L'électricité verte à peine 10% plus chère

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Quasi tous les fournisseurs d’énergie ont une offre estampillée "énergie verte". Mais sur quoi repose cette affirmation? Lesquels produisent réellement de l’électricité à partir de sources d’énergie renouvelable? Et comment réduire le montant de votre facture?

Désireux de faire des économies et de bénéficier des meilleurs tarifs disponibles, vous comparez les offres des différents fournisseurs d’énergie. Soucieux de préserver la planète, vous souhaitez en plus opter pour un fournisseur qui vous délivre "vraiment" de l’électricité verte. Et c’est là où le bât blesse! Peu importe le fournisseur choisi et qu’il vous offre un contrat "vert" ou non, au moment où vous allumerez votre interrupteur, vous n’aurez jamais de certitude sur l’origine de votre électricité. Celle-ci peut être nucléaire (grise) ou éolienne (verte) par exemple.

Comment fonctionne le marché de l’électricité?

Le marché de l’électricité est un "pool market". Comme son nom l’indique, "il faut l’imaginer comme une piscine alimentée par différentes sources d’eau, explique Damien Ernst, professeur à l’ULg et spécialisé dans les systèmes électriques. De l’eau verte, de l’eau nucléaire ou de l’eau fossile. Quand un fournisseur vient puiser de l’eau dans cette piscine pour alimenter ses clients, il s’agit d’un mélange de toutes ces eaux."

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Vu que la molécule d’électricité n’est jamais traçable, comment les fournisseurs font-ils dès lors pour proposer des contrats d’électricité "100% verte"? En fait, pour "verdir" leur énergie, ils achètent des labels de garantie d’origine (LGO) à des producteurs d’énergie verte. Un LGO correspond à une production de 1.000 kWh et coûte 2 euros en Belgique. Mais il est possible d’en trouver ailleurs sur le marché européen à un tarif réduit, qui oscille en moyenne entre 20 et 50 centimes.

Par exemple, si un fournisseur d’énergie (qui n’est pas producteur également, comme Eneco ou Engie) s’engage à fournir de l’électricité verte à un ménage (qui consomme environ 3.000 kWh d’électricité par an), il devra acheter 3 LGO à un producteur d’énergie renouvelable. S’il se fournit pour ce faire dans un pays comme la Norvège, le Danemark ou l’Islande, il payera donc un maximum de 1,50 euro par an pour verdir l’énergie de ce ménage. En opérant de la sorte, il ne soutient cependant pas la production d’énergie verte locale.

Comment choisir un fournisseur vraiment "vert"?

Compte tenu des différents paramètres à prendre en considération (tarif, production verte et locale), comment s’y retrouver dans la jungle des offres?

1. Consultez le classement Greenpeace

Chaque année, l’ONG de protection de l’environnement Greenpeace publie son propre classement des fournisseurs d’électricité. Celui-ci recommande actuellement 7 fournisseurs.

©Greenpeace

Concrètement, ce sont les coopératives, dont Ecopower et Cociter, qui occupent le haut du classement (voir tableau ci-contre): elles sont quatre à avoir obtenu le maximum d’étoiles. Ces fournisseurs sont donc hautement recommandés par l’ONG, car ils impliquent le consommateur dans les décisions d’investissements.

Avec 3 étoiles, trois autres fournisseurs sont également conseillés, parmi lesquels Eneco, qui se targue de produire une capacité d’énergie renouvelable locale (253,5 Mégawatt ou MW) couvrant totalement la demande en énergie de ses clients.

En revanche, bien que des géants comme EDF-Luminus ou Electrabel-Engie se tournent aujourd’hui davantage vers les énergies renouvelables, ce classement - qui est un choix idéologique complètement assumé par l’ONG - les exclut volontairement. En effet, Greenpeace a choisi d’étudier ce que fait vraiment un fournisseur - et non pas ce qu’il dit - en se penchant sur sa production, ses achats et ses investissements, c’est-à-dire "ce qu’une entreprise fait avec l’argent des consommateurs et comment elle voit l’énergie de demain", précise Jan Vande Putte, expert Énergie chez Greenpeace Belgique.

En ce qui concerne Engie par exemple, ce fournisseur n’a obtenu aucune étoile. "On ne peut pas nier qu’il investit dans le renouvelable, mais à côté de ça, ce groupe est une surpuissance nucléaire et il effectue encore toujours - au niveau mondial - des investissements qui ne sont pas du tout renouvelables, explique Juliette Boulet, la porte-parole de Greenpeace. Avec ce classement, nous voulons montrer aux consommateurs qu’ils ont un vrai pouvoir. En décidant à qui ils vont donner environ 1.000 euros (le montant annuel moyen de la facture d’électricité d’un ménage belge), ils incitent directement les fournisseurs à modifier leurs investissements et influent sur ce à quoi ressemblera notre avenir énergétique."

