Eric Boschman: "Le jour où l'on peut réellement affirmer sa réussite, c'est celui de son décès"

©Dieter Telemans

Études à l’école hôtelière de Namur / Travaille dans la restauration (sommelier) notamment au Barbizon, chez Bruneau et Romeyer / Devenu ensuite chroniqueur (presse écrite, radio et télé), conseiller-organisateur d’événements autour du vin / Homme de spectacle aussi: cette année, le "wine-man-show" (sic) "Ni dieux, ni maîtres, mais du rouge" a réalisé 99 soirées en Belgique et en France.

Vous souvenez-vous de votre premier job et de votre premier salaire?

J’ai commencé par gagner mon argent de poche chez mes parents au restaurant "Le Grand Ryeu" près de Beaumont dans le Hainaut. Mon premier vrai salaire? C’était dans un restaurant qui n’existe plus, à Miroir. Avec l’argent gagné, une de mes premières dépenses a été un short et une chemisette de tennis Lacoste dans un magasin de la ville basse de Charleroi.

Le conseil

"On ne peut vivre raisonnablement que de passion.

Si tu pratiques le métier de la restauration pour l’argent, il faut changer d’orientation. Surtout en salle où l’on doit être vrai, soi-même."

En Belgique, que payons-nous trop cher?

L’électricité, le carburant, les accises sur les boissons et aussi, en restauration, l’eau et le café.

Il existe certainement des comportements liés à l’argent qui vous exaspèrent. Lesquels?

La prétention de ceux qui croient avoir réussi. Plus que de la prétention, c’est plutôt une fermeture d’esprit. C’est triste. Le jour où l’on peut réellement affirmer sa réussite, c’est celui de son décès. "Il faut toujours savoir pourquoi" disait Valéry. Pas François mais Paul. C’est, pour moi, le moteur de la vie.

Êtes-vous collectionneur?

Je n’ai pas cette fibre. Mais je collectionne des livres érotiques en éditions rares.

Finalement, le vrai luxe, c’est quoi pour vous?

L’espace et le temps pour moi font partie du luxe absolu. Vivre dans de grandes pièces lumineuses, à la ville ou à la campagne.

Côté achats, vous êtes "bon plan" ou "pigeon"?

Je ne compare pas les prix. Et je déteste marchander, même dans les pays où c’est une tradition. Je me sentirais idiot, crétin, malséant. Je ne négocie jamais les prix. Et je n’ai jamais pris de commission avec mes fournisseurs. J’ai été élevé ainsi.

En chiffres 
  • 1964: "L’année où mes parents m’ont donné la vie. Une excellente idée!"
  • 1988: "Cette année-là, j’ai remporté deux concours: celui du meilleur sommelier de Belgique et du meilleur maître d’hôtel. Cela ne s’oublie pas."
  • 1990: "L’année de la naissance de ma fille, Laury-Anne."
  • 2014: "La création de mon spectacle, un ‘wine-man-show’, ‘Ni dieux, ni maîtres, mais du rouge’. Il a été imaginé à la suite d’un concours de circonstance, d’un hasard. Je donnais une conférence sur le vin et, à l’issue de celle-ci, on a voulu acheter mon spectacle. J’ai répondu: ‘Ce n’était pas un spectacle… Mais une conférence’. L’idée m’est donc venue de la transformer en spectacle. Et cette année, il a été présenté à 99 reprises. Pas mal, non?"
  • 90/100: "Je n’ai jamais vraiment apprécié, craqué, pour les notes du célèbre critique américain Robert Parker. Et celui-ci - oh surprise! - attribue la cote assez enviée de 90/100 à un vin portugais que j’avais personnellement entièrement imaginé, assemblé avec des cépages du terroir de l’Alentejo."

L’argent, source d’aliénation ou de libération?

D’aliénation! On évoque ici beaucoup d’argent… C’est alors l’angoisse permanente, on est rarement serein, on en veut toujours plus.

Un objet dont vous ne vous séparerez jamais?

Une planche, un bloc en bois, qui décore le mur de ma salle à manger. C’est sur lui que durant de nombreuses années de sa vie, mon père, chef au restaurant "Le Grand Ryeu", tranchait viandes, poissons… Avant que cette matière, le bois, soit interdite pour des raisons d’hygiène.

Vous avez certainement effectué un achat vite regretté…?

J’ai tendance à oublier mes mauvais achats. Mais il y en a un dont je me souviens: une paire de chaussures de couleur bleu électrique. Elle était belle en vitrine. Je l’ai mise deux fois seulement…

Millionnaire du jour au lendemain, comment réagissez-vous?

Tout d’abord, je ferais en sorte de mettre ma fille à l’abri du besoin. Et tant qu’à faire, moi aussi. Et je rembourserais mes dettes. Mais autrement, cette situation ne changerait pas grand-chose, je crois. L’argent n’est qu’un carburant. Il est fait pour rentrer et sortir.

Question vacances, quelles sont vos préférences?

Je prends peu de vacances. J’ai la chance de beaucoup voyager. Chaque été, je passe quelques jours à Port Grimaud chez un couple d’amis. On ne parle ni vin, ni bouffe. J’aime le soleil et suis fasciné par les grands paysages. J’adore les Seychelles.

Et la neige, ça vous botte?

Oui, mais avec des œufs. J’adore les îles flottantes… Les sports d’hiver? Oui, mais pour regarder les autres skier. Mon plaisir est plutôt de bouquiner à une terrasse avec un verre de Chartreuse.

"À côté des traditionnelles cartes de banque, des cartes de visite données par des personnes rencontrées, mon badge pour entrer chez RTL, des notes de frais, une carte de Rob et une autre de Delhaize… qui appartient à une de mes ex." ©Dieter Telemans

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