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L'épargnant belge subit sa plus lourde perte depuis la crise bancaire

Le taux d’intérêt réel des dépôts - qui tient compte de l’inflation - n’a plus été aussi faible depuis septembre 2008. Ce taux est en outre très souvent plus bas que ceux des pays voisins.
©ANP XTRA

Pour l’épargnant belge, inflation élevée et taux d’intérêt très bas ne font pas bon ménage. En février 2017, le taux d’intérêt réel moyen d’un dépôt d’épargne en Belgique est tombé à -3,19%, d’après les calculs de L’Echo basés sur des statistiques officielles et une méthode validée par le professeur Eric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG School of Management à Lille.

La semaine de l'argent 2017

La Se­maine de l’Ar­gent est une ini­tia­tive de Wikifin.​be, menée en col­la­bo­ra­tion avec L’Echo et la RTBF. L’ob­jec­tif de La Se­maine de l’Ar­gent est de per­mettre un débat aussi large que pos­sible sur les ques­tions d’ar­gent, et de faire la pro­mo­tion de l’édu­ca­tion fi­nan­cière. Cette année, c’est le thème 'Épar­gner, … ou pas ?' qui est mis en avant.

 

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Ce taux n’avait plus été aussi bas depuis la crise bancaire: en septembre 2008, le taux d’intérêt réel moyen avait atteint -3,70%.

 

Rémunération moins inflation

Si l’épargne des Belges fond au lieu de fructifier, c’est parce que, d’une part, l’inflation accélère et, d’autre part, les taux d’intérêt nominaux se situent à des niveaux historiquement bas.

D’après les indices des prix à la consommation harmonisés (IPCH) publiés par Eurostat, l’office de statistique de l’Union européenne, l’inflation a atteint 3,31% en Belgique en février 2017, un sommet en cinq ans.

D’après les statistiques de la Banque centrale européenne (BCE) qui recensent les taux d’intérêt moyens des nouveaux dépôts d’épargne à préavis de moins de trois mois, tels que les livrets d’épargne belges, l’argent placé sur les comptes bancaires belges pendant un an entre février 2016 et février 2017 a été rémunéré à seulement 0,12%.

La différence entre cette rémunération de l’épargne de 0,12% et l’inflation mesurée à 3,31% donne le taux d’intérêt réel qui s’est appliqué aux dépôts des Belges durant cette période, à savoir -3,19%.

0,97%
Le taux d’intérêt nominal moyen de l’épargne des Belges a été de 0,97% sur dix ans, contre 1,87% en France.

Taux négatif 78% du temps

Entre 2008 et aujourd’hui, le taux d’intérêt réel moyen de l’épargne belge n’a été positif que durant 22% du temps. Le reste du temps, soit pendant 78% de cette période, l’épargne des Belges n’a pas permis de compenser l’inflation.

©mfn

En Allemagne, en France, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, les taux d’intérêt réels moyens ont été positifs bien plus fréquemment.

De plus, les taux réels moyens des pays frontaliers sont très généralement supérieurs à celui des épargnants belges. De janvier 2008 à nos jours, le taux d’intérêt réel belge a toujours été plus faible que son équivalent français, par exemple.

D’après les statistiques de la BCE, le taux d’intérêt nominal appliqué à l’épargne des Belges au cours des dix dernières années a été de 0,97% en moyenne, contre 1,33% en Allemagne, 1,87% en France, 1,88% aux Pays-Bas et 2,17% au Royaume-Uni.

"Même quand les taux sont très bas en Belgique, l’épargne reste très abondante, relève le professeur Eric Dor (IESEG School of Management). Les banques ne doivent donc pas se livrer à une concurrence acharnée en proposant des taux plus élevés, ce qui joue en défaveur de l’épargnant."

"Les épargnants belges ne se mobilisent pas; ils se disent que l’on ne peut rien y faire. Il y a chez eux une forme de résignation."
Eric Dor
Directeur des études économiques à l’IESEG School of Management à Lille

BCE et europhilie belge

La faiblesse des taux est aussi due à la politique monétaire particulièrement généreuse de la Banque centrale européenne. Les représentants des diverses autorités belges se plaignent rarement de cette situation qui pénalise leurs concitoyens épargnants. Par contre, les dirigeants allemands n’hésitent pas à critiquer ouvertement la politique de la BCE.

Pourtant, les statistiques évoquées ci-avant montrent que les épargnants belges sont encore plus à plaindre que leurs voisins allemands. "En Belgique, il y a une sorte de culture nationale de l’europhilie, constate Eric Dor. On observe une grande sujétion des autorités belges à l’Europe. Par ailleurs, on ne peut pas dire qu’il existe des associations d’épargnants fortes, alors qu’on en trouve outre-Rhin. Les épargnants belges ne se mobilisent pas; ils se disent que l’on ne peut rien y faire: il y a chez eux une grande passivité, une forme de résignation."

L’autre cause du rendement réel négatif de l’épargne belge est l’inflation élevée qui prévaut dans notre pays. De janvier 2008 à février 2017, la hausse des prix a atteint près de 20% en Belgique, selon les indices IPCH d’Eurostat. Alors que les prix ont crû de 19,98% en Belgique durant cette période, l’inflation s’est limitée à 10,72% en France, 12,13% en Allemagne et 13,75% aux Pays-Bas.

Perte de 0,9% par an

L’Institut des comptes nationaux (ICN) a récemment réalisé une étude approfondie pour déterminer la cause de l’excédent d’inflation constaté en Belgique. Il en ressort que si la hausse des prix est si forte dans notre pays, c’est à cause des cafés et restaurants, des collectivités fédérées et communes et des télécoms. "Tout le monde le dit: la Belgique manque de concurrence dans ce secteur", commente le professeur Dor.

Ces divers facteurs expliquent pourquoi l’épargne a appauvri les Belges au lieu de leur rapporter au cours des dernières années. En combinant les statistiques d’Eurostat sur l’inflation et celles de la BCE sur les taux, on voit que les épargnants belges sont les seuls à avoir perdu de l’argent depuis 2008, alors que ceux des pays voisins ont vu leur épargne fructifier ou, au pire, rester stable.

La moyenne des taux d’intérêt réels des dépôts d’épargne calculés de janvier 2008 à février 2017 s’est élevée à -0,9% en Belgique, contre 0,7% en France, 0,6% aux Pays-Bas, 0,1% en Allemagne et 0% au Royaume-Uni. Épargner en Belgique au cours des dix dernières années était donc une très mauvaise opération.

le livret à l’étranger Est-il rentable?

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Ouvrir un compte d’épargne à l’étranger pourrait attirer ceux qui cherchent des taux d’intérêt plus élevés. Mais le rendement net n’est peut-être pas au rendez-vous. Et les obligations fiscales sont nombreuses.

L’ouverture d’un compte d’épargne dans un autre pays de l’Union européenne ne posera guère de problème, vu le marché unique. Mais la réalité apparaît un peu plus complexe. Ainsi, il n’est pas possible pour un Belge d’ouvrir un compte d’épargne chez Argenta Nederland s’il ne réside pas aux Pays-Bas, la succursale néerlandaise ne disposant de la licence que pour le marché néerlandais. Certaines banques refusent par ailleurs les clients non-résidents en raison de frais administratifs jugés trop élevés.

Obligations fiscales:

Si vous ouvrez un livret à l’étranger, vous devrez le signaler dans votre déclaration à l’impôt des personnes physiques et en communiquer les données du compte au Point de contact central, géré par la Banque nationale de Belgique.

Autre point important: vous devez déclarer les intérêts perçus sur votre livret d’épargne à l’étranger dans votre déclaration d’impôts et vous acquitter d’un impôt de 30%. En Belgique, les livrets d’épargne ordinaires sont exonérés de précompte mobilier sur les premiers 1.880 euros d’intérêts. Les intérêts dépassant ce seuil sont soumis à un précompte mobilier de 15%. Vous pouvez également bénéficier de cet avantage fiscal pour les intérêts d’un livret à l’étranger, mais il vous faudra alors prouver que ce livret répond à toutes les conditions du livret d’épargne réglementé belge. Une preuve difficile à fournir et dont la charge repose uniquement sur les épaules du contribuable.

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