"Je ne mérite pas la taxe sur les comptes-titres"

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Témoignage | Willy Doom, 68 ans, investit depuis 35 ans, principalement en actions belges. Histoire de mettre du beurre dans les épinards.

Ancien délégué syndical, Willy Doom a travaillé pendant 40 ans comme ouvrier dans la construction. Jusqu’au début des années 80, il laissait le gros de son épargne sur un livret d’épargne. C’est alors qu’est arrivée la loi Cooreman-De Clercq, qui encourageait les placements en actions par un incitant fiscal. "Pendant des dizaines d’années, j’ai placé en actions 95% de l’argent que j’arrivais à mettre de côté. Je ne fumais pas, je consommais très peu d’alcool et je ne voyageais quasiment pas. C’est ce qui m’a permis d’investir en Bourse", explique-t-il. Aujourd’hui, il peut profiter de ses vieux jours et vient juste de rentrer d’un long séjour en Thaïlande.

"GBL a été mon premier placement en actions, sur les conseils de ma banque. Lorsque des problèmes ont surgi avec la filiale américaine Drexel Burnham Lambert, je les ai vendues. A présent, je suis de nouveau actionnaire de GBL depuis de nombreuses années déjà." Willy Doom est un investisseur à long terme. "Je détiens pas mal d’actions depuis plus de 20 ans, comme le promoteur immobilier Atenor. Je ne vends que si le poids d’une action dans le portefeuille devient trop important. Pendant la crise boursière, il n’a jamais vendu. Au contraire, il a acheté davantage. Souvent trop tôt, mais au bout du compte avec succès. Et Willy Doom d’ajouter: Aujourd’hui, je suis pensionné et après 35 ans d’épargne, je possède plus de 500.000 euros sur un compte-titres."

"Pendant des dizaines d’années, j’ai placé en actions 95% de l’argent que j’arrivais à mettre de côté."
Willy Doom

Du coup, Willy Doom évoque la taxe sur les comptes-titres, que le gouvernement a instaurée au début de cette année. Celui qui possède plus d’un demi-million d’euros sur un compte-titres doit payer 0,15% de taxe sur le montant total présent sur le compte. Pour Willy Doom, c’est scandaleux. "Au lieu de taxer les gens prévoyants et qui avancent dans la vie, le gouvernement ferait mieux de motiver les gens à être prévoyants. Car je suis certain que la majorité de la population peut faire comme moi, si on la motive à investir. L’enseignement pourrait être un outil à cet effet. Le gouvernement devrait d’urgence aller prendre un verre avec le sénateur honoraire Étienne Cooreman."

Willy Doom est très critique vis-à-vis de nos dirigeants. "Comme délégué syndical, j’avais un devoir d’exemple et je n’ai donc jamais presté des heures en noir. Alors que beaucoup trouvaient normal de recevoir une enveloppe brune de la main à la main en plus de leur salaire."

"Je me sens sérieusement floué en tant qu’électeur, car cette taxe ne figurait pas dans le programme électoral. Ma confiance dans la CSC en prend un fameux coup. Ils estiment que la taxe sur les comptes-titres est une mesure justifiée pour faire payer les riches. Or, même un enfant voit qu’il y a de nombreuses portes de sortie. Ne paieront que ceux qui ont épargné ou placé un beau capital, mais pas assez important cependant pour pouvoir profiter de ces échappatoires. Quelqu’un qui possède 5 millions d’euros en actions nominatives ne paie rien. Vous trouvez cela normal? Idem pour ceux qui détiennent par exemple une flopée d’immeubles de rapport."

Sur la base du montant qu’il détient aujourd’hui sur son compte-titres, Willy Doom devrait payer tous les ans plusieurs centaines d’euros de taxe à l’Etat. Mais il ne compte pas se laisser faire: "J’envisage de vendre des positions pour ramener mon compte-titres sous la barre des 500.000 euros. Je n’ai plus acheté d’actions, au contraire, j’ai commencé à vendre. Je cherche des alternatives."

La taxe sur les comptes-titres passe le cap de la seconde lecture

La taxe sur les comptes-titre a été approuvée en seconde lecture en Commission des Finances de la Chambre ce mardi 16 janvier. Les partis de la majorité ont marqué leur accord là où l'opposition (PS, sp.a, Ecolo-Groen) s'est abstenue. Le cdH s'est lui prononcé contre la mesure.

La taxe sur les comptes-titres est couplée politiquement avec une réduction de l'Isoc et les 500 euros mensuels défiscalisés. La mesure relative à l'Isoc avait déjà reçu le feu vert avant la Noël mais les discussions se poursuivaient sur les deux autres points.

Quoi qu'il en soit le vote de ce jour n'est qu'un détail. Les deux mesures doivent encore être validées en séance plénière de la Chambre. Cette séance reste suspendue à l'aval de la Cocof sur l'enveloppe de 500 euros défiscalisés. Si un conflit d'intérêt était soulevé, ce volet-là serait interrompu 60 jours durant.     

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