Se mettre à l'abri grâce aux actions à dividende

©Sarah Vanbelle

La distribution royale de bénéfices donne l’eau à la bouche de bien des petits investisseurs. Mais un rendement sur dividende élevé se doit avant tout d’être durable.

L’époque où les épargnants conservaient leurs actions dans leur coffre-fort et les sortaient une fois par an pour minutieusement découper les coupons aux ciseaux est révolue. Bien des investisseurs n’en restent pas moins friands de dividendes. Et pour les amateurs de coupons, le choix ne manque pas. Plus de la moitié des actions cotées à Bruxelles a distribué un dividende en 2016. Si l’on laisse de côté les sociétés qui n’ont rien distribué, le rendement sur dividende du marché bruxellois s’est élevé à 3,09%. Sans les dividendes exceptionnels, on en est encore à 2,58%. Et sans les valeurs immobilières, qui sont connues pour leurs coupons royaux, le rendement baisse à 2,29%.

Market Live

De la clôture de Tokyo à celle des Bourses européennes, les infos du marché, minute par minute en cliquant ici. Suivez nous aussi sur Twitter: @MarketLive_BE

Les chiffres ci-dessus reflètent un rendement net, c’est-à-dire après déduction du précompte mobilier, qui était passé de 25% en 2015 à 27% en 2016. Le 1er janvier 2017, ce précompte est même passé à 30%, rabotant encore un peu plus le rendement des dividendes.

En ces temps de faiblesse des taux d’intérêt, les dividendes restent attrayants pour les investisseurs. Dans la plupart des cas, celui qui investit en produits à taux fixe, comme des bons de caisse ou des comptes à terme, subit une perte de pouvoir d’achat. Nous passons ici en revue les sociétés payant un dividende qui compense l’inflation belge, légèrement inférieure à 2%. Nous laissons toutefois de côté les actions immobilières et les holdings, abordés ailleurs dans ce guide.

1. Vérifier la durabilité du rendement de dividende

L’investisseur qui table sur un revenu régulier grâce au dividende se doit de vérifier si le coupon est durable. Plus le bénéfice net excède le dividende distribué, plus sûre est la perspective de sa distribution sur le long terme. À l’inverse, si le "pay out ratio", comme on l’appelle, s’approche de 100%, une année difficile risque plus facilement d’affecter l’actionnaire.

Guide Actions

Zoom sur 60 actions belges

Vous avez manqué le Guide Actions? Il est désormais de nouveau disponible chez votre libraire. Prix de vente: 6,90 euros. Cliquez ici pour recevoir un bon de réduction de €2.
Vous êtes abonné à L'Echo?
 Cliquez ici pour le lire au format PDF.

La Bourse de Bruxelles offre sur ce plan quelques belles "vaches à lait". Les entreprises aux sources de revenus les plus prévisibles et à la politique de dividendes claire sont les plus à même d’offrir une distribution sûre aux investisseurs. Entré en Bourse en 2015, TINC, le fonds qui finance des infrastructures, en est un bel exemple. Son activité, à savoir des investissements "PPP" ("partenariat public-privé") en ponts routiers et en projets énergétiques notamment, lui assure des revenus pour des décennies.

"Quelle est la volatilité de la profitabilité? Telle est la première question que je me pose, explique Manu Vandenbulck, gestionnaire pour NN Group d’un fonds paneuropéen qui met l’accent sur les valeurs payant un dividende. Nous accordons beaucoup d’importance au caractère cyclique du secteur en lien avec le pay-out ratio. Ainsi qu’à la solidité du bilan, évidemment."

2. Les champions du bilan

Une entreprise qui n’a pas de dette à rembourser peut chaque année gâter les investisseurs, même en cas de vaches maigres. Elles sont au nombre de sept, les entreprises qui depuis 25 ans ont réalisé leur ambition de maintenir un dividende stable, voire de l’augmenter. Il s’agit des sociétés d’investissement Sofina et Ackermans & van Haaren , du biscuitier Lotus Bakeries , du groupe chimique Solvay , du géant pharmaceutique UCB , de la chaîne de distribution Colruyt et du petit brasseur Co.Br.Ha .

