Mon argent La réponse à toutes vos questions d'argent

Nicolas Vadot: "Je déteste soldes et bonnes affaires, quand j'achète c'est au prix plein"

Nicolas Vadot a 44 ans, il est né en Grande-Bretagne d'un père français et d'une mère anglaise. Arrivé en Belgique à 17 ans, il est diplômé de l’École de Recherches Graphiques. Cartooniste au Vif/L’Express et à L’Echo, il est également auteur et vient de publier "Sept ans de bonheur".
Nicolas Vadot

L’argent est-il un bon sujet de caricature?

Absolument! C’est d’ailleurs mon "core business" à L’Echo. Pour Mon argent, j’ai dû rendre visuellement intelligibles des concepts assez abstraits (déclaration fiscale, prêts hypothécaires) et des sujets très peu "sexy" pour un dessinateur. Dans le dessin politique, je donne mon avis. L’économie est partout. Ce que j’aime, c’est interroger de manière légère le rapport de l’être humain à l’argent.

Gérez-vous activement votre argent?

Je consulte mon compte tous les jours, je sais exactement ce que je peux me permettre. Un comptable gère le reste, car je dois laisser le maximum de place dans mon cerveau pour la création. Vivre d’un métier artistique relève du miracle permanent. Je ne baisse donc jamais la garde. J’ai récemment changé de banque, pour passer à une petite, et je suis très satisfait: il y a un échange et je ne suis pas un numéro. Sinon je ne change pas de fournisseur et je ne fais pas trois supermarchés pour comparer les prix d’une boîte de petits pois…

258 BEF

"Ce que je gagnais par heure comme agent d'accueil chez UGC en 1995, sous statut d'ouvrier."

22 et 7

"Respectivement mes années de service au Vif/L'Express et à L'Echo"

2.000 euros

"Le prix du billet d'avion pour rapatrier mon chat de Canberra. Un aller simple en plus!"

25.410 euros

"Les fonds que j'ai récoltés en 88 jours grâce au crowdfunding pour éditer mon dernier livre:'Sept ans de bonheur'"

100 euros

"Le prix d'une place pour le concert de U2 au Sportpaleis en octobre. Pour U2 je ne compte pas. Je suis membre de U2.com, je les vois à chaque tournée et j'en ai toujours pour mon argent."

 Quel type de consommateur êtes-vous?

Étant indépendant, je sais que dès que je dépense un euro, je dois en gagner deux. Je ne dépense donc jamais l’argent que je n’ai pas. Au début, quand personne ne voulait de mes dessins, j’ai travaillé comme ouvrier dans un cinéma pendant trois ans. Et je n’ai pas pris un jour de vacances pendant six ans. Ca forge le caractère. Je n’ai aucun crédit à la consommation. Si j’ai envie d’une nouvelle télé, j’attends d’avoir de l’argent. Et comme je ne conduis pas, je ne risque pas de m’endetter pour une belle voiture. Nous avons un crédit pour celle de ma femme. En Australie, le crédit à la consommation est omniprésent. On peut même acheter une résidence secondaire en empruntant la plus-value théorique de sa résidence principale. Une logique proche des subprimes… Très peu pour moi.

Qu’est-ce qui vous semble cher en Belgique?

Après avoir habité en Australie, rien! Sauf peut-être le panier de la ménagère, et les places de cinéma qui coûtent une vraie fortune. L’immobilier reste par contre très abordable. Le transport aérien est cher, mais je refuse de voyager avec les compagnies low-cost, pour des raisons politiques et de sécurité. Un billet pour l’Australie, c’est 1.500 euros par personne, donc on n’y va pas souvent.

©doc

 Êtes-vous au diapason avec votre femme sur les questions d’argent?

Oui, et je pense que le rapport à l’argent est une valeur de base dans un couple. Je travaille pour la presse financière mais je ne boursicote pas et le profit pour le profit ne nous intéresse pas. L’argent est un moyen, pas une fin. Mais ayant épousé une Australienne, le sujet n’est pas tabou. En revanche, si elle traque les bonnes affaires et les soldes, je déteste ça. Moi, j’achète quand c’est au prix plein!

 Avez-vous changé vos habitudes en matière de mobilité à cause du trafic?

Non. Je n’ai pas de permis, donc, je prends les transports en commun, parfois des taxis, et je marche beaucoup. Je peux gérer mes horaires et travailler chez moi. Les rares fois où je circule à l’heure de pointe, je mesure la chance que j’ai…

Récent dessin de Nicolas Vadot pour L'Echo. ©Nicolas Vadot

Préparez-vous déjà votre pension?

Je commence à y penser. Je viens d’acheter une maison, ce qui est un capital en soi. En tant qu’indépendant, je travaillerai jusqu’au bout. De toute façon, je n’ai pas l’intention d’arrêter à 67 ans. J’adore travailler et ça me garde en bonne santé. Le problème du dessin de presse, c’est qu’il ne génère pas de patrimoine. Un romancier ou un auteur de BD à succès peut vivre des droits d’auteur, les cinéastes des rediffusions de leurs films. Nous, nos dessins sont éphémères et nos originaux n’ont pas tellement de valeur (on en fait tant).

Le problème du dessin de presse, c'est qu'il ne génère pas de patrimoine.

Le fait d’être une personnalité connue vous facilite-t-il parfois la vie?

Non, et c’est très bien comme ça. En Belgique, les gens sont abordables; ce n’est pas parce qu’on a son nom dans le journal qu’on bénéficie de passe-droits. Le fait de pouvoir être connu d’un côté de la frontière linguistique et totalement inconnu au-delà aide aussi à vite se dégonfler la tête.

Y a-t-il des attitudes relatives à l’argent qui vous insupportent?

 Qu’on autorise l’émir saoudien à privatiser une plage parce qu’on signe avec son pays des contrats mirobolants. Les exilés fiscaux français qui ne paient pas d’impôt et profitent donc de la vie en Belgique sans y contribuer. Enfin, je n’ai toujours pas compris en quoi le monde se porterait plus mal si le métier de trader n’existait plus!

Le conseil? "Ne jamais dépenser plus que l'on ne peut se permettre. Et surtout acheter mon nouveau livre 'Sept ans de bonheur'. Ca c'est un bon investissement, en plus ça parle de la crise."

 Êtes-vous choqué par les salaires de certains patrons, sportifs ou stars?

A priori non, à condition qu’ils contribuent au bien commun en payant des impôts en rapport avec leurs gains, ce qui est rarement le cas. Étant à moitié anglo-saxon, je n’ai pas cette culture de culpabilité par rapport à la réussite ou à la richesse. Mais en tant que spectateur, j’attends que la star donne le maximum. Ce qui me gêne plus, ce sont les gens reçoivent et ne donnent rien: des starlettes style Paris Hilton, dont le seul business consiste à "être connue" et à en tirer un grand profit.

Dans le portefeuille de Nicolas Vadot

"Il ne contient rien de spécial. Cartes de banque, carte Mobib, un peu de cash, aucune photo ou quoi que ce soit d’autre. Mon portefeuille est le reflet de mon rapport à l’argent: fonctionnel, pas émotif!"

©doc

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