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Ces actions qui pourraient profiter de la hausse du dollar

Ce pourrait être l’un des thèmes dominants de 2015: choisir les actions selon la sensibilité des entreprises à l’évolution du dollar. La baisse de l’euro devrait conduire à un surcroît de croissance en zone euro, permettant aux entreprises de gagner des parts de marché.
©Pieter Van Eenoge

Toutes les entreprises ne sont évidemment pas concernées par les fluctuations des devises sur les marchés des changes. Des sociétés comme Belgacom, Telenet, Colruyt, Kinepolis, Moury Conctruct et on en passe, qui réalisent l’essentiel de leurs affaires en Belgique ou dans la zone euro — donc dans la monnaie européenne -, ne sont pas touchées par l’évolution du billet vert. Ce sont plutôt celles qui réalisent tout ou partie de leurs affaires en dehors de la zone euro qui sont concernées.

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Depuis son plus haut de 2014, atteint en mars à 1,393 dollar, l’euro s’est déjà replié de 15,5% par rapport à la monnaie américaine, pour revenir à 1,20 dollar. Cette évolution permet d’espérer de meilleures performances au niveau des résultats de sociétés. Et cela d’autant plus que ce n’est pas uniquement face au billet vert que l’euro courbe l’échine. La monnaie européenne cède également du terrain face au franc suisse, à la livre sterling et au yuan chinois. Il n’y a en fait, parmi les principales devises au monde, que vis-à-vis du yen japonais que l’euro a gagné un peu de terrain.

Ibra Wane, stratégiste chez Amundi Asset Management (Paris), estime qu’une baisse de 10% du taux de change effectif de l’euro (c’est-à-dire face à un panier des principales devises au monde) aurait un impact de l’ordre de + 12,5% sur les résultats. Cet impact ne sera toutefois pas le même selon qu’il s’agisse d’un secteur très ouvert ou non à l’international. Par ailleurs, "compte tenu des couvertures auxquelles les entreprises ont eu recours pour se protéger contre les fluctuations des changes, ce phénomène pourrait prendre 3 à 6 mois avant de commencer à impacter les résultats", précise Ibra Wane. Dans cette perspective, constate de son côté Patrick Casselman, Senior Equity Specialist Retail & Private Banking auprès de BNP Paribas Fortis, "le marché et les analystes ne tiendraient pas suffisamment compte de l’évolution des cours des devises. Ce qui signifie que l’on peut s’attendre à de bonnes surprises et à des révisions de bénéfices à la hausse."

Coûts en euros, ventes en dollars

Quelles sont les sociétés susceptibles de bénéficier de la hausse du dollar à la Bourse de Bruxelles? Pour Anne-Catherine Delaye, gestionnaire de fonds auprès de Candriam (Bruxelles), "il faut rechercher les sociétés qui ont des coûts en euro, mais qui vendent en dollar. Ce sont celles qui ont le plus de chances de profiter de la vigueur du billet vert." Et de citer des noms comme Arseus, IBA qui réalise de fortes ventes aux Etats-Unis, Melexis et Barco entre autres.

AB InBev et Delhaize dont les coûts et les ventes sont dans la même devise, en l’occurrence en dollar, sont souvent parmi les premiers titres courtisés lorsque le dollar repart à la hausse. "Ils ne devraient cependant pas beaucoup en bénéficier", avance Anne-Catherine Delaye. "Ces entreprises cherchent à lisser l’impact des fluctuations des devises, en s’endettant par exemple en dollar. C’est leur manière de se protéger contre les fluctuations des devises."

Sociétés actives aux Etats-Unis

Patrick Casselman estime que l’action AB InBev figure parmi celles dont les résultats profiteront le plus de la vigueur retrouvée du dollar. "Même si le dollar n’est pas la seule devise à jouer un rôle, la sensibilité totale aux cours des changes joue sur plus de 90% de la valeur de l’entreprise". Dans la foulée, il joint à AB InBev des titres comme Bekaert, Solvay, Umicore et Tessenderlo. "Ces sociétés exercent aussi une grande partie de leurs activités aux Etats-Unis. 60% pour Solvay, 40% chez Umicore et 25% chez Tessenderlo."

L’atout des gains en dollar
  • Les entreprises qui ont des coûts en euro et vendent en dollar sont celles qui profitent le plus de la hausse du billet vert. 
  • L’impact des taux de change sur les résultats est souvent sous-estimé par les investisseurs. 
À tenir à l’œil
  • Certaines sociétés se protègent contre les fluctuations de cours.  Elles ne profitent donc pas des taux de change, mais n’en sont pas victimes non plus...
  • Ne vous focalisez pas uniquement sur les taux de change. Les fondamentaux d’une entreprise restent les éléments primordiaux.

