux conséquences de cette crise en tant que telles.

› Inflation ou déflation? 

Les trois économistes interviewés dans cet article s’accordent à dire qu’il faut s’attendre à une tendance déflationniste sur le court terme. "Le marché semble anticiper des forces déflationnistes. D’un côté, la demande s’est effondrée dans de nombreux secteurs, ce qui a un effet déflationniste. Mais d’un autre côté, on constate un choc de l’offre, car certaines entités de production sont à l’arrêt pour des produits où la demande est bien présente, le prix de ces produits augmente, avec un effet inflationniste. Il y aura la conjonction de deux effets : inflationniste et déflationniste. Pour l’instant, les forces déflationnistes l’emportent", explique Eric Dor. 

"On a un choc déflationniste et un choc inflationniste en même temps: l’économie s’est partiellement arrêtée, il y a moins de demande, cela induit un choc déflationniste. Mais dans le même temps, il existe un problème d’approvisionnement, à cause du confinement, qui prendra du temps à se remettre en ordre. On peut citer comme exemple les masques, dont le prix a fortement augmenté, car l’offre est contrainte et la demande énorme. Sur certains produits, on observe une pression sur les prix, ce qui a un effet inflationniste. Quelle est l’ampleur des phénomènes déflationniste et inflationniste? On ne le sait pas. Le débat sur l’inflation ou la déflation n’est pas si tranché que ça. Il y a des courants contraires, lesquels vont l’emporter ? À court terme, on peut s’attendre à une inflation nulle ou un courant déflationniste. Pour le moyen terme, difficile de le savoir", appuie l’économiste d’ING.   

› Vos revenus (salaire, pension, allocations…)

Votre loyer sera-t-il indexé?

L’indice des loyer est également lié à l’inflation et à l’indice santé. S’il n’y a pas d’inflation mais plutôt une déflation, les loyers seront gelés, il ne faut donc pas s’attendre à une indexation à court terme. Si on fait face à une inflation, ce qui est moins probable, une indexation des loyers n’est pas impossible. 

Si la tendance déflationniste se confirme bien, le prix des produits qui composent le panier de la ménagère n’augmenteront pas de façon à dépasser l’indice-pivot (indice qui, lorsqu’il est franchi, détermine l’indexation des allocations, des pensions et des rémunérations dans la fonction publique, NDLR). Il ne faudra donc pas non plus compter sur une indexation salariale dans le secteur privé dans les mois à venir. 

Mais si la tendance est plutôt à l’inflation à moyen terme, l’effet sera inversé : on peut s’attendre logiquement à une augmentation des prix des produits qui composent le panier de la ménagère, ce qui conduirait à dépasser l’indice-pivot (avec indexation des allocations et des salaires des fonctionnaires) et mènerait également à une indexation des salaires dans le privé. Mais cette situation est moins probable.

› Votre pouvoir d’achat

"Le pouvoir d’achat va évidemment être impacté, il l’est même déjà puisqu’il y a une diminution globale du revenu du ménage pour ceux qui sont au chômage économique ou pour les indépendants à l’arrêt. La récession va également peser sur l’activité, tout comme les faillites qui vont avoir lieu dans les prochains mois. L’impact sera négatif sur le revenu des ménages en 2020, mais aussi en 2021, car taux de chômage ne reviendra pas tout de suite à celui qu’on connaît aujourd’hui. Il faut également voir comme on va réduire le déficit belge, s’il y aura des mesures fiscales", explique Bernard Keppenne. 

"Il faut s’attendre à des mois, voire des années compliquées."
Eric Dor
directeur des études économiques à l’IESEG School of management

Et Eric Dor de conclure: "C’est une crise inégalitaire, des gens ont pu être mis au télétravail sans perte de salaire, mais à côté de cela, des gens ont été mis au chômage temporaire. Ces gens-là perdent déjà maintenant en pouvoir d’achat, et tous ne retrouveront pas leur emploi. Si les forces déflationnistes l’emportent, il n’y aura pas d’indexation des salaires et pas de soutien au pouvoir d’achat. Il faut s’attendre à des mois, voire des années compliquées."

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