interview

Fabrizio Gentile: "Il ne faut plus voir la musique comme quelque chose que l'on achète, que l'on possède"

©Frédéric Pauwels / HUMA

44 ans / Directeur Entertainment de Brussels Expo / Chargé du développement des salles de concert de Brussels Expo, dont le Palais 12 et la Madeleine / Ancien manager Benelux de la plateforme de streaming musical Deezer / A débuté dans le monde de la musique au sein du label PIAS / Préfère investir dans les moments que dans les biens matériels / Estime que l’idée de posséder de la musique est révolue.

Quels sont les biens et services qui sont encore trop chers aujourd’hui?

Les taxis. Et tout ce qui concerne la garde des enfants: les stages, les crèches… Quand on entend que des parents préfèrent attendre avant d’avoir un deuxième enfant pour ne pas devoir payer deux places de crèches en même temps, c’est qu’il y a un problème…

En chiffres
  • 41: "Le nombre moyen d’heures passées chaque année par une personne dans les embouteillages à Bruxelles."
  • 19,5%: "Le gain de temps moyen de la moto par rapport à la voiture."
  • 15: "La Belgique est quinzième dans le classement mondial de l’indice de bonheur."
  • 36: "Après 36 ans de carrière, Indochine fait deux dates sold out au Palais 12."
  • 10: "En Norvège, le congé de paternité est de minimum 10 semaines…

Estimez-vous que des choses sont trop bon marché?

Certains produits culturels. Les gens qui vont au concert, au théâtre, ne se rendent pas compte que, si la culture n’était pas autant subventionnée, les prix seraient bien plus élevés. Quand on sait tout le monde qu’il faut employer pour réaliser un spectacle… En Belgique, on a du mal à considérer la culture comme une industrie "normale", à part entière, comme c’est le cas dans les pays anglo-saxons. Il y a aussi des gens qui trouvent que payer 10 euros par mois pour écouter de la musique à volonté, c’est trop cher. Mais il ne faut plus voir la musique comme quelque chose que l’on achète, que l’on possède. Quand vous allez au concert, vous ne repartez pas avec les musiciens. Avec le streaming, c’est pareil. Vous payez pour profiter d’une émotion. A la base, c’est comme ça que fonctionnait la musique.

Avez-vous des passions coûteuses?

Peut-être pas coûteuses, mais excessives. J’ai une trentaine de paires de baskets. Mais je n’achète jamais de modèles très chers. Et puis les tatouages. Mis bout à bout, cela représente un budget… conséquent!

Quels sont vos bons plans en matière de finances personnelles?

Nous achetons énormément pour les enfants en seconde main, que ce soient les vêtements ou les jouets, et nous vendons aussi.

Pour quel type de dépenses n’avez-vous pas de limites?

Je me mets toujours une limite, mais je suis moins regardant sur cette limite lorsqu’il s’agit du concert d’un groupe que j’aime bien… De manière générale, je suis prêt à mettre plus d’argent dans les moments que dans les objets. J’attache plus de valeur aux moments qu’aux biens matériels.

Le conseil

"Pensez à toutes les économies que l'on peut faire sans acheter du neuf. Pour les enfants, c'est incroyable."

Quelle est votre vision du luxe?

C’est de pouvoir prendre son temps. Que ce soit dans ses loisirs, son travail, ses vacances. On entend toujours autour de soi que les gens n’ont pas le temps. Ce serait un luxe de pouvoir simplement dire: "j’ai le temps".

Suivez-vous de près vos finances personnelles, vos fournisseurs d’énergie, etc.?

Je m’y intéresse mais ce n’est pas moi qui m’en occupe, c’est mon épouse. En revanche, je fais vraiment attention à des choses du genre "quand est-il temps de remplir sa cuve à mazout"? Je suis l’actualité et les discussions de l’Opep par exemple pour choisir le meilleur moment et obtenir les meilleurs prix.

Comparez-vous beaucoup avant d’acheter?

Oui, au point que c’est devenu fatigant. Quand j’étais plus jeune, je comparais pendant des jours. J’ai dû apprendre à avoir la notion de plaisir. Comparer deux ou trois modèles suffit, ce n’est pas parce que j’en ai comparé 15 et que j’ajoute encore un 16e que je trouverai forcément plus intéressant…!

Que feriez-vous si vous deveniez très riche du jour au lendemain ?

Je rembourserais d’abord mes crédits. Pour le reste, je m’offrirais de beaux moments, de beaux voyages avec ma famille. Pour moi, c’est très important de construire des souvenirs, et l’argent peut aussi y contribuer. J’attends que mes enfants soient plus grands pour les emmener en Islande. Je voudrais leur montrer une aurore boréale, loger dans l’hôtel de glace en Laponie. Si je devenais très riche, je ferais ces voyages sans réfléchir.

DANS SON PORTEFEUILLE "Il ne contient vraiment pas grand-chose. Je n’ai jamais beaucoup de cash. Et c’est mon épouse qui gère toutes les cartes de fidélité. On trouve aussi une carte de train bientôt périmée. Je me déplace la plupart du temps en moto ou en transports en commun. Un trajet doit être soit rapide, soit efficace. Et avec la voiture à Bruxelles, c’est impossible." ©Frédéric Pauwels / HUMA

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