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Pourquoi la baisse de la TVA sur l'électricité ne vous rapportera rien

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Il y a peu de raisons d'exulter parce que vous devrez payer moins de TVA sur votre facture d'électricité. Selon le Bureau Fédéral du Plan, les conséquences pour les travailleurs du secteur privé seront neutres à terme. Les hauts revenus verront quant à eux leur pouvoir d'achat diminuer.

La semaine dernière, le gouvernement fédéral a annoncé une baisse de la TVA sur l'électricité, qui passera de 21 à 6% à partir du 1er avril 2014. Une belle économie, du moins à première vue.

Une famille avec deux enfants paie en moyenne environ 770 euros par an pour une consommation de 3.500 kWh, soit environ 64 euros par mois.

A partir du 1er avril 2014, la TVA passera de 21 à 6%, ce qui représente une économie mensuelle de 9,62 euros (3,85 euros de TVA au lieu de 13,47 euros). L'économie annuelle se monte donc à 115,44 euros.

Il est tentant de conclure : "Chouette, un beau cadeau du gouvernement fédéral". Mais rien n'est moins vrai.

Car les prix de l'électricité sont repris dans l'indice santé, qui sert de base à l'indexation des salaires. Une baisse du coût de l'électricité - qui pèse lourd dans le panier de produits pris en compte pour le calcul de l'indice santé - retardera le dépassement de l'indice pivot.

Il faudra donc attendre plus longtemps avant la prochaine indexation. D'après le Bureau du Plan, sans cette baisse de TVA, le prochain indice pivot aurait été atteint en juin 2014. Avec la baisse de TVA, il faudra attendre décembre 2014, soit six mois plus tard. Le dépassement suivant aura lieu en février 2016 au lieu de novembre 2015. En 2017 et 2018, le retard sera limité à trois mois.

Concrètement, qu'est-ce que cela signifie?

Les allocataires sociaux ne bénéficieront pas de la hausse de 2% de leur allocation en juillet 2014, mais en janvier 2015. Si vous recevez une allocation de chômage de 1.000 euros, vous perdrez six mois d'index en 2014 - environ 120 euros (1.000 euros x 2% x 6) -, soit plus que l'économie moyenne d'un ménage sur le prix de l'électricité (115,44 euros).

Les fonctionnaires ne verront pas leur salaire brut augmenter en août 2014, mais en février 2015. Les fonctionnaires dont les salaires sont plus élevés que l'allocation de chômage moyenne perdront encore plus en 2014.

C'est sur cette base que le Bureau du Plan a conclu que le pouvoir d'achat des allocataires sociaux et des fonctionnaires baisserait l'an prochain, pour se transformer en hausse minime à partir de 2016. Jusque là, la moyenne des prix augmentera moins vite, et ce recul sera un peu plus important que le ralentissement des augmentations des allocations et des salaires.

Pour les salaires des travailleurs du secteur privé, le calcul est un peu plus compliqué. La date et le pourcentage des indexations varient d'un secteur à l'autre. De plus, l'indexation des salaires ne dépend pas du dépassement de l'indice pivot dans tous les secteurs. Dans le secteur bancaire par exemple, les salaires sont indexés sur base mensuelle, indépendamment de l'évolution de l'indice pivot. Dans la commission paritaire 218, qui s'applique à de nombreux employés, les salaires seront indexés en janvier, indépendamment de l'indice pivot.

Mais les travailleurs du secteur privé perdront surtout du pouvoir d'achat en 2016. Selon le Bureau du Plan, la baisse de TVA devrait être neutre pour les travailleurs. Ils devront payer moins pour leur électricité, mais cet avantage sera neutralisé par le fait que les salaires augmenteront moins vite. Pour les travailleurs du secteur privé, il s'agit en effet d'une opération qui revient à déshabiller Pierre pour habiller Paul.

Et ce n'est pas tout, car les 50% de plus hauts revenus verront au final leur pouvoir d'achat se réduire davantage que celui des catégories à faibles revenus . "Quelqu'un qui gagne plus, dépense proportionnellement moins pour son électricité qu'un allocataire social. Un sans-emploi consacre proportionnellement une plus grande partie de ses allocations à l'alimentation et à l'énergie. Une baisse de la TVA ralentira l'augmentation du niveau global des prix. Le revers de la médaille, c'est que l'indexation des salaires et des allocations sociales sera limitée. Et ce désavantage pèsera plus lourd pour les gros salaires que pour les personnes à faibles revenus." explique Bart Van Craeynest, économiste en chef chez Petercam.

Lors de la répartition des catégories de revenus, le Bureau du Plan part du revenu disponible équivalent, en d'autres mots, du revenu global dont un ménage dispose. Il ne s'agit donc pas uniquement des revenus du travail, mais aussi des revenus patrimoniaux, allocations sociales (par exemple, les allocations familiales) et les pensions alimentaires. Si un isolé dispose de plus de 1.741 euros par mois en 2013, il fait partie de la catégorie des 50% de plus hauts revenus. Pour un couple avec deux enfants de moins de 14 ans, le seuil est de 3.656 euros de revenus par mois.

Ceux qui bénéficieront le plus de cette baisse de TVA sont les indépendants, car ils ne seront pas pénalisés par le report de la hausse des salaires. Pour les employeurs également, la baisse de la TVA est une bonne nouvelle, car la hausse des salaires sera freinée, et le handicap salarial dont souffrent les entreprises belges par rapport à leurs concurrentes étrangères se réduira quelque peu.

Pour finir, il faut encore souligner un autre inconvénient de taille : un ménage moyen pourra bien entendu économiser sur sa facture d'énergie si sa consommation n'augmente pas. Si vous êtes moins regardant, la baisse de TVA sera une mesure pour rien. De plus, tout ceci est valable pour autant que les prix de l'énergie ne montent pas et que les fournisseurs d'électricité ou les gestionnaires de réseaux n'augmentent pas leur facture. Et ce n'est pas encore gagné.

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