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Serez-vous plus taxé demain ?

Relèvement de la TVA, taxation accrue des carburants, alourdissement de la fiscalité immobilière... Les pistes pour redresser le déficit public sont nombreuses. Pour Etienne de Callataÿ (Banque Degroof), "nous avons tout intérêt à prendre rapidement des mesures de rigueur, plutôt que d’être obligés d’agir sous la contrainte des marchés financiers."
©Caroline Sury

(mon argent) - Va-t-on vous taxer plus demain? La question est brûlante. Les efforts considérables réalisés par les Etats pour sauver le système bancaire ont largement accru les déficits publics. Depuis, les attaques spéculatives contre la Grèce d’abord, contre la zone euro ensuite, ont aggravé la situation. Et si la réaction sans précédent des autorités politiques et monétaires a éteint l’incendie, le feu couve toujours. La fragilité de nos économies surendettées exige un assainissement de nos finances publiques. Et cela passera inévitablement par des politiques d’austérité.

Pour Etienne de Callatay, économiste en chef à la banque Degroof, "oui, on nous taxera davantage demain. Oui, on n’échappera pas à un alourdissement de la fiscalité, ne fut-ce que pour des raisons politiques. L’objectif sera de présenter l’ensemble des mesures comme faisant partie d’un ensemble équilibré, avec un effort du côté tant des dépenses de l’Etat que des recettes." Entretien.

Comment augmenter les recettes?

"Je vois trois pistes: l’alourdissement de la fiscalité des personnes, la pénalisation du secteur bancaire et la fiscalité environnementale."

La première piste passe-t-elle par un relèvement de la TVA, ce qui concernerait tout le monde?

"C’est une bonne idée, mais à condition que les revenus les plus faibles soient immunisés. Une hausse des prix se répercute dans les salaires, qui sont indexés. Il faut donc neutraliser partiellement l’index. On peut très bien imaginer que l’on ait un relèvement de la tva et que l’incidence sur l’indexation des salaires soit calculée sur la base du salaire minimum. En clair, jusqu’à hauteur du salaire minimum, tout le monde reçoit l’indexation salariale correspondant à ce relèvement de la TVA, et les bas salaires ne sont donc pas pénalisés. Mais les autres ne percevraient rien de plus en euros." 

Faut-il taxer le secteur bancaire?

"La deuxième piste vise en effet à mettre à contribution ceux qui ont une responsabilité particulière dans la crise ou ceux qui ont bénéficié d’un sauvetage particulier pendant celle-ci: le secteur bancaire."

La troisième piste, environnementale, toucherait plus directement nos portefeuilles?

"Il s’agirait en effet d’accroître la fiscalité "verte". Est-ce que cela se fera sous la forme d’une taxe carbone, qui frapperait tout type de consommation? Ou faut-il se limiter au mazout et aux carburants? Ou mettre en place un système de péage urbain? Une taxe autoroutière? Le choix est vaste…"

Faut-il aussi s’attendre à une taxation accrue du patrimoine des particuliers?

"Oui. Primo, le patrimoine en Belgique est relativement peu taxé. Secundo, certaines formes de patrimoine sont plus mobiles que d’autres et seront donc plus faciles à déplacer au cas où il y aurait un alourdissement de la fiscalité. Il faudra donc tenir compte de ce qui est faisable, compte tenu de la mobilité du capital. C’est pourquoi je crois, et sans du tout porter de jugement de valeur, que le patrimoine immobilier est davantage candidat à un alourdissement de la taxation."

On pourrait donc encore taxer davantage l’immobilier?

"Oui, car la taxation immobilière en Belgique est relativement légère par rapport à d’autres pays, comme la France ou les Etats-Unis."

C’est vrai pour le revenu locatif, pas pour les droits de succession…

"Exact. Je n’aime pas trop l’impôt successoral, car c’est un impôt sur la mort. Il serait plus juste de taxer ce qui procure le revenu. Alors, va-t-on remettre sur la table le fameux débat sur l’éventuelle taxation des revenus locatifs réels? Ou la péréquation cadastrale? Il y a des choses à faire…"

La Belgique risque-t-elle d’être la cible de spéculateurs?

"Le risque existe. C’est pourquoi il vaut beaucoup mieux que le pays annonce dès à présent des mesures d’austérité, même si elles ne sortent leurs effets qu’en 2011 ou en 2012. Si l’on décide aujourd’hui d’instaurer un péage routier intelligent, ce n’est pas en quelques mois qu’on installera le système électronique nécessaire. Mais nous avons tout intérêt à prendre rapidement des mesures de rigueur, plutôt que d’être obligés d’agir sous la contrainte des marchés financiers, qui nous obligeront à ce moment-là à doubler la dose!"

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