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Actions biotechs: que faut-il surveiller?

Les sociétés belges de biotechnologie vivent sur leur trésorerie. Mais toutes ne sont pas logées à la même enseigne. Une société qui ne dispose pas d’assez de cash est plus vulnérable dans des marchés plus difficiles. Un point d’attention important pour les investisseurs attirés par ces valeurs à haut risque, mais aussi à haut rendement.
Le patron de l'entreprise belge Galapagos consacre 30 à 35% de son activité à rechercher du cash. ©BLOOMBERG NEWS

Le cash est un facteur vital pour une valeur biotechnologique. Et pour celui qui investit dans ces actions, ce critère doit résolument être pris en considération. Lors de la Belgian-Dutch Innovative Entrepreneurs & Finance Conference, organisée par Euronext et ING à l’occasion de la visite royale belge aux Pays-Bas le 28 novembre dernier, Onno Van Stolpe a rappelé combien la trésorerie d’une société de biotech est importante. Le patron de Galapagos a admis que 30 à 35% de son activité sont consacrés à la quête de cash. Sa société est "intense en capital à haut risque. Il faut constamment penser à un plan B, voire C, pour avoir du cash. Mon principal challenge en tant que CEO est de m’assurer qu’il y ait suffisamment de cash pour continuer notre activité" a-t-il indiqué.

1. L’entreprise va-t-elle bientôt atteindre un "milestone"?

Les sociétés de biotechnologie comme Galapagos utilisent les liquidités pour développer leurs molécules. Peu d’entre elles dégagent en effet un chiffre d’affaires et donc du bénéfice. Aussi ne peuvent-elles compter que sur leur trésorerie pour avancer dans les différentes phases de développement de leurs molécules.

1 milliard €
Avec 1 milliard d’euros de liquidités, la société malinoise Galapagos se place loin devant toutes les autres sociétés de biotechnologie belges et même européennes en termes de cash.

"Il faut prendre en compte le niveau de trésorerie de la société et le rythme auquel elle brûle son cash. Après deux à trois ans d’existence en Bourse, une société de biotech doit repasser par la caisse, car son cash est consommé, indique Michel Ernst, conseiller en actions chez CBC. Mais elle peut aussi conclure des accords avec des grands groupes comme Pfizer. Quand elle atteint un ‘milestone’ avec un de ses produits, elle peut recevoir des moyens supplémentaires de la firme pharmaceutique. Mais on l’a vu avec Ablynx: s’il y a le moindre doute sur le produit, la firme peut abandonner. Le marché réagit mal", ajoute-t-il.

À titre de bon exemple, Galapagos a reçu en novembre le paiement de 10 millions de dollars du géant américain Gilead, avec qui la société dispose d’un partenariat, après le lancement de la phase 2b/3 de l’étude Selection visant la rectocolite hémorragique. Elle a aussi reçu 50 millions de dollars du laboratoire américain pour lancer la phase III des essais cliniques pour son traitement contre la maladie de Crohn.

Il faut aussi mentionner Argen-X, qui a signé début 2016 avec le géant AbbVie le plus gros contrat conclu par une biotech belge.

2. Des produits sont-ils en cours de commercialisation?

Le cash est particulièrement important pour les sociétés de biotechnologie de plus petite taille, qui ne commercialisent pas de médicaments. Et elles sont nombreuses en Bourse de Bruxelles. Deux d’entre elles, ThromboGenics et TiGenix, ont connu les aléas de la commercialisation de leur molécule.

→ ThromboGenics

ThromboGenics, première biotech belge à avoir été intégrée au Bel 20, avant sa descente aux enfers, a connu des ventes décevantes avec son traitement ophtalmologique Jetrea, qu’elle continue toutefois de vendre. "Le problème de ThromboGenics repose sur une erreur stratégique. Quand ils ont voulu vendre le Jetrea aux Etats-Unis, ils ont décidé de le faire eux-mêmes, en allant trouver directement les chirurgiens ophtalmologistes pour leur proposer un produit de 150 dollars qui remplace des opérations à plusieurs milliers de dollars. Cela a beaucoup gâché le lancement du produit, relève Michel Ernst. Aujourd’hui, ThromboGenics retombe dans la catégorie des ‘pré-biotech’, même si la société continue de vendre son Jetrea. Elle doit compter sur son pipeline de traitements en production", ajoute-t-il. ThromboGenics dispose néanmoins d’une trésorerie de 88,2 millions d’euros.