À l’exception de Tessenderlo qui enregistre une hausse de 5,5% sur Euronext Bruxelles au cours des six derniers mois, les actions Solvay et Umicore peinent pour leur part à séduire les investisseurs ces derniers temps. Umicore perd près de 5% depuis juillet et Solvay 15,5%. "C’est qu’il convient aussi de prendre en compte d’autres aspects, explique Patrick Casselman. La baisse du prix du pétrole a des effets positifs pour certains secteurs chez Solvay. Mais pour la plupart de ses divisions, cette baisse des prix pétroliers entraîne un recul des prix de ventes et donc des marges." Il en est de même pour Bekaert qui ne tient pas trop la forme à la Bourse de Bruxelles. La société courtraisienne réalise plus 70% de ses activités en dehors de la zone euro. Il est vrai que pour plus de la moitié de ce pourcentage, elles le sont dans des régions émergentes. Et notamment en Chine, où la concurrence d’entreprises actives dans les mêmes secteurs met sous pression ses marges, outre la hausse du yuan chinois. Depuis juillet, la devise chinoise s’est renforcée de 14% contre l’euro.

Financière de Tubize plutôt qu’UCB

Le stratégiste de BNP Paribas Fortis Private Banking rejoint par contre Anne-Catherine Delaye (Candriam) lorsqu’elle affirme que les sociétés qui produisent en euros et vendent en dollars sont bien placées pour bénéficier de la hausse du billet vert.

Patrick Casselman pointe un titre comme UCB, qui comptabilise la plupart de ses coûts en euros, en livres sterling et en francs suisses, mais qui assure près de 70% de son chiffre d’affaires en dehors de la zone euro, dont 42% aux Etats-Unis. "Pour une variation de 10% de la parité euro-dollar, sa sensibilité globale sera donc supérieure à ce chiffre", calcule-t-il, ajoutant que le groupe pharmaceutique sera en mesure, parallèlement, d’assurer une croissance de ses affaires en mettant au point de nouveaux produits. Mais plutôt que d’opter pour l’action UCB, le stratégiste suggère de privilégier l’action de sa holding de contrôle, Financière de Tubize. Celle-ci détient 36,2% du capital d’UCB et permet du coup d’acquérir des actions UCB avec une décote.

Activité plus concurrentielle

La remontée du dollar permet encore à une poignée d’entreprises d’être mieux armées face à leurs concurrents américains. En produisant en Europe et en vendant aux Etats-Unis, Barco est censé réaliser de meilleures marges. En même temps, les entreprises américaines rencontrent plus de difficultés à écouler leurs produits concurrents dans la zone euro, en raison de la cherté de leur devise. Dans ce registre, on retrouve donc Barco. Mais aussi Melexis, Agfa et EVS. Enfin, un autre groupe de sociétés devrait bénéficier de la santé retrouvée du billet vert: celles actives sur les marchés mondiaux où les prix sont exprimés en dollars. On trouve à cette échelle Nyrstar qui est "active sur le marché des matières premières et dont la sensibilité au dollar est encore plus élevée parce que ses coûts sont en euros." Les compagnies maritimes comme CMB, Euronav et Exmar s’inscrivent également dans cette catégorie. Elles comptabilisent toutes leurs opérations en dollars et publient leurs comptes en dollars. "Elles sont de facto des actions ‘dollars’à quasi 100%, souligne Patrick Casselman, avec pour conséquence que leur valeur sous-jacente est proportionnellement liée à la variation de la parité euro-dollar.

Encore une fois, le thème du dollar ne permet pas de négliger les fondamentaux propres aux actions. En dépit de la hausse quasi ininterrompue du billet vert depuis l’été, CMB n’a cessé de perdre du terrain en Bourse. Il a cédé près de 20% ces six derniers mois. «La valeur souffre toujours du problème de surcapacité dans ce segment des transports (vrac sec)», souligne Patrick Casselman. En moins de deux mois, en novembre et décembre, l’indice Baltic Dry, qui donne une idée de l’évolution des prix des transports de marchandises par mer, a plongé de près de 50%. C’est moins le cas pour Euronav, qui a profité d’une reprise des transports vers la Chine. Cette action affiche un gain de 6% depuis la mi-2014.

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