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Quand l'Etat fait main basse sur les économies des épargnants

Les (riches) épargnants chypriotes savent désormais ce qui restera sur leur compte après l’impôt monstre décidé par leur gouvernement. L’argent est-il vraiment en sécurité sur un compte d’épargne?
Les clients de la banque Laiki Bank, lorsqu'ils faisaient la file pour retirer leurs économies. ©EPA

La crise financière a touché de nombreux pays, les obligeant à puiser largement dans leurs réserves pour sauver leur secteur bancaire. A Chypre, les choses se sont passées autrement: ce sont les épargnants eux-mêmes qui ont été sollicités pour maintenir le système bancaire à flot. En échange d’une injection de capitaux de 10 milliards d’euros, l’Europe et le FMI ont obligé Chypre à contribuer en partie à l’effort. Le pays a choisi de faire payer les épargnants plutôt que les contribuables. Au départ, le gouvernement entendait taxer tous les dépôts supérieurs à 100.000 euros. Mais les épargnants ayant protesté de façon virulente, le gouvernement a décidé de limiter la taxe au solde dépassant ce seuil.

Cette taxe est excessivement lourde. La semaine dernière, le gouvernement a en effet décidé que tous les épargnants dont les dépôts à la Banque de Chypre (la plus grande banque du pays) dépassent 100.000 euros seraient taxés de 47,5% au-delà de ce montant. Cet argent a été converti en actions de la Banque de Chypre, mais on se demande de quelle manière les épargnants pourront récupérer (une partie de) leurs avoirs.

Le fait que de nombreux mafieux, notamment russes, ont placé leur argent sur des comptes bancaires chypriotes aide certes à faire passer la pilule. Mais cette mesure crée beaucoup d’inquiétude et pose question. Comment les épargnants des pays membres de l’UE pourraient-ils encore avoir confiance dans leur banque? Craignant que de gros épargnants d’autres pays européens en difficulté ne retirent massivement leur argent pour éviter ce type de taxe, les dirigeants européens se sont empressés de préciser que le sauvetage de Chypre ne deviendrait pas une référence. "Chaque pays est différent", ont-ils martelé.

Bank run

Ces paroles ont permis d’éviter un "bank run" dans les pays du sud de l’Europe. Heureusement, car les dangers d’un retrait massif ne doivent pas être sous-estimés. Aucune banque n’est en mesure de faire face à un retrait massif d’argent sur une courte période. C’est dû aux spécificités du système bancaire: les banques utilisent (une partie) des économies pour accorder des crédits. Si tous les épargnants retirent leur argent en même temps, l’ensemble du système risque de s’écrouler, et la crise systémique se rapproche.

Après la chute de la confiance dans le système bancaire en 2008, l’Europe a décidé d’élargir la garantie des dépôts dans tous les pays. En vertu de ce système, les États garantissent l’ensemble des dépôts effectués dans une banque (comptes d’épargne, à vue, à terme, et bons de caisse nominatifs) à concurrence de 100.000 euros par personne et par institution. C’est cette garantie des dépôts qui a contraint Chypre à abandonner l’idée de taxer les avoirs inférieurs à 100.000 euros.

Solution de secours

Depuis la crise bancaire à Chypre, les épargnants s’interrogent sur la véritable valeur de cette garantie. Les États endettés seraient-ils effectivement en mesure d’intervenir en cas de faillite d’une grande banque? En Belgique, le Fonds Spécial de Protection — qui devrait intervenir en cas de sauvetage d’une banque — dispose aujourd’hui de 2,1 milliards d’euros. En 2012, près d’un milliard d’euros ont été versés par les institutions financières. Un montant qu’il faut comparer aux 245 milliards d’euros placés sur les comptes d’épargne… Il serait donc totalement insuffisant si une seule grande banque devait être en difficulté.

Une solution de secours a cependant été prévue: si les réserves du Fonds ne suffisent pas pour dédommager les épargnants, l’État devra intervenir. Les banques et les assureurs devront ensuite lui rembourser ces avances.

Les autorités européennes sont en outre en train de développer un mécanisme permettant le démantèlement de banques à problèmes et de mettre en place un Fonds de résolution (ou Fonds bancaire), qui sera financé par le secteur. Elle entend ainsi éviter qu’à l’avenir, la facture d’une crise bancaire n’affecte l’ardoise des contribuables.

Les économies des épargnants seront donc en sécurité dans une banque tant qu’une condition clé sera remplie, à savoir limiter leurs avoirs sur leurs comptes d’épargne, à vue, à terme et bons de caisse à 100.000 euros par personne et par banque. Autre attitude préventive simple et efficace: éviter les banques à problèmes. Le rating d’une banque donne une bonne indication de sa solvabilité.

Enfin, ne confondez pas sécurité et maintien du pouvoir d’achat. Si l’inflation est plus élevée que le taux d’intérêt qui rémunère votre épargne, vous perdez chaque jour un peu de votre pouvoir d’achat.

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