→ TiGenix

TiGenix, qui s’est introduit sur le Nasdaq à la fin du mois de décembre, a connu un parcours catastrophique depuis sa première cotation en mars 2007. La société est arrivée sur le marché avec un produit en phase de commercialisation, le ChondroCelect, mais comme pour ThromboGenics, les ventes se sont révélées moindres qu’attendu, avec une cible plus étroite que prévu. Suite à la commercialisation de ce traitement en Europe, le groupe s’est retrouvé quasiment exsangue en 2011. Depuis, il a conclu une alliance avec Cellerix, une biotech espagnole qui lui a amené un pipeline de médicaments. TiGenix se retrouve ainsi à la case départ, comme ThromboGenics. Toutefois, son traitement Cx601, qui vise à soigner les fistules anales, un des effets secondaires les plus handicapants pour les personnes atteintes de la maladie de Crohn, est proche de la commercialisation.

3. Quelle est la solidité de l’entreprise en cas d’augmentation de capital?

Pour toutes les sociétés de biotechnologie belges, le cash reste important. Rudi Van den Eynde, gestionnaire de fonds biotech chez Candriam, souligne que le niveau de cash donne de la crédibilité à une société de biotechnologie. "Si celle-ci n’a pas plus de cash et qu’elle doit procéder à une augmentation de capital, les investisseurs savent qu’elle n’a pas d’autre alternative que de procéder à cette opération à un prix très bas, observe-t-il. Si une société dispose d’une bonne trésorerie, par contre, elle peut procéder à une augmentation de capital sans se retrouver dos au mur", ajoute-t-il. De même, lorsque la société négocie avec une grande biotech ou un groupe pharmaceutique des accords pour le développement de ses molécules. Si elle ne possède pas de cash, les conditions de négociation peuvent lui être défavorables. Alors que si elle possède des liquidités, elle est bien positionnée pour négocier à un moment opportun", précise encore le gestionnaire.

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Rudi Van den Eynde souligne que les sociétés de biotechnologie américaines ont mieux compris que leurs pairs européens la nécessité de renforcer leur trésorerie. "Aux Etats-Unis, la direction des sociétés biotechs a compris qu’elles ne peuvent pas se retrouver avec des caisses vides et qu’elles doivent pouvoir survivre dans les moments difficiles, pour éviter d’avoir à augmenter leur capital durant ces périodes" indique-t-il. Mais il précise qu’aux Etats-Unis, les sociétés de biotechnologie ont plus facile à trouver des capitaux. "Il existe là-bas des fonds spécialisés et des fonds de croissance qui investissent dans les biotechs" relève-t-il. Des sociétés belges comme Galapagos, Celyad et TiGenix vont se faire coter aux Etats-Unis pour trouver ces investisseurs.

4. Quelle est la qualité de la direction?

Le niveau de trésorerie d’une société de biotechnologie dépend de l’équipe dirigeante évidemment. "Le directeur financier est au moins aussi important que le directeur de la société pour gérer le cash, souligne Michel Ernst. L’équipe dirigeante d’une biotech doit montrer qu’elle respecte un calendrier et doit se montrer crédible. Aux Etats-Unis, les sociétés respectent leur calendrier beaucoup plus qu’en Europe. Sur le Vieux Continent, le secteur doit encore apprendre", relève Rudi Van den Eynde. Toutefois, il indique que certaines sociétés européennes se distinguent. Et l’une d’entre elles est basée à Malines. Il s’agit de Galapagos. Avec près d’un milliard d’euros de trésorerie, la société se place loin devant toutes les autres sociétés de biotech belges et même européennes en termes de cash.

"Galapagos est un bon exemple. Sa molécule pour traiter la fibrose cystique évolue très vite en essais cliniques. La direction a appris. Il n’est pas dit que cette molécule va marcher, mais la société montre qu’elle respecte un calendrier et qu’elle progresse, commente Rudi Van den Eynde. En étant en contact avec des investisseurs américains plus agressifs, la société a changé. Elle a appris à bouger plus vite. Ce contact lui a donné plus de rigueur", ajoute-t-il.

5. Y a-t-il plus d’un produit dans le pipeline?

Le cash pour une société de biotech ne fait pourtant pas tout. "Il faut aussi un pipeline de traitements et pas qu’un seul, avec plusieurs produits dans différentes phases d’essais cliniques", insiste Michel Ernst. 

©MEDIAFIN

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