2. Privilégiez un gros producteur local

Pour Damien Ernst, ce classement est cependant critiquable et non représentatif du marché. "Attribuer la note la plus basse à des gros fournisseurs historiques qui ont fait d’immenses efforts ces dernières années pour développer des capacités de production d’énergies renouvelables, c’est très dur. En outre, ils ont fait un désinvestissement dans le charbon et surtout, ce sont les plus grands développeurs d’éolien en Belgique."

Effectivement, Engie est actuellement le premier producteur "vert" du pays avec une capacité installée de 630 MW. "À titre d’exemple, nous ambitionnons de dépasser 550 MW de capacité éolienne terrestre à l’horizon 2020, alors qu’actuellement nous sommes à 316 MW", selon Anne-Sophie Hugé, sa porte-parole. En outre, Engie veut avoir installé d’ici là plus de 60 MW de panneaux photovoltaïques et environ 250 MW supplémentaires en éolien en Mer du Nord.

Comment changer de fournisseur d’énergie?

C’est facile, rapide et gratuit. Communiquez votre code EAN à votre nouveau fournisseur. Il s’occupera de l’ensemble des démarches, dont la résiliation de votre contrat auprès de votre fournisseur actuel. Pour comparer les fournisseurs, consultez les différents comparateurs agréés par la Commission de régulation de l’Électricité et du Gaz (CREG) via son portail creg.be.

De son côté, EDF-Luminus dispose d’une puissance installée de 443 MW. "En janvier, notre capacité installée était de 376 MW pour l’éolien et d’ici la fin de l’année, nous ambitionnons de l’augmenter de 64 MW, d’après Anne Grandjean, sa porte-parole. D’ici 2021, nous voulons étendre notre capacité installée en éolien jusqu’à 670 MW."

"Je trouve exagéré d’attribuer le score le plus élevé à des coopératives, renchérit Damien Ernst. Bien sûr, ce sont des modèles durables et socialement intéressants, mais il faut savoir que quand les sources d’énergie renouvelable d’une coopérative ne produisent pas assez d’énergie pendant une période de marché pour couvrir la consommation de ses clients, la coopérative est bien obligée de se procurer de l’énergie sur les marchés de gros, où rien ne garantit l’origine verte de l’énergie."

Combien coûte l’énergie verte et locale?

Pour contribuer à la production d’énergie à la fois verte et locale grâce à son offre "100% verte-100% belge", Engie demande un tarif de 0,23 euro/kWh. "Cela représente un supplément de 0,70 euro/mois pour un ménage belge moyen qui consomme 3.500 kWh/an (et 1 euro/mois pour celui qui consomme 5.000 kWh/an) par rapport à un contrat classique", selon Anne-Sophie Hugé.

Même topo chez Luminus. Le tarif de son offre 100% verte et belge (#BeGreen) est "légèrement plus cher". En revanche chez Eneco, il n’y a pas de différence de prix, vu que l’ensemble de son offre est d’office produite à partir de sources d’énergie renouvelables et locales.

Enfin, notez que si vous prenez des parts dans une coopérative qui est associée à des fournisseurs, comme Cociter ou Energie2030 (c’est-à-dire les fournisseurs qui sont généralement dans le bas des classements tarifaires), vous aurez néanmoins droit à une réduction sur le prix de l’électricité de ce fournisseur.

Comparatif

Les prix affichés dans le tableau ci-dessous concernent un contrat d’électricité d’un an à un tarif fixe pour un ménage équipé d’un compteur bi-horaire et qui consomme 3.500 kWh par an (à savoir 1.600 kWh le jour et 1.900 kWh la nuit). Attention que les prix différent d’une ville à l’autre en fonction des taxes régionales et des tarifs de réseau.

Le tarif le plus bas du marché se trouve chez Mega, un fournisseur d’énergie qui n’est pas producteur d’énergie et qui achète des LGO. Ceux qui veulent contribuer à la production d’énergie verte produite en Belgique doivent donc payer un peu plus (environ 10% ou 77,5 euros) que le tarif le plus bas. Dans cet exemple, l’offre de Luminus coûte cependant 5 euros de moins que celle de ses deux concurrents.

Conseils

En changeant quelques-unes de vos habitudes et en effectuant de petites interventions (réalisables à moindre frais), il y a sans doute moyen de récupérer la différence de prix de 10% entre un contrat vert et un contrat classique. Voire nettement plus! Selon Homegrade, le service bruxellois destiné à accompagner les particuliers qui désirent améliorer leur logement, installer une multiprise électrique à interrupteur permet de réaliser une économie potentielle d’environ 90 euros/an.

De plus, brancher une minuterie sur des appareils électriques qui consomment énormément à l’état de veille ou qui peuvent être coupés à certains moments prédéfinis (par exemple un boiler électrique) permet de réaliser jusqu’à 200 euros d’économies par an!

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