Panneaux solaires: jusqu'à 8% de rendement

©BELGA

Tour à tour, les mécanismes de soutien aux installations photovoltaïques passent à la trappe dans les différentes Régions du pays. L’investissement reste malgré tout très intéressant, même si la législation est encore appelée à changer. Le point.

Le 30 juin prochain, la Wallonie enterrera définitivement Qualiwatt, son système de primes  lancé en 2014  destiné aux petites installations photovoltaïques. Que ceux qui en bénéficient déjà se rassurent, rien ne change pour les installations existantes: elles continueront à bénéficier des primes prévues.

En revanche, pour celles qui ont été ou seront mises en service au cours de ce premier semestre 2018, tout dépendra de l’engouement: seules 6.000 installations pourront prétendre aux primes Qualiwatt. Et à l’heure où nous écrivons ces lignes, il semblerait que ce quota soit déjà atteint. Il n’est donc pas certain que ceux qui ont pourtant investi avant la date butoir du 30 juin pourront effectivement profiter de ces primes, qui s’étalent sur une durée de 5 ans et peuvent atteindre jusqu’à 444 euros par an en fonction du gestionnaire du réseau de distribution auquel l’installation est raccordée.

Qu’à cela ne tienne, cette décision du gouvernement wallon a été motivée par le fait que l’investissement dans des panneaux photovoltaïques est aujourd’hui devenu rentable sans subside. Un avis partagé par tous les experts de ce marché, dont Gregory Neubourg de l’APERe (Association pour la promotion des énergies renouvelables): "En dix ans, l’investissement à consentir a été quasi divisé par 5."

En effet, le prix d’une installation qui produit annuellement 3.500 kWh, ce qui est largement suffisant pour couvrir les besoins d’un ménage moyen, est passé de 25.000 à 5.000 euros, voire 6.000 euros selon les spécificités de certaines habitations.

"Ce sont des chiffres importants à souligner, car on constate que dans l’inconscient collectif, les citoyens ont encore en tête les prix affichés lors des premières vagues d’installation. Désormais, on est face à des investissements plus légers et qui ne sont plus comparables à ceux qu’il est nécessaire de consentir pour changer des châssis ou isoler une façade. Les panneaux solaires sont donc quasiment à portée de toutes les bourses."

Conseil

Il existe des solutions d’aide au financement très avantageuses: le "Renopack" en Wallonie et le "Prêt vert" à Bruxelles. Cela dit, avant d’investir dans des panneaux solaires, il vaut d’abord mieux investir dans l’isolation de son logement avec une priorité pour celle du toit. "Un euro investi dans l’isolation de votre toit vous rapportera plus en termes d’économies qu’un euro investi dans des panneaux solaires", indique Test-Achats.

Quel rendement en Wallonie?

Qualiwatt ou pas, il existe en Région wallonne un mécanisme de soutien de base: la compensation, c’est-à-dire, le principe du compteur qui tourne à l’envers.En d’autres mots, lorsque l’électricité produite par les panneaux solaires n’est pas autoconsommée, elle est réinjectée sur le réseau. Quel sera par conséquent le rendement de votre installation? Pour en avoir une idée, consultez le site apere.org ou Test-Achats.

→ Le simulateur financier photovoltaïque de l’APERe

Exemple

Alexandre possède une habitation à Wavre avec une installation de 10 à 14 panneaux capable de produire 3.500 kWh, soit environ 3,5 kWc (kilowatt-crête, l’unité dans laquelle est exprimée la puissance électrique des panneaux photovoltaïques). Si l’on part de paramètres favorables, comme l’absence de surcoûts liés aux difficultés du chantier, une orientation sud et un toit incliné à 35°, "le coût d’une telle installation oscille en moyenne autour de 5.250 euros HTVA", selon Gregory Neubourg.

Dans ce cas, le simulateur indique:

  • un temps de retour sur investissement de 6 ans (en considérant la prime Qualiwatt d’une valeur de 329 euros/an).
  • une économie sur la facture d’électricité de 56 euros/mois pour la première année d’exploitation.
  • un investissement qui correspond à un rendement de 7,7% sur 20 ans.

Attention!

La Région wallonne va introduire  comme c’est déjà le cas en Flandre  un tarif "prosumer", qui correspond à une redevance réseau. Ce tarif est "une question d’équité", estime la Cwape, le régulateur wallon de l’énergie: "Ce mécanisme est indispensable si l’on veut éviter d’entrer dans un cercle vicieux où une minorité finira par payer des frais de réseau insupportables".

De fait, avec le principe du compteur qui tourne à l’envers, les prosumers ne paient actuellement des frais de réseau que si, au bout de l’année, ils ont consommé davantage d’électricité qu’ils n’en ont produit  et seulement sur la différence entre leur consommation totale et leur production totale.

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Ils utilisent pourtant le réseau tout au long de l’année: pour injecter leur production quand elle est supérieure à leur consommation et pour prélever de l’électricité quand leur installation ne permet pas de couvrir leurs besoins. Ce nouveau tarif, qui sera introduit en 2020, couvrira donc les frais de réseau liés aux kilowattheures prélevés. Il n’y aura par contre pas de tarification pour les kilowattheures injectés.

"Des études indiquent que le modèle de la tarification au kWh doit évoluer, car le prosumer est perçu négativement par les autres citoyens. Dans un système de tarification différent, il pourrait être vu comme celui qui fait diminuer le coût de l’électricité de base et donc comme un acteur vertueux…", ajoute Gregory Neubourg.

→ Les calculs de rentabilité de Test-Achats

Test-Achats a également réalisé des calculs de rentabilité, qui ne tiennent déjà plus compte des primes Qualiwatt mais bien de la nouvelle redevance réseau. Leur conclusion est sans appel: "En Wallonie, le rendement financier reste positif et peut atteindre plus de 4% avec un retour sur investissement qui oscille entre 7 et 15 ans. Vu qu’une telle installation a une durée de vie de quelque 25 ans, cela reste une option plus qu’intéressante, puisque vous pouvez compter sur la gratuité d’une partie de l’électricité pendant de nombreuses années."

Quel rendement à Bruxelles?

Lorsqu’un particulier installe des panneaux solaires, il devient producteur d’électricité verte et, à ce titre, il a droit à des certificats verts (CV), qu’il peut revendre sur le marché de l’énergie. Ces certificats sont octroyés pour une période de 10 ans. Plus un particulier produit d’électricité verte, plus il reçoit de CV. Leur valeur de revente aux fournisseurs d’énergie est en moyenne de 85 euros depuis 2011. "Mais les prix sont en train d’augmenter", signale Gregory Neubourg.

Si l’on transpose l’exemple de l’APERe à la Région bruxelloise, avec cette fois-ci des CV vendus à 100 euros, "on arrive à un retour simple sur 4 ans, selon l’expert. Mieux, si on compare à nouveau le taux d’intérêt à celui d’un compte en banque, on obtient un rendement de 8% sur 25 ans."

Cependant, à Bruxelles aussi, les choses sont en passe de changer. La Région prévoit de supprimer purement et simplement le principe de la compensation d’ici mi-2020. Les propriétaires de panneaux solaires devront alors payer l’entièreté deskilowattheures réellement prélevés sur le réseau, ce qui signifie un alourdissement de la facture d’électricité de quelque 300 à 400 euros par an en moyenne. Cette mesure sera facile à mettre en œuvre à Bruxelles, car les installations sont déjà toutes équipées d’un compteur double flux.

Ceci dit, "même avec la disparition du compteur qui tourne à l’envers, le soutien apporté par les CV  à condition que le prix se maintienne au niveau actuel  permettra toujours d’obtenir un rendement assez élevé", selon l’analyse de Test-Achats. En supposant une autoconsommation de l’électricité produite de l’ordre de 30 à 40% et une très bonne orientation, le rendement peut atteindre 5%, selon les calculs de l’organisation de défense des consommateurs. "Si des conditions moins favorables peuvent faire baisser le rendement autour de 3 à 4%, les gains restent toutefois positifs et toujours plus élevés que les taux d’intérêts offerts par les comptes épargne." CQFD!

Que faire de votre excédent d’électricité?

Pour utiliser l’excédent d’électricité produite durant la journée, différentes solutions peuvent être envisagées par le prosumer.

→ La batterie domestique

Selon Damien Ernst, professeur à l’ULg et spécialisé dans les systèmes électriques, l’installation d’une batterie domestique n’est jamais rentable si elle est associée à un compteur qui tourne à l’envers pendant la production d’électricité. Dans le cas de l’installation d’un compteur bidirectionnel (couplé à un système de régulation qui favorise l’autoconsommation), le placement d’une batterie domestique pourra commencer à devenir intéressant. Car il est alors possible d’optimiser sa consommation tout en évitant de devoir contribuer financièrement à l’utilisation du réseau.

Damien Ernst reste néanmoins sceptique sur la rentabilité à long terme. "On peut déjà anticiper une taxe, directe ou indirecte, sur ces batteries quand leur déploiement deviendra massif. Sans cela, il sera impossible de financer les réseaux de distribution."

→ La production d’eau chaude sanitaire

Pour cela, il faut s’équiper d’un "PV heater". Ce dispositif permet de détecter les surplus de production photovoltaïque et, au lieu d’injecter l’électricité produite sur le réseau, celui-ci déclenche une résistance électrique qui va chauffer une réserve d’eau. D’après une simulation du portail Vaverslesoleil.be, grâce au PV heater, le prosumer peut augmenter son autoproduction (de 40 à 70%).

 

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