Mon argent La réponse à toutes vos questions d'argent

"Ce serait génial d'avoir ce cours 4 heures par semaine"

Reportage | C’est principalement par le biais de leurs parents que les Belges ont appris à épargner, révèle l’enquête réalisée par Wikifin.be et L’Echo dans le cadre de la Semaine de l’Argent. Seuls 7% l’ont appris à l’école. À quoi ressemble le premier cours obligatoire d’éducation financière? Visite dans deux classes de 5e.
Mathilde Regout passe en revue avec les 5e Arts les différents contrats de crédit. ©Kristof Vadino

Lundi matin, 9h30. Mathilde, 29 ans, l’un des trois professeurs de "Formation sociale et économique" du centre scolaire Ma Campagne (Ixelles), termine son café dans la salle des profs. Ce cours est tout neuf. Il a été lancé au début de cette année scolaire pour les élèves en technique et professionnel.

Dans 30 minutes, cette jeune enseignante, souriante et pleine d’entrain, a rendez-vous avec les 5e "Compta" de l’enseignement technique. "Avec ce groupe d’élèves-là, je peux me permettre d’aller moins dans le détail car ils en connaissent déjà un rayon sur certaines des matières abordées."

C’est nettement moins le cas avec sa classe de 5e "Arts". "Mais ce n’est pas un problème car pour les élèves en professionnel, le programme du cours s’étend sur deux années. J’ai donc un peu plus de temps pour parcourir la même matière. Par exemple, je n’ai pas besoin de rappeler aux Comptas que le remboursement d’un crédit se constitue du principal et des intérêts alors que mes élèves en Arts n’en ont aucune idée."

9h55. La sonnerie de reprise des cours retentit. Il est temps d’aller aborder le sujet du jour: le crédit et le surendettement. Alors que Mathilde franchit le seuil de la classe, ses seize élèves sont déjà tous assis dans le calme avec leur cours ouvert. Ce silence ambiant tranche avec les cris de centaines d’enfants qui jouent à l’extérieur.

Avant d’aborder la nouvelle matière, elle entreprend un petit rappel du cours précédent en vue de préparer une future interro. Les questions qu’elle pose invitent les adolescents à participer activement au récapitulatif. "C’est quoi un contrat? Comment nomme-t-on les cocontractants? Quelles sont les 4 conditions de validité du contrat? Quels sont les vices du consentement?"

Tour à tour, les élèves prennent la parole sans hésiter. Même si quelques réponses manquent parfois de précision, on sent que la matière est déjà bien acquise. Housna, une élève assise au premier rang, nous confie d’ailleurs que "bien relire son cours, c’est suffisant pour réussir les tests vu qu’on répète plusieurs fois la matière en classe."

Les contrats de crédit

Ce rappel terminé, Mathilde se met à évoquer des exemples pratiques sur les contrats de crédit! C’est tout sauf un cours magistral! Comme lors du rappel, elle pose systématiquement des questions à ses élèves pour garder leur attention. Elle discute avec eux des différences entre le prêt à tempérament, la vente à tempérament, la carte de crédit, le crédit hypothécaire et la possibilité de descendre en négatif sur un compte à vue. Mais aussi les avantages et les inconvénients de chacune de ces formules de prêt.

"C’est un cours très global et hyper chouette à enseigner. Il contient du droit, de l’économie, des sciences sociales."
Mathilde Regout
Enseignante

Elle propose ensuite à ses élèves d’aborder le surendettement via des exercices de groupe. "Qui peut me définir cette problématique?" Spontanément, un élève lui répond: "Cela peut commencer quand on ne paie pas ses factures, ni les frais de rappel qui s’ensuivent. Puis on contracte un prêt à la banque pour rembourser ses dettes." Elle acquiesce et ajoute: "Très bien mais si une nouvelle tuile vous tombe dessus, vous pouvez vite vous retrouver dans une spirale où des crédits entraînent de nouveaux crédits. C’est donc une problématique qui peut toucher tout le monde et il faut y faire attention."

Jean-Christophe, un grand blond passionné par ce cours, précise à son tour que le surendettement peut aussi venir de la contraction de crédits pour acheter d’autres choses qu’une maison ou une voiture. "En utilisant ces moyens de financement, il y a donc un risque de surendettement car ça peut nous entraîner à vivre au-dessus de nos moyens et à céder plus facilement à des achats compulsifs."

Cette classe de 5e Compta est en effet déjà bien au courant des risques encourus par ceux qui n’ont pas la patience d’épargner pour réaliser de gros achats. Mais pas seulement. "Ce que j’aime dans ce cours, nous répond Doriane, c’est qu’il nous montre à quoi nous devrons faire attention plus tard et comment agir en cas de problème."

D’ailleurs, à de nombreuses reprises, Mathilde rappelle à ses élèves qu’en cas de souci, ce n’est pas le banquier qu’il faut aller voir en premier mais bien un médiateur. Doriane nous confie à ce propos que jusqu’ici elle n’avait jamais entendu parler de la médiation de dettes. Ravie, Housna, sa voisine de classe, ajoute avec un large sourire: "je suis persuadée que tout ce que nous apprenons dans ce cours nous servira plus tard."

éducation financière: Quels sont les cours?

Le cours de Formation sociale et économique est devenu un cours obligatoire en technique (en 5e et 6e) et en professionnelle (5e-7e) en septembre 2016. Il a pour contenu la gestion d’un budget (et le surendettement), la consommation, le citoyen et l’état, le marché du travail et l’éducation aux médias.

Quid dans l’enseignement général? Lundi dernier, Marie-Martine Schyns s’est exprimée à ce sujet. "La volonté jusqu’à présent est que cet apprentissage (l’éducation financière) soit transversal et ne fasse pas l’objet d’un cours propre. Dans la vision de l’école de demain, tous les enfants, pendant les neuf premières années de leur scolarité, bénéficieront d’un enseignement commun et riche d’une plus grande variété d’apprentissages. Il y aura une dimension plus importante des sciences économiques et sociales pour tous les élèves et au-delà de cet apprentissage spécifique, viendront s’ajouter des connaissances et des aptitudes transversales essentielles telles que la créativité, l’esprit d’entreprendre, l’emploi du numérique, le développement chez l’élève d’un esprit critique sur son environnement et ce, dès la première année primaire."

Volubile, Jean-Christophe, nous confie à son tour ses impressions sur ce nouveau cours. "Chaque semaine, ce sont deux heures qui se lient avec beaucoup d’autres de nos cours, il y a des liens logiques et c’est très chouette. En plus, ce qui est vraiment sympa, c’est que l’on est non-stop en interaction avec le professeur, ce qui donne beaucoup de dynamisme à ce cours. On peut débattre et dire tout ce que l’on pense." Il insiste, "ce sont vraiment deux heures que j’adore avoir chaque semaine."

Assis juste à côté, Gianni réagit en rigolant: "On remplacerait bien le cours de français par plus d’heures de ce cours-ci." Jean-Christophe lui emboîte alors le pas: "oh oui, 4 heures semaine, ce serait vraiment génial."

Un cours ennuyant?

13h30. Les 5e Arts attendent Mathilde dans un certain brouhaha, ce qui donne un côté plus désordonné à la classe que ce matin. Cette joyeuse ambiance ne l’empêche nullement de commencer son cours avec ici aussi quelques rappels. Les élèves participent avec le même entrain et surtout avec nettement plus d’humour dans leurs réponses. L’atmosphère est clairement détendue. Celle-ci n’empêche néanmoins pas Joanna de nous avouer qu’elle n’aime pas spécialement ce cours car elle le trouve un peu ennuyant. "Au début de l’année, la matière ne me plaisait pas du tout. C’était sur les agents sociaux je crois. Maintenant, c’est un peu mieux car j’apprends ce que sont des contrats de crédit. Je pense que c’est une matière indispensable à connaître dans la vie."

Dounia partage à moitié son avis. "C’est vrai que lors des premiers cours, je trouvais cette nouvelle matière dure et parfois même ennuyante. Mais depuis que j’arrive à faire des liens entre ce cours et ce que je vois à la télé, je me rends compte qu’il est très intéressant. Je sais par exemple que si un jour je m’endette, je ne dois surtout pas aller voir un banquier, histoire de ne pas m’enfoncer!" Message passé.

Les nombreux rappels de Mathilde ne sont donc pas vains. On peut même espérer que ces jeunes feront de meilleurs choix de consommation (ou d’épargne) et qu’ils ne viendront pas grossir, d’ici quelques années, les statistiques des ménages lourdement endettés.

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés