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Les agences de notations sont-elles responsables de la crise?

Les agences de notation font l'objet de nouvelles critiques, après la dégradation de la note de la dette américaine par l'agence Standard & Poor's. Pourtant, ce sont les pouvoirs publics qui leur ont donné autant de pouvoir. Les spécialistes proposent plusieurs voies pour sortir de cette crise de confiance.
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(mon argent) - Depuis 1941, les États-Unis possédaient la note la plus élevée: AAA. Mais vendredi soir, l'agence Standard & Poor's a changé la donne. L'agence de notation se réfère spécifiquement au "risque politique" que les mesures prises soient insuffisantes pour réduire la dette publique. Les obligations d'Etat américaines étant toujours considérées comme une valeur refuge, ce déclassement a provoqué une onde de choc à travers le monde financier. L'administration Obama a dénoncé la décision de S&P en affirmant qu'elle était "entachée d'une erreur de 2.000 milliards de dollars".

Une agence publique de notation?

Les grandes agences de notation (Moody’s, S&P et Fitch) n’ont pas eu bonne presse ces derniers temps. Leur implication dans la crise des subprimes est difficilement contestable. "S&P et Moody’s étaient en pleine concurrence sur ce segment, et chacune voulait avoir une partie du marché. Dès lors, les ratings AAA étaient accordés pour pratiquement chaque émission", souligne Frank Vranken (Chief Investment Advisor chez BNP Paribas Fortis Private Banking). En outre, leur manque de discernement en 2008 semble s’être aujourd’hui transformée en intransigeance vis-à-vis de certains pays périphériques européens. Ce qui pousse certains responsables à réclamer la création d’une agence publique de notation.

Position incontournable

Mais à quoi sert une agence de notation? Historiquement, lorsqu’un acteur privé ou public cherchait un financement, il s’adressait à son banquier, qui lui octroyait éventuellement ce crédit après avoir examiné la capacité de l’emprunteur à rembourser. "Depuis 30 ans, les banques et les pouvoirs publics ont de plus en plus délégué cette activité d’analyse vers ces agences", constate Peter Vanden Houte (Chief Economist chez ING Belgique). Les agences de notation sont généralement mandatées par l’emprunteur afin de donner un rating sur la dette qui va être émise, ce qui déterminera le taux d’intérêt que l’emprunteur sera amené à payer. Et dans la majeure partie des cas, c’est un système qui fonctionne correctement. "Certes, il y a eu des abus en 2008, mais cela ne signifie pas que tout ce qu’elles disent ou font est mauvais", martèle Etienne de Callataÿ (Chief Economist chez la Banque Degroof).

Dans l’état actuel des choses, il est difficile de se passer de ces agences, autour desquelles s’organise 70% des financements d’entreprises aux Etats-Unis, et 30% en Europe. Et cette proportion devrait progresser avec l’introduction des nouvelles règles prudentielles bancaires (Bâle III), qui vont limiter le niveau du risque (et donc de prêts) qu’une institution pourra encore prendre à son bilan. Il faut également souligner qu’il reste toute à fait possible d’émettre un emprunt obligataire sans avoir de rating d’une agence de notation, à condition que l’emprunt ne soit pas trop important, que l’emprunteur ait une bonne notoriété au niveau local.

Cercle vicieux

Les politiques se plaignent de plus en plus du pouvoir pris par ces agences. Pour Peter Vanden Houte (ING), "il faut rappeler que si les agences ont aujourd’hui un tel pouvoir, c’est de la faute des pouvoirs publics. Les législations qui régissent les marchés financiers font explicitement référence à la nécessité de respecter certaines règles relatives à la proportion de produits d’une certaine qualité, exprimé en rating de ces agences". "Les autorités de contrôle ont outsourcé leur activité de surveillance, et elles utilisent quotidiennement le travail des agences de notation", confirme Etienne de Callataÿ (Banque Degroof).

Les spécialistes sont d’accord pour dire que le problème n’est pas les agences de notation en tant que telles, mais de la manière dont l’activité de la notation est organisée. "Les baisses de rating sur les pays périphériques sont justifiées, au vu de l’augmentation du volume de la dette et de la faible capacité de remboursement de ces économies", souligne Frank Vranken (BNP Paribas Fortis). "Toutefois, quand une agence sort une note sur l’Espagne avec des perspectives négatives pour le futur, le taux auquel l’état espagnol emprunte va augmenter, ce qui rend encore plus difficile la capacité de l’état à tenir ses engagements. Cela peut ressembler à un cercle vicieux".  

Pas publique

Les experts sont plus que sceptiques sur l’agence publique de notation. "De par son caractère public, une telle agence ne pourrait pas se tromper dans ses avis, or je suis persuadé que si elle existait, elle aurait accordé pendant trop longtemps un bon rating à la Grèce", estime Etienne de Callataÿ (Banque Degroof). "Pour émettre un rating, il faut implicitement accepter qu’il soit possible de se tromper". Pour Frank Vranken (BNP Paribas Fortis), cette agence devrait être au contraire "totalement indépendante des pouvoirs politiques pour avoir une quelconque crédibilité dans le marché".

Les modifications envisagées par les experts sont donc de trois ordres, pas forcément compatibles les unes avec les autres:

  • Premièrement, supprimer l’importance implicite accordée aux agences de notation dans les règlementations prudentielles.
  • Deuxièmement, forcer les entreprises à alterner entre les différentes agences de notation, afin de ne pas avoir de relation privilégiée avec une agence particulière.
  • Troisièmement, multiplier le nombre d’agences, et arriver à une situation comparable aux marchés boursiers avec plusieurs dizaines d’analystes qui suivent les principales émissions, avec des rapports différenciés qui diminueraient l’importance des avis d’une agence.
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