Aujourd’hui, une entreprise comme Ageas retient l’attention. Son bilan révèle plus d’un milliard d’euros de liquidités. Cet assureur est à la recherche d’une opportunité de reprise stratégique, mais elle ne va probablement pas tirer toutes ses cartouches tout de suite. Et grâce à son quatrième programme de rachat d’actions propres, les dividendes doivent nourrir moins de bouches. Le holding Gimv possède, lui aussi, un beau matelas de liquidités après sa sortie de plusieurs investissements (gagnants ou pas).

Un autre acteur financier qui affiche un bon score aux cours actuels est KBC . Les actions bancaires sont certes considérées comme plus risquées depuis la crise du crédit, mais avec des cours plus faibles pour conséquence. "De nombreux acteurs financiers ont trimé pour restaurer les exigences de fonds propres", indique Sandra Vandersmissen de BNP Paribas Fortis. KBC est une des meilleures banques européennes sur le plan des exigences de capital – le rapport entre les fonds propres et les actifs risqués du bilan. À présent que toutes les aides d’État dont elle a bénéficié ont été remboursées, la banque ambitionne de distribuer chaque année la moitié de ses bénéfices.

3. L’État comme actionnaire

L’État également peut offrir une certaine protection au petit investisseur. Car la "société anonyme" Belgique a elle aussi un portefeuille: elle est toujours l’actionnaire majoritaire des ex-entreprises d’État Bpost (51,04%) et Proximus (53,51%). Les gouvernements qui se sont succédé ont toujours compté sur les dividendes de ces sociétés pour arrondir leur budget.

Ces deux entreprises se retrouvent donc logiquement parmi les généreux distributeurs de dividendes. Bpost, la plus royale des deux, possède toujours une montagne de liquidités après son échec de reprise de PostNL. Cette acquisition en aurait bien sûr fait une entreprise endettée, mais elle aurait dopé sensiblement le bénéfice par action.

"Bpost est fondamentalement saine". Sandra Vandersmissen de BNP Paribas Fortis Private Banking ne laisse planer aucun doute à ce sujet. Les liquidités utilisées pour maintenir le dividende ne rapportent pas grand-chose pour le moment. "La capacité de reprise est là. Mais l’on se dirige probablement vers des reprises moins ambitieuses."

Pour Sandra Vandersmissen, Proximus est "moins sexy". Celui qui investit dans le secteur des télécoms le fait souvent pour le rendement du dividende et non pas pour tirer des plus-values des hausses de cours. La CEO, Dominique Leroy, a récemment indiqué qu’elle voulait maintenir le dividende de 1,50 euro brut. En net, cela fait un petit peu moins que l’an dernier, vu le passage du précompte mobilier de 27% à 30%. Pour mémoire: jusqu’en 2013, le précompte mobilier était deux fois moins élevé qu’aujourd’hui.

Banque Nationale de Belgique: un cas à part

La Banque Nationale de Belgique distribue son bénéfice différemment des autres entreprises. L’État belge, qui détient 50% des actions, touche une part beaucoup plus grande du bénéfice que les actionnaires privés. Si tous les actionnaires perçoivent le même dividende, l’État reçoit en plus le solde du bénéfice, c’est-à-dire la part du bénéfice qui reste après avoir constitué les réserves et distribué le dividende. Il perçoit ce montant non pas comme dividende, mais en tant qu’État souverain. C’est une rémunération pour le monopole que la Banque nationale a obtenu de l’État pour l’émission des billets de banque, une activité lucrative. La Banque nationale a enregistré pour l’exercice comptable 2015 un bénéfice net de 550 millions d’euros. Elle a mis la moitié en réserve et a distribué un dividende brut de 54 millions d’euros, soit 134,41 euros par action. Le solde du bénéfice – 221 millions d’euros – a été versé à l’État, qui a donc perçu au total 248 millions d’euros, alors que les actionnaires privés ne se sont partagé que 27 millions d’euros.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect