Plus d'un crédit sur deux est destiné au shopping

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Grâce au crédit à la consommation et à condition d’avoir des capacités de remboursement suffisantes, les Belges peuvent quasi financer toutes leurs envies! Gare au surendettement!

Il ne se passe pas un mois, une semaine ou une journée sans que les possibilités de crédit à la consommation ne se rappellent à votre bon souvenir! Qu’il s’agisse de pubs dans les médias, les commerces, les "Salons" (celui de l’auto ou de la construction), auprès de votre agence bancaire ou même dans une agence de voyage, le crédit à la consommation est partout! Comme si consommer n’avait plus aucune limite!

Vous désirez un smartphone hors de prix, un vélo électrique, un réfrigérateur américain design, des panneaux solaires, un beau voyage de noce? Pas de problème! De nombreux organismes prêteurs peuvent vous donner les moyens d’avoir quasi instantanément tout ce qui vous fait envie!

"KBC accepte de financer toutes les dépenses autorisées par la loi pour autant que la dépense ou le projet soient compatibles avec le profil, les moyens ou la capacité de remboursement du client."
Stef Leunens
porte-parole de KBC

De fait, pour obtenir de l’argent frais rapidement et sans réel motif, il existe l’ouverture de crédit (voir lexique ci-contre). Celle-ci est souvent liée aux cartes de paiement proposées par de grandes enseignes comme Carrefour, Krëfel ou Media Markt. Mais pas seulement.

Le taux annuel effectif global (TAEG, c’est-à-dire le coût global du crédit) de ces cartes est en général très élevé. En soi, ce n’est pas un inconvénient tant que le titulaire rembourse l’intégralité du solde utilisé après la réception de son relevé de compte (remboursement pour lequel il dispose généralement d’un délai de 3 semaines). En revanche, s’il choisit d’échelonner ses remboursements, des intérêts lui seront facturés à un TAEG prohibitif.

Il vaut donc peut-être mieux souscrire un crédit à tempérament pour éviter de se laisser trop tenter par cette réserve d’argent et pour éventuellement disposer d’un crédit moins cher. "Surtout que cette forme de crédit à la consommation peut servir elle aussi à financer bon nombre de dépenses, répond Ulrike Pommée, porte-parole de Belfius. Voiture neuve ou d’occasion, rénovation d’un logement, achat de meubles, vélo, appareils électroménagers,… et même de quoi financer des travaux de peinture, une fête de mariage, les études de vos enfants, etc."

En résumé: n’importe quel achat peut faire l’objet d’un emprunt auprès d’une banque, "sauf ceux exclus par la loi", précise Fabien Tyteca, de CBC. Il s’agit par exemple d’animaux ou d’armes. D’ailleurs, une banque exigera toujours de connaître le but spécifique d’un prêt personnel, "afin d’exclure des dépenses liées à une quelconque activité criminelle", ajoute Lisa Pieters, d’AXA.

Restrictions à l’octroi

S’il n’y a quasi aucune limite à vos envies, les organismes de prêt posent néanmoins quelques conditions à l’octroi d’un emprunt (afin notamment d’éviter les difficultés de remboursement qu’ont rencontrées environ 10% des Belges au cours de ces 5 dernières années, selon les résultats d’une enquête sur le crédit menée cette année par Wikifin.be).

"KBC accepte de financer toutes les dépenses autorisées par la loi pour autant que la dépense ou le projet soient compatibles avec le profil, les moyens ou la capacité de remboursement du client", explique Stef Leunens, porte-parole.

Il ajoute: "KBC tiendra compte de la charge financière par rapport aux revenus du client et du budget ménager nécessaire à assurer une vie normale. Nous jugerons donc chaque demande en fonction de la charge imposée par les emprunts déjà existants et la situation personnelle du client. KBC ne poursuivra dès lors pas l’octroi d’un montant maximal, mais plutôt un niveau d’emprunt réaliste et abordable pour le client en fonction de son profil et des besoins."

"Avant d’octroyer le crédit, on vérifie si le taux d’endettement de la personne n’est pas trop élevé, si elle possède un revenu disponible suffisant et si elle ne fait pas l’objet d’un signalement négatif à la Banque nationale de Belgique (BNB)."
Belfius
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Même topo pour les autres banques, dont Belfius, qui ajoute que ce qui est essentiel pour l’octroi du crédit, c’est que le client ait la possibilité de rembourser aisément le crédit, durant la période convenue. "Avant d’octroyer le crédit, on vérifie si le taux d’endettement de la personne n’est pas trop élevé, si elle possède un revenu disponible suffisant et si elle ne fait pas l’objet d’un signalement négatif à la Banque nationale de Belgique (BNB)."

À ce propos, selon l’enquête de Wikifin.be, 14% des Belges n’ont pas connaissance de l’existence de cette "liste noire", tandis que près de 15% des Belges se sont déjà vu refuser un crédit (8% des ménages dont les revenus sont élevés et 25% des ménages dont les revenus sont faibles). Ces refus concernent plutôt les crédits les plus chers, à savoir ceux destinés au financement d’un logement ou d’un véhicule et moins les autres types d’emprunts "tous projets"!

Dépenses populaires

Cette tendance se dessine aussi dans le rapport 2017 de l’Union professionnelle du crédit (qui rassemble 95% des organismes de prêt). Lorsque l’on observe le tableau ci-contre, on constate une évolution positive sur les cinq dernières années pour les crédits destinés à des achats spécifiques (un smartphone, un divan, une machine à laver, etc.) ou à d’autres buts (études, voyage, grande fête, etc.).

418.000
crédits à la consommation
Le secteur a en effet accordé 418.000 crédits à la consommation à tempérament de ce type en 2017, contre 330.500 en 2013 (+27%)

lexique

Prêt à tempérament: mise à disposition d’une somme d’argent dédiée à un achat spécifique ou non. Ce contrat est conclu pour une durée déterminée et remboursable par versements périodiques fixes, en général mensuels.

Vente à tempérament: dans ce cas, le consommateur s’engage à s’acquitter du prix d’un bien en plusieurs paiements périodiques. Il s’agit en fait de la possibilité d’échelonner son paiement (avec ou sans frais).

Ouverture de crédit: le consommateur reçoit une réserve financière dont il peut faire usage au gré de ses besoins. Dès l’instant où il l’utilise, il a la possibilité d’étaler ses paiements sur plusieurs mois à condition de payer des intérêts périodiques. La seule obligation liée à ce crédit, c’est le délai de zérotage: il consiste à rembourser la totalité du solde aux dates convenues. Ensuite, le consommateur peut à nouveau utiliser sa facilité de crédit. Ce crédit est disponible avec ou sans carte. Notez que l’autorisation de se retrouver en négatif sur son compte à vue correspond aussi à une forme d’ouverture de crédit.

Le secteur a en effet accordé 418.000 crédits à la consommation à tempérament de ce type en 2017, contre 330.500 en 2013 (+27%). D’ailleurs, d’après les statistiques de la BNB, le prêt à tempérament est la forme de crédit la plus octroyée (44,9%) en 2017 (contre 27,6% pour le crédit hypothécaire).

Les chiffres de l’UPC signifient clairement que les Belges ne restent pas insensibles aux solutions de financement à crédit qui pullulent partout autour d’eux pour financer leurs désirs ou leurs besoins urgents (le remplacement d’un réfrigérateur par exemple).

Étrangement, au cours de ces cinq dernières années, ils ont souscrit moins d’emprunts pour financer des investissements économiseurs d’énergie (ou ils ont davantage utilisé les aides financières des Régions). Or, il s’agit de dépenses prioritaires qui permettent d’obtenir un excellent retour sur investissement.

Par ailleurs, cette tendance à souscrire plus de prêts à tempérament (et à s’endetter) s’explique aussi – sans doute – par le fait que l’accès au crédit est encore devenu plus simple et plus rapide qu’avant: selon certaines banques, les clients utilisent de plus en plus les outils digitaux mis à leur disposition pour souscrire un emprunt (et pas seulement pour acquérir un logement ou un véhicule).

Par exemple, chez Hello Bank!, il est possible d’emprunter en ligne un montant compris entre 500 et 2.500 euros (sur une durée de 3 à 24 mois) pour financer un smartphone, une tablette, un ordinateur ou un appareil photo numérique, à un TAEG de 2,40%.

En pratique, le client calcule le montant à emprunter et le nombre de mois de remboursement. Son dossier est ensuite analysé et s’il est accepté, il reçoit un contrat à signer. Une fois renvoyé, l’argent est versé sur son compte. Rapide et facile! Trop?

Conclusion

Acheter tout ce que l’on veut et quand on veut, rien de plus simple. Mais à multiplier les crédits de toutes sortes, gare au surendettement et aux difficultés de remboursement. Selon les chiffres de la BNB, 308.087 cas de retards de remboursement ont été dénombrés pour les ouvertures de crédit l’an dernier. Pour les prêts et les ventes à tempérament, ces chiffres étaient respectivement de 159.243 et 42.498.

Idéalement, il faut éviter d’emprunter de l’argent pour un projet non essentiel et qui ne permet pas de réaliser une plus-value. Il vaut mieux reporter certains achats et privilégier une épargne pour les financer. On ne le répétera jamais assez: "Emprunter de l’argent coûte de l’argent!"!

Cependant, si un crédit est inéluctable, voici quelques conseils:

1) Privilégiez toujours le prêt ou la vente à tempérament (plutôt que l’ouverture de crédit), surtout s’ils peuvent s’effectuer sans frais supplémentaires.

2) Ne vous contentez jamais du premier TAEG venu. Comparez les différentes offres du marché, via notamment guide-epargne.be.

3) Méfiez-vous des taux promotionnels et ponctuellement bas. C’est probablement un taux d’appel: plus l’échéance augmente, plus le TAEG augmente.

4) Changez les montants et les durées d’emprunt de vos différentes simulations: le TAEG pour un emprunt de 10.000 euros peut parfois être plus élevé que celui d’un emprunt de 10.001 euros.

5) Négociez les taux officiels affichés dans les outils de comparaison comme vous le feriez pour un crédit hypothécaire.

©MEDIAFIN

[Suivez Caroline Sury sur Twitter en cliquant ici